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Littérature


HALLOWEEN à GLASGOW

Publié par François d'Auberoche sur 23 Octobre 2014, 21:04pm

HALLOWEEN à GLASGOW

Il y a deux ans j'ai publié un recueil de nouvelles, de nombreux genres étaient représentés : science-fiction, fantastique, policier, terreur, etc. Le tout sous le signe de l'humour.

J'ai revu le texte pour votre plaisir et pour Halloween 2014

Vous pourrez le trouver en version numérique ou imprimée chez TheBookEdition dans le rayon Littérature, Littérature humoristique sous le titre :

HALLOWEEN à GLASGOW

Suivez ce lien :

http://www.thebookedition.com/halloween-a-glasgow-francois-d-auberoche-p-89612.html

Et pour mes amis, je vous l'envoie gracieusement en fichier pdf .

Voici la nouvelle qui a donnée son nom au recueil avec illustration sonore de Nat King Cole.

HALLOWEEN à GLASGOW

Quelques jours plus tard nos quatre amis s’étaient retrouvés à Glasgow dans la maison de Lewis, où ils prirent en apéritif un Krug 1988, qu’ils finirent avec une pressée de foie gras au ris de veau et noisettes, brioche toastée & écume fumée aux coquillages. Une recette préparée par Fernand qu’il avait copiée sur l’excellent blog, A boire et à manger :

http://www.boiremanger.net/

Que manger avec le château Latour 1986, que Fernand avait apporté ? Celui-ci avait tranché :

  • J’ai amené tout ce qu’il faut, ce sera des entrecôtes à la Bordelaise, garnies de pommes de terre sarladaises.

Ce fut un délice et avec le Camembert, le Pont l’Evêque et l’Epoisses, un Aloxe-Corton 1997 de Louis Latour, fit merveille. Personne ne voulant d’un dessert, Lewis proposa :

  • On ne va pas s’arrêter là. J’ai en réserve un MORTLACH 1936 !
  • Pas possible ? s’étonna John. J’en rêve depuis des années.[1]
  • Moi aussi, dit Lewis Kingairloch, et on va le goûter !

Et joignant le geste à la parole, il déboucha délicatement le précieux flacon dont il versa quelques centilitres dans quatre verres à dégustation.

  • Il ne titre que 40°, les prévint Lewis. Cela va être un nectar.
  • Il a déjà une belle couleur dorée, commenta John.
  • Et ce nez ! ajouta Francis. Un Speyside très typique: chocolat, café, oranges, épices et fruits secs.
  • Exact, approuva Fernand. Voyons en bouche ! Abricots secs, puis une légère amertume et un peu de bois, jugea-t-il.
  • Ce n’est pas tout, décréta Lewis. Il y a en plus quelques fruits rouges, de la prune, cannelle, gingembre...
  • Et quelle finale : longue, plutôt sèche, sur les épices et le boisé ! Conclut Francis.
  • Bref, un magnifique Speyside ! dirent ensemble les quatre amis.
  • Ce nectar vaut bien une histoire et c’est moi qui m’y colle, annonça Lewis. C’était il y a fort longtemps quand j’avais à peine vingt ans. J’avais été invité à fêter Halloween à Glasgow et habillé de mon plus beau kilt, je pris un raccourci pour me rendre chez mes amis. Ce raccourci me fit passer par le cimetière Victorien de Glasgow. Je ne sais pas si vous le connaissez Fernand ?
  • Non, pas du tout, répondit ce dernier.
  • Sans être chauvin, c’est l’un des plus beaux d’Europe, expliqua Lewis, que ce soit par son architecture, ses arbres magnifiques ou par sa situation géographique. Il a été construit à la fin du XIXème siècle sur une colline, à l’est de Glasgow. Il domine toute la ville, vous pouvez admirer la vue sur toute l’agglomération, sur la vallée du Clyde et sur les collines environnantes.
  • C’est un vrai musée, poursuivit-il, il y a plus de 3 500 monuments funéraires, pierres tombales, chapelles ou stèles, toutes sculptées de façons différentes. Les plus grands sculpteurs Ecossais y ont laissé des chefs d’œuvre. Vous y verrez des anges calmes, des femmes en pleurs, des constructions aussi tourmentées que des châteaux de sable, etc. Ce parc boisé est un magnifique lieu de promenade et d’histoire pour les habitants de Glasgow et les touristes. Mais d’habitude on y va en plein jour, il est d’ailleurs fermé la nuit. Y aller un soir d’Halloween ne viendrait pas à l’idée d’un homme sain d’esprit. Mais j’avais un peu (beaucoup même) commencé à m’humecter le gosier dans de nombreux pubs en variant la boisson chaque fois que j’entrais dans un nouvel établissement. Le mur d’enceinte n’était pas trop haut et je pus m’y introduire, malgré mon ivresse.
  • Bref, continua-t-il en se resservant, j’étais plus que pompette et les douze coups de minuit sonnés par les cloches de Saint Mungo (la plus proche) et par celles de Sainte Marie, Saint André et Saint Luc, ne m’émurent absolument pas, bien au contraire ! Comme chacune de ces cathédrales avaient une heure différente, c’était un joyeux concert de carillons qui me donna envie de chanter.
  • Mais, dit Lewis doucement, après avoir vidé son verre d’un trait, j’avais à peine eu le temps de chanter les deux premières notes de « Scots Wha Hae Wi' Wallace Bled »[2] que je m’arrêtais immédiatement. Un grincement venait de se faire entendre qui m’avait glacé le sang !
  • Il fut aussitôt suivi par des milliers d’autres, poursuivit rapidement Lewis en tremblant. Des pierres se soulevaient, des grilles s’ouvraient en forçant sur leurs gonds rouillés, des dalles tombaient sur le sol, en quelques instants toutes les sépultures s’étaient ouvertes et je vis avec horreur des ombres en sortir. D’une chapelle face à moi un revenant se dressa me fixant de ses orbites vides.
  • Il s’avança d’ailleurs vers moi en disant avec un horrible accent anglais :
  • Quelle belle jeunette en jupe ! Vivante, en plus, je vais me régaler. Viens ici mignonne !
  • Je fis demi-tour immédiatement et partit en courant droit vers le centre ville, en maudissant l’imbécile qui avait enterré à Glasgow un Anglais, ignorant la différence entre une jupe et un kilt. Mais dans mon affolement je ne savais où aller, il y avait en effet des spectres, des fantômes, des squelettes partout. Je zigzaguais entre ces esprits qui me semblaient bien réels, en bousculais un, cognais un autre, trébuchais sur un troisième et m’écrasais dans une tombe dans les bras grands ouverts d’un corps momifié de ce qui avait dû être une dame.
  • Complètement paniqué je luttais pour échapper à l’étreinte du cadavre quand je sentis un souffle fétide sur ma nuque : mon poursuivant m’avait rejoint dans cette tombe. Heureusement la peur me donna une force surhumaine. Je me mis sur le côté et jetais la vieille dame dans les bras de l’Anglais qui se rua aussitôt sur elle. J’en profitais pour sortir de la tombe, en leur souhaitant bien du plaisir, et regagnais le centre en évitant prudemment toutes les créatures qui erraient dans les allées du cimetière, peut-être à la recherche de l’âme sœur.
  • Ce n’est pas possible votre histoire, vous nous faites marcher, dirent les trois auditeurs.
  • Siempre que te pregunto, chanta Lewis
  • Que, cuándo, cómo y dónde
  • Tú siempre me respondes
  • Quizás, quizás, quizás, [3]

Et il finit en souriant.

[1] Mortlach, une très vieille distillerie, offre la particularité de produire un whisky issu de 2,8 distillations. En fait 80 % de la production est distillé trois fois, les 20 % restants n'étant distillés que deux fois.

[2] « Nous sommes Ecossais par le sang des Wallace » Hymne Ecossais.

[3] Quizás, quizás, quizás (prononciation : kissass) est un boléro, écrit par le cubain Osvaldo Farrés en 1947. Adapté ensuite par Nat King Cole, et bien d’autres chanteurs dans plusieurs langues. Il figure également sur plusieurs bandes originales de films comme : La mauvaise éducation, d’Almodovar, In the Mood for Love, de Wong Kar-wai, The Tree of Life, de Terrence Malick, etc. Traduction : Je te demande toujours, Où, comment et quand, Tu me dis toujours, Peut-être, peut-être, peut-être.

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