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Littérature


Chapitre 3

Publié par François d'Auberoche sur 29 Septembre 2014, 10:55am

Chapitre 3

Le lendemain soir, au cœur de la forêt de Brocéliande, Galaad était un peu moins euphorique. Attaqué par une meute d’ogres, hauts de six coudées[1] (deux mètres soixante-cinq environ), il se demandait s’il n’aurait pas dû profiter de sa dernière nuit à l’auberge du sanglier rieur, dans la capitale armoricaine.

La nuit tombante et la pluie battante qui ruisselait le long de son casque n’arrangeaient rien. Il distinguait à peine ses cibles et ne pouvait viser juste. Heureusement, la forêt magique avait des effets bénéfiques sur ses montures et son épée.

Les clients de l’auberge l’avaient pourtant prévenu. Mais, malgré leurs mises en garde, Galaad avait été surpris quand, en pénétrant dans la forêt, il avait entendu la conversation entre son cheval et son mulet :

  • Alors, d’après toi, disait Bowmore, la conscience ne serait qu’un simple épiphénomène ?
  • Oui, répondit Aberlour. C’est un phénomène accessoire et sans efficacité.

Il fut étonné, mais encore plus par la suite :

  • Tout à fait d’accord, intervint Lagavulin, son épée. L’élément constitutif du fait psychique est essentiellement le processus nerveux.
  • Mais pourtant, reprit Bowmore. Avant de se concevoir comme un être, l’individu a conscience d’exister. N’est-ce pas incompatible ?

Mais ce qui suivit faillit le faire tomber de cheval :

  • Pas forcément, répondit un chêne centenaire. En agissant, l’individu se crée et se choisit.

Que ses montures discutent, d’accord. Que son épée et un chêne se mêlent à la conversation, cela pouvait encore s’admettre. Mais qu’ils débattent de philosophie était vraiment surprenant.

  • J’hallucine, dit le chevalier. C’est bien vous, Bowmore et Aberlour, qui parlez ?
  • Moi aussi, répondit Lagavulin. Tu as entendu ?
  • Et comment ! Et le chêne, j’y crois pas.
  • Et comment ! Et le chêne, je n’y crois pas.
  • Homme de peu de foi, dit l’arbre d’une voix grave. Il a fallu que tu viennes en cette forêt pour qu’enfin ton esprit s’ouvre aux voix de la nature. Y crois-tu maintenant ?
  • Oh oui, répondit Galaad. Mais pour en revenir à votre débat, ne pensez-vous pas, comme Démocrite, que seule la matière est réelle ?
  • J’aurais tendance à penser, lui rétorqua Bowmore, que la matière est indépendante de la pensée.
  • C’est un peu ce que Platon professait, émit le roi de la forêt. L’esprit a une existence autonome par rapport à la matière.[2]
  • Je crois, dit Aberlour, que nous allons avoir une après-midi passionnante.

A l’instant présent, les philosophes agissaient. L’épée émettait une lueur rouge sang, elle frappait, taillait, pointait et coupait dans une masse confuse d’immenses corps noirs velus. Elle avait prévenu Galaad dès le début de l’affrontement :

  • Tu me laisses faire toute seule, Galaad. Dans cette forêt, la magie qu’a mise en moi le nain Oban, va pouvoir s’exprimer pleinement.

Sous sa selle, faisant feu des quatre fers, son gigantesque destrier blanc se démenait. Avec moult ruades et croupades, il assommait, piétinait, écrasait et massacrait la bande d’ogres acharnés.

A ses côtés, le mulet prodiguait ses conseils :

  • Bowmore, Garde-toi à gauche ! Bowmore, Garde-toi à droite ! Bowmore, Garde-toi de tous les côtés !

Celui-ci rétorqua :

  • Imbécile, je vois bien que l’on est encerclé, tu ferais mieux de me donner un coup de sabot, au lieu de ne rien faire comme d’habitude.
  • Tu crois que c’est facile, Galaad m’a mis deux amphores, de la charcuterie, trois porcelets et de la volaille sur le dos. C’est lourd.

Galvanisé par l’aide inhabituelle de ses compagnons, Galaad entama le redoutable chant de guerre des chevaliers de la table ronde.

  • Chevaliers de la table ronde, goûtons voir si le vin est bon.

Des cris vinrent alors de la forêt :

[1] Voir en fin de volume les mesures de cette époque.

[2] Nous ne voulons pas critiquer Platon, mais s’il racontait ça à un neurologue, la discussion risquerait d’être intéressante.

Chapitre 3

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