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Littérature


Suite du chapitre quatre (suite et fin)

Publié par François d'Auberoche sur 10 Octobre 2014, 14:13pm

Suite du chapitre quatre (suite et fin)

Après le déjeuner, Galaad se lave les dents dans un joli ruisseau bien clair. A quelques pas de lui, en aval, dans le courant d’une onde pure, un agneau se désaltérait. Des aboiements se font entendre. Deux énormes chiens de berger se ruent sur le héros et veulent lui sauter à la gorge.

Vive comme l’éclair, Lagavulin les tient en respect. Surgit un paysan, armé d’une fourche, qui se précipite en hurlant :

  • Qu’est-ce qui fout dans mon champ, c’t’oiseau là ? Et ses deux cheviaux qui bouffent l’herbe de mes moutons ! Non mais tu t’crois où ? Tu vas me foutre le camp tout de suite, salopiaud. Mais avant, tu vas me payer l’herbe que t’as écrasée, celle que tes bestiaux ont bouffé et l’eau qu’t’as bu.
  • Excuse-moi, messire, répondit poliment Galaad. Je me reposais dans ce pré qui n’est ceint d’aucune clôture et je me fais fort de réparer le préjudice éventuel que j’aurais causé par mégarde, à l’insu de mon plein gré.
  • Non, mais ! Comment qui me cause c’ui là ! J’te cause en bon breton, tu vas me parler correctement, fumier. Allez aboule l’oseille !
  • Et à combien évalues-tu le dommage que, par mon inadvertance, j’aurais pu occasionner ?
  • J’y comprends rien à c’qui dit, c’te crapule. Le fait exprès, ce cochon de vacancier. Tu me donnes dix sous et tu déménages.
  • Diantre, que voilà une grosse somme pour trois brins d’herbe. Il n’en est point question. (A cette belle époque, un cheval valait six sous d’or, le paysan exagère un peu).
  • Tu refuses de payer ?
  • C’est cela, oui. Tu commences d’ailleurs à m’énerver grandement avec tes insultes et tes prétentions exorbitantes.

Le bouseux lève sa fourche, Lagavulin en tranche aussitôt le manche et sa pointe vient chatouiller la pomme d’Adam du cul-terreux qui se tait immédiatement.

  • Bien le bonjour chez vous, cupide pedzouille, conclut Galaad qui lui tourne les talons et se remet en selle.
Suite du chapitre quatre (suite et fin)

FONDU ENCHAINE

Dans la forêt, la discussion philosophique bat son plein quand Lagavulin chuchote :

  • Attention, à onze heures, un loup !

En effet, devant le héros, lui tournant le dos, un loup surveille le chemin, caché derrière un buisson. Il se retourne et met un doigt sur ses lèvres :

  • Chut, murmure-t-il. Elle ne va pas tarder à arriver.
  • Qui ? demande Galaad, à voix basse.
  • Une gamine qui traverse la forêt, cette niaise ! Elle porte à manger à sa mémé.
  • Sais-tu, pauvre loup, que je suis un chevalier, défenseur de la veuve et de l’orphelin ? Je ne puis te laisser faire.
  • Elle est trop jeune pour être veuve et elle a encore tous ses parents, y compris la grand-mère, ce dont son père n’est pas trop satisfait.
  • De toute façon, je ne puis laisser commettre sous mes yeux un acte de pédophilie. C’est très vilain et tu risque gros. Change immédiatement d’avis, sinon …
  • Sinon, quoi ? demande niaisement le loup.
  • Sinon, j’interviens, ajoute Lagavulin d’une voix de stentor en jaillissant seule du fourreau.
  • Diable, une épée magique. C’est bien ma veine, je crève de faim, moi.
  • Je vais t’arranger ça. A l’orée de la forêt, tu trouveras, dans l’onde pure du ruisseau, un bel agneau, bien gras, qui se désaltère. Tu pourras facilement le dérober au nez et à la barbe du berger et de ses chiens.
  • Ça tombe bien. Ce berger et ses chiens ne m’épargnent guère. Ce n’est donc pas un ami à toi ? Je peux y aller en confiance ?
  • Tu as toute ma bénédiction. Tu peux lui prendre aussi deux ou trois brebis, je n’y vois aucun inconvénient. Cet homme m’a été très antipathique.
  • Un prêté pour un rendu. Je vais te donner un bon renseignement pour ton dîner. Je ne peux malheureusement l’exploiter. Mais toi, comme tu es humain, ce sera très facile.
  • C’est très gentil de ta part. Tu es un grand gentil loup.
  • Je le sais, mon bon cœur me perdra. Apprends donc que non loin d’ici, vivent trois adorables petits cochons, bien potelés.
  • J’en ai déjà l’eau à la bouche, l’interrompt le preux qui se pourlèche les babines.
  • Et moi donc. L’un des trois gorets vivait dans une petite hutte en paille. Facile, je m’avance par une belle nuit sans lune et je lui saute sur le poil. Malheureusement, j’avais mal visé et il s’est enfui entre mes pattes, en piaillant comme un goret qu’on égorge, ce comédien.
  • Ce n’est vraiment pas de chance.
  • Ce cochon-là s’est réfugié chez son frère qui, lui, habitait une cabane en bois. Un peu moins facile, mais à ma portée. J’ai défoncé la cahute facilement, mais pas assez vite. Ils ont détalé en braillant chez leur troisième frère.
  • Qui, lui, habite dans une splendide petite maison de briques.
  • Comment le sais-tu ?
  • Ces Disniaiseries, je les connais par cœur. Ma nounou me les racontait. Tu te fiches de moi maraud ? demande Galaad. Tout à l’heure, c’était le petit Chaperon rouge, maintenant les trois petits cochons avec leurs trois petites maisons. Et après, ce sera le chat botté ?
  • Mais non, c’est vrai. Ici, à Brocéliande, tout est possible, c’est la forêt des contes de fée. Toi tu m’as bien raconté la fable de La Fontaine : « Le loup et l’agneau ». La maison des cochons est indestructible comme un bunker, moi je ne peux rien faire. Je t’indique où est la maison. Tu y vas. Ça ne coûte rien, c’est sur ton chemin. Tu vérifies et tu verras si j’ai menti.
  • D’accord. C’est loin ?
  • A peine à trois milles. Tu ne peux pas te tromper c’est tout droit. Moi, je file m’occuper de l’agneau, toi, va voir les gorets. Pour un homme, ce sera un jeu d’enfant.
Suite du chapitre quatre (suite et fin)
Suite du chapitre quatre (suite et fin)

CHANGEMENT DE PLAN

Bowmore arrive au petit trot devant la maison des trois petits cochons. Galaad arrête son cheval devant la porte.

  • Holà ! crie-t-il. Bonsoir messires les petits cochons.

Une lumière s’allume et un œil apparaît au judas.

  • Bonsoir, Messire Chevalier. Qui êtes-vous et que voulez-vous ?
  • Je suis un chevalier errant, chasseur de loups, je viens d’en attraper un qui rôdait autour de votre maison et je suis sur les traces d’un autre. Pouvez-vous m’offrir l’hospitalité pour la nuit ?

La porte s’ouvre en grand et trois adorables porcelets sortent en criant :

  • Notre sauveur, soyez le bienvenu !

Quelques minutes plus tard, Galaad reprend sa route, le mulet chargé des corps des trois gorets, saignés dans les règles de l’art.

RETOUR DANS LA VILLA DES SEPT NAINS

« Non, je ne peux pas raconter tout cela à la belle princesse Blanche Neige, pensa Galaad. L’effet serait désastreux. Plus encore les cadeaux des servantes que le vilain tour joué aux trois petits cochons. ».

Le paladin venait de découvrir la prudence.

  • On va vite se baigner, cria Joyeux. Le dernier dans l’eau paye l’apéro.

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