Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

auberoche.overblog.com

auberoche.overblog.com

Littérature


La Quête du Saint Graal Tome 1 Chapitre 10 en entier

Publié par François d'Auberoche sur 22 Novembre 2014, 06:30am

La Quête du Saint Graal Tome 1 Chapitre 10 en entier

Où l’on prendra un petit en-cas et où l’on verra le peu d’efficacité des talents de Blanche Neige et d’une guérisseuse par rapport à un simple morceau d’acier.

La mère Denis était penchée sur Galaad et l’examinait. Brave femme, elle acceptait les explications gênées des nains et leur avait pardonné. Maintenant, elle ne se souciait que de la santé du bel héros de Blanche Neige, cette si gentille jeune fille.

  • Ce sera difficile. Il est complètement brûlé de partout et risque d’y passer avant demain. Je vais déjà tenter de sauver son cœur. Mais je ne peux pas tout faire aujourd’hui, c’est au-dessus de mes forces. S’il est fort et si je récupère vite, on le sauvera petit bout par petit bout. Mais ce sera très long.
  • Ce n'est pas vrai, pleurnicha Blanche Neige. C’est un héros, il ne peut pas mourir.
  • Mais si, ma petite, comme tout le monde. Des fois, plus vite, des fois, plus lentement. C’est la vie. Bon, moi avant d’attaquer, j’ai besoin de prendre des forces. Y a-t-il de quoi manger ici ?
  • Sans problème, répondit Gourmand. Que vous faut-il ?
  • Ben, on a passé midi depuis longtemps, j’ai une faim de loup et une soif d’enfer. Amenez-moi n’importe quoi, du moment que c’est solide et liquide, sauf de l’herbe et de l’eau.
  • Suivez-moi, dit Gourmand, vous serez mieux à table. Que penseriez-vous d’un setier de Brouilly ? Il nous en reste encore, vous le dégusterez pendant que je vous prépare à manger.
  • Je vous suis, dit l’amiral. J’ai le même problème que la mère Denis.
  • Nous aussi, hurlèrent une meute de nains affamés.
  • Comment pouvez-vous penser à manger dans un moment pareil ? pleurnicha Blanche Neige.
  • Toi aussi, dit Prof, tu dois te nourrir pour mieux soigner Galaad.
  • Tout à l’heure ! Je vais lui passer tout de suite le baume que les trois bouffons ont rapporté, je mangerai ensuite.
  • Tiens le voilà, dit Joyeux. Tu dois le passer sur la peau en frottant doucement sans appuyer. J’irai en chercher un autre pot tout à l’heure.

Et tandis que toute l’assistance se dirigeait vers la salle commune, Blanche Neige penchée sur son héros lui passait délicatement la crème sur le visage, espérant le voir guérir miraculeusement. Mais si la forêt de Brocéliande est la forêt de tous les contes, de la magie, des sortilèges et des monstres, elle n’est pas la forêt des miracles.

« Pourtant, pensait Blanche Neige, ici tout est possible. Que puis-je faire pour le sauver ? Il était si beau »

Blanche Neige avait raison d’employer l’imparfait car le spectacle offert par le chevalier était hideux. Imaginez une viande bouillie, à la peau craquelée et boursouflée d’où coulait déjà un pus jaunâtre, voyez des cheveux partant par touffes entières montrant un crâne crevassé, un nez dont la chair partait au rythme de son souffle. Bref, notre ami Galaad avait l’air d’un pot au feu trop cuit et n’avait rien pour inspirer l’amour.

Pendant que Blanche Neige se désolait en massant le visage du chevalier, toute l’assemblée avait pris place autour de la table. Joyeux servait à boire, tandis que Gourmand apportait une énorme terrine de lièvre et quelques miches de pain.

  • Ça vous occupera pendant que je m’occupe des plats de résistance, annonça-t-il, avant de retourner en cuisine.

Il revint aussitôt avec quelques jambons, des saucissons, des andouilles, d’autres terrines et des truites fumées. « De quoi attendre, le civet de sanglier ! » précisa Gourmand qui revint vite avec une omelette aux cèpes de trente-six œufs et annonça que douze poulets étaient en train de rôtir et précéderait le civet. Après le sanglier, un peu petit pour toute l’assemblée, il proposa un joli quartier de bœuf, suivi par quelques carpes, une gigue de chevreuil, et treize douzaines de cailles. Il proposa ensuite des côtelettes d’agneau.

  • Il en faudra une bonne demi-douzaine par personne, dit l’amiral.
  • Sans problème, répondit Gourmand.
  • Et ensuite ? demanda la mère Denis.
  • Ben là, il ne me restera plus grand-chose, une roue de gruyère, une dizaine de camemberts, autant de fromages de chèvres, j’ai aussi trois ou quatre Maroilles et quelques fromages d’Epoisses. Je n’aurai pas le temps de vous faire un gâteau pour finir, mais il y a les pommes de la mère Denis.
  • Ouais, ça sera juste un p’tit en-cas, mais à la guerre comme à la guerre, moussaillon.
  • Ça ira, mère Denis ?
  • Vous savez à mon âge, on grignote. Même si j’ai un peu faim après, ça me suffira. Du moment que j’ai à boire.
  • Pas de problème, dit Joyeux, ici ce n’est pas ça qui manque.

Pendant ce temps, Blanche Neige avait entrepris de ramener Galaad à sa beauté originelle en s’occupant de son visage en premier. Voyant que le nez de son héros menaçait ruine, elle entreprit de le guérir en frottant de plus en plus fort.

Elle y mit trop d’ardeur et entraîna rapidement la chute de cet appendice. La princesse désespérée prit le visage de son chevalier servant entre ses deux mains et se mit à pleurer à gros sanglots. Elle ne prit pas garde au fait qu’elle lui tenait fortement les deux oreilles et celles-ci lui restèrent dans les mains.

Blanche Neige, hurlante, courut dans la salle commune et, tenant une oreille dans chaque main, se planta devant Prof en levant les bras. La mère Denis, plongée dans son écuelle, ne vit rien. Mais les autres, au spectacle de Blanche Neige brandissant les deux oreilles du héros, se levèrent aussitôt en criant :

  • Olé !
  • Tu n’as que les oreilles ! hurla de rire Joyeux. Enfin pour un début ce n'est pas mal.
  • Ouiiiiiiin, j’ai défiguré Galaad. Je suis une misérable. Et Joyeux qui se moque. Je lui ai arraché le nez et les oreilles.
  • Mais non, dit Prof, tu n’y es pour rien. Il était gravement brûlé, cela devait tomber tout seul.
  • Est-ce que cela repoussera ?
  • J’ai bien peur que non, malheureusement.
  • Mais c’est horrible, il est affreux maintenant. Mais je l’aime toujours. Que faire ?
  • Je crois, dit Prof, que l’intervention de la mère Denis devient urgente pour sauver ce qui reste.
  • Bon, j’y vais, j’en aurai pas pour longtemps. Ça me fera mieux apprécier la suite. Mais il me faudrait un peu de calvados, un p’tit trou normand serait pas de refus.
  • Un setier, (1/2 litre environ) ça ira, mère Denis ? demanda Joyeux.
  • Oh, gamin, j’suis plus une fillette, verse donc un bon congé ! (3,30 litres) Ça aide à digérer.

En quelques secondes, le congé fut avalé, la mère Denis se torcha la moustache d’un revers de manche et se leva pour aller dans la chambre. Elle titubait bien un peu, mais n’oublia pas de prévenir :

  • Gardez ma part, les gars, je reviens de suite.

Blanche Neige, impatiente, l’escortait. Elle l’aida à bien viser pour passer les portes, Prof la poussait, tandis que Timide et Atchoum s’occupait de son roulis. Après quelques heurts sans gravité, la lavandière arriva au chevet de son patient. Elle se pencha sur le chevalier pour mieux l’observer ce qui déclencha un rot monstrueux. Galaad faillit sortir de son coma pour échapper à cette haleine fortement alcoolisée.

  • Il bouge, c’est bon signe, hoqueta la mère Denis.
  • Oui, mais c’est fini, avoua Prof.
  • Bon, s’énerva Blanche Neige, vous le soignez ou non.
  • Si vous me bousculez, ma petite jeune fille, je n’y arriverai pas.
  • Je ne vous bouscule pas, mais faites vite.
  • Nous allons nous occuper de son cœur, c’est la priorité.

La mère Denis mit alors ses deux mains sur la poitrine de Galaad et fit quelques passes en fermant les yeux. Rien ne se passa. Elle refit passe sur passe pendant plusieurs minutes jusqu'à ce qu’elle tombe à la renverse. La poitrine du chevalier avait perdu quelques boursouflures, mais de façon infime.

  • Pas très efficace le traitement, avoua Prof.
  • Ben, je suis encore très fatiguée, j’ai besoin de manger.
  • Et de boire, sans doute, persifla Blanche Neige. Bon, moi je vais prier la Vierge Marie et lui passer ce qui reste d’onguent sur le corps. Que Joyeux et les deux autres, retournent aussitôt chez l’apothicaire chercher encore de l’onguent.
  • Oui, dit Prof, je les envoie dans une demi-heure, laisse-leur le temps de manger. Mais toi, fais très attention en lui passant l’onguent. Caresse-lui seulement la peau.
  • Ne t’en fais pas, je serai très prudente.

L’après-midi se passa en massages multiples de la part de Blanche Neige et en passes magnétiques de la mère Denis. Aucun résultat satisfaisant n’apparut. La princesse était effondrée, la lavandière aussi, mais les raisons en étaient très différentes. Si la douleur accablait notre héroïne, il faut avouer que l’habitante de Ploucornec tenait une très belle cuite. Prof pensa qu’une bonne nuit de sommeil rendrait la guérisseuse plus efficace, on décida de la coucher de bonne heure, en même temps que le soleil.

A l’unanimité, moins les équidés qui ne furent pas consultés, on choisit de la mettre dans l’écurie, sur une botte de paille. Quand Aberlour vit arriver sept nains et un marin portant deux cents livres de viande saoule, il eut un hennissement de stupéfaction, repris en chœur par les poneys.

  • Pourquoi vous nous la ramenez encore ?
  • Oh flûte, on venait juste de rentrer de l’enclos, on s’apprêtait à dormir. Comment on va faire maintenant ? hurla Oscar, le poney de Grincheux.
  • Pas d’accord, ici c’est une écurie, pas une décharge à ordures ! hennit Praline, la ponette de Dormeur.
  • On ne vous demande pas votre avis, intervint Grincheux.
  • On n'a déjà pas bien dormi la nuit dernière, dit Dalta, la ponette de Prof. Pas d’accord, allez la laver ou on fait grève pendant une semaine.
  • Si elle aussi s’en mêle c’est sérieux ! dit Prof. C’est vrai qu’elle pue. Que faire ? On ne peut pas la faire coucher dehors et je me vois mal la déshabillant pour la laver.
  • Ce pourrait être une punition pour les deux ostrogoths qui ont créé tous ces problèmes, dit Grincheux. On la pose devant l’abreuvoir, Gourmand et Dormeur se débrouilleront.
La Quête du Saint Graal Tome 1 Chapitre 10 en entier

Quelques instants plus tard, la mère Denis s’affala avec un bruit de méduse devant l’abreuvoir. Joyeux courut chercher une brosse en chiendent, un savon noir et tendit le tout aux pauvres punis. Ces derniers, surmontant leurs nausées, entreprirent le dépiautage de la lavandière. Un demi-siècle plus tôt, la maman de celle-ci devait adorer dégrafer les vêtements de demoiselle Denis et lui faire de tendres bisous sur son petit ventre rose, mais ce ne fut pas le cas de ceux qui la déshabillèrent ce soir là. A la vue du quintal de viande noirâtre qui s'échappa de ses habits, les deux nains faillirent s’évanouir, ils en lâchèrent la belle. Une agréable odeur de dame jamais lavée s’éleva jusqu'à leurs narines. Les spectateurs qui s’étaient mis à distance respectable virent nos deux pauvres nains courir vers le ruisseau.

  • La truite ne va pas être contente, dit Joyeux.
  • Allons les repêcher, dit Atchoum, sans éternuer. C’est génial, elle m’a enlevé mon rhume.

Après le énième sauvetage de la journée, il fut décidé de s’y mettre tous, en prenant la précaution de se poser devant les narines un mouchoir imbibé d’eau de lavande. Puis, tandis que les habits de la belle étaient mis à bouillir dans un grand récipient, l’habitante de ceux-ci était fourrée dans l’abreuvoir.

Nous vous épargnerons le spectacle pénible de la nudité de la mère Denis, sachez seulement qu’elle se mit à glapir, malgré son coma éthylique, dès qu’elle fut plongée dans l’eau pure. Son instinct la poussait à refuser l’eau, dont elle avait pourtant grand besoin.

  • C’est quand même vache ce qu’on lui fait, reconnut Kerbauzon, l’eau, c’est fait pour être dessus, pas dedans.
  • D’accord avec toi, admit Joyeux, mais la mère Denis ne s’est jamais fait laver par les embruns.

Il fallut la brosser, la savonner et l’étriller pendant une bonne heure pour enlever la couche de crasse qui recouvrait sa peau. Evidemment, elle n’était pas blanche, elle était même rouge vermillon, tant les nains l’avaient grattée avec la brosse. Mais au moins elle ne sentait plus le vieux mollusque. On poussa même le luxe jusqu'à la badigeonner d’eau de lavande. Ensuite, roulée dans une couverture, elle fut jetée sur un tas de paille dans l’écurie, sous la garde de Bowmore attaché à côté. Aberlour intervint :

  • Si elle ne ronfle pas d’accord, on voudrait dormir.
  • Si elle ronfle, dit Prof, vous nous appelez, on la déménagera.

Puis, les sept nains et leur invité retournèrent dans la salle commune pour le souper. Pendant ce temps, la pauvre Blanche Neige, à genoux à côté de la couche de son chevalier favori, pleurait en priant, ou priait en pleurant selon son humeur.

Vers minuit, après avoir épuisé toutes les larmes de son corps, elle s’affala sur le lit à côté du héros et s’endormit aussitôt. Les nains qui avaient fini leur repas allèrent en faire autant dans leur lit respectif et l’amiral s’allongea sur la table, après avoir prétendu qu’il dormirait sur le pont. Peu après, le silence régnait dans la maison des nains.

Ce fut le moment que choisit Galaad pour se réveiller. L’onguent n’avait pas calmé la douleur et les soins de la mère Denis avaient eu peu d’efficacité. Bref, cela le brûlait de partout et il se sentait très fatigué. Il bougea la tête sur l’oreiller et eut l’impression d’être chatouillé. Il porta la main à sa tête et fut étonné d’y trouver des crevasses mais encore plus de sentir plein de poils qui le caressaient. Il ferma la main sur eux et ramena une poignée de cheveux.

Il se dressa d’un bond, il vit Blanche Neige assoupie à côté de lui, mais cette vision enchanteresse ne le calma pas pour autant. Il regarda son oreiller et le vit couvert de cheveux. En revanche sa main n’en détectait pas un seul sur son crâne. Il eut aussi la sensation d’avoir quelque chose qui lui manquait, mais il ne savait pas quoi.

Il sortit des draps de soie et regarda son corps. Il avait été blessé maintes fois, mais jamais autant. Partout, sa chair n’était qu’une plaie, rouge et purulente. Il se souvint d’avoir admiré Blanche Neige et d’avoir couru se plonger dans le bain, ensuite le trou noir. Plus rien ne lui revenait.

« J’ai dû me brûler, l’eau était trop chaude. » pensa-t-il. « Ce n’est pas possible, elle devait être bouillante pour que je sois dans un pareil état. » Il se leva doucement, car la tête lui tournait un peu et, à la lueur d’une lampe à huile, se dirigea vers le boudoir de Blanche Neige.

« Il doit y avoir un miroir. Je voudrais savoir combien je suis navré. »

La Quête du Saint Graal Tome 1 Chapitre 10 en entier

Il y avait, effectivement, un grand miroir dans le boudoir. Il faillit lâcher la lampe quand il se vit, il poussa alors un hurlement gigantesque :

  • Ouah ! Mon nez ! Et mes oreilles aussi ! Par les cornes de Lucifer, sans cheveux, sans nez et sans oreilles, j’ai tout l’air d’un cadavre.

Blanche Neige, réveillée par ses cris, accourut.

  • Enfin, tu es debout. Oh Galaad, comme je suis heureuse. Tu es guéri.
  • Hein, je suis guéri. Tu as vu ma tête, une tête de mort !
  • Mais cela va revenir puisque tu vas mieux.
  • Ecoute, les cheveux ça repousse, mais pas le nez ni les oreilles. Je ne sais pas pourquoi ils sont tombés, mais je sais que jamais ils ne reviendront.
  • Tu as été ébouillanté. C’est très grave, mais tu es vivant et tout reviendra comme avant. Je le sais Galaad, puisque je t’aime.
  • Je t’aime moi aussi, mais tu es si belle et moi si horrible. Je rêvais qu’un jour, après ma recherche, tu serais ma compagne. J’abandonne ce rêve et je pars continuer ma quête. Chevalier solitaire j’étais, chevalier solitaire je resterai, jusqu'à la fin de mes jours. Bien, je serai un précurseur, le premier chevalier à la triste figure. Allons, je m’habille et je pars.
  • Non, je ne pourrai jamais vivre sans toi, je ne pourrai pas, ne pars pas, j’en mourrai, un instant sans toi et je n’existe pas. Mais mon amour, ne me quitte pas.
  • Si ! Je ne peux t’infliger ce spectacle. Adieu, Blanche Neige. Tu trouveras bien un prince charmant, avec un nez et des oreilles.
  • Non, Galaad, mon amour est plus fort que tout, il te guérira.
  • Je ne crois pas aux miracles, hurla Galaad. Je m'en vais.

Et il quitta la chambre pour chercher ses vêtements. Ne les trouvant pas, il passa dans le bureau de Prof à leur recherche. Blanche Neige était accrochée à sa jambe droite et se faisait traîner pour l’empêcher de partir.

  • Lâche-moi les poulaines, Blanche Neige, je dois partir.
  • Je ne te lâcherai jamais Galaad. Je suis une princesse fidèle, je t’aimerais même si tu étais lépreux.
  • C’est pire, je suis en bonne santé et tous mes membres tombent.
  • Mais cela ne fait rien, Galaad, ce n’est pas le corps qui compte, l’important, c’est la beauté intérieure, je suis sûre que si j’étais grosse, moche, sale, répugnante, tu m’aimerais quand même.
  • Ben, c’est pas sûr.
  • Salaud ! Va-t-en.
  • C’est ce que j’essaye de faire depuis cinq minutes. Alors adieu, Blanche Neige, et bonne chance.

Dans le bureau de Prof, il ne vit pas ses habits, mais Lagavulin, sa fidèle épée.

  • Toi seule sera ma compagne, désormais comme avant, lui dit-il en la sortant de son fourreau pour vérifier son état.
  • Eh bien Galaad, dans quel état tu t’es mis ? demanda sa fidèle épée. Tu es gravement brûlé.
  • Oui, c’est affreux. N’est-il pas ?
  • Ce n’est rien du tout, je vais arranger ça en quelques instants.
  • Comment ? parvint à peine à murmurer notre chevalier.
  • Très simple. Tu as remarqué, je pense, que dans les combats j’émettais une lueur rouge. D’où crois-tu qu’elle vienne ?
  • Point ne sais-je et point ne m’en soucie.
  • Apprends donc, mon pauvre Galaad, que pour avoir de l’énergie, j’en prends d’habitude à la chaleur du soleil. Tu as accumulé tellement d’énergie que je vais faire le plein pour un bon mois et toi tu seras guéri.
  • Est-ce vrai ? Onc n’ai ouï pareil prodige.
  • Tu as encore beaucoup de choses à ouïr. Mets-moi sur une couche et allonge-toi sur moi. Allez, fais vite, j’ai grande hâte de te redonner tes forces et moi d’en prendre.
  • Vite Galaad, écoute ton épée ! lui cria Blanche Neige.
  • C’est vrai que ça ne coûte rien, essayons.
La Quête du Saint Graal Tome 1 Chapitre 10 en entier

Ils allèrent aussitôt dans la chambre de la princesse. Galaad posa l’épée au centre du lit et demanda :

  • Et maintenant, que dois-je faire, ma brave Lagavulin ?
  • Allonge-toi sur le dos, la garde contre ta nuque, la lame contre ton dos et entre tes jambes et attends.

Le héros fit ce qu’on lui demandait. Aussitôt, la lumière baissa dans la chambre, la lampe à huile, qui brûlait toujours, fut obscurcie par un voile opaque. Des ténèbres d’une noirceur inhabituelle envahirent la pièce, tandis que l’on entendait Lagavulin vibrer, montant et descendant toute la gamme, passant d’une octave à une autre, pour terminer dans des vibrations aiguës insoutenables.

Blanche Neige sortit de la pièce pour échapper à ce son magique, tandis que Galaad cherchait désespérément les trous de ses conduits auditifs pour les boucher. Mais ce n’était pas facile dans le noir, sans pavillons pour guider ses doigts. Heureusement, le bruit cessa.

  • Retourne-toi, maintenant. Mets la garde contre tes lèvres et l’emplacement de ton nez, et colle-toi bien à moi. Vite, je ne peux attendre, j’ai soif d’énergie !

Encore une fois, la noirceur plus ténébreuse que la nuit la plus noire assombrit la pièce, chassant la lueur des étoiles et la clarté de la lune. Le son aigu reprit, plus fort qu’auparavant, changeant de hauteur et d’octave sans cesse, allant crescendo, fortissimo et allegro vigoroso. Galaad avait heureusement réussi à boucher ses oreilles, ce dont il n’était pas peu fier, et attendait avec impatience le résultat de cette cacophonie.

La lumière revint enfin, Galaad était gelé, il tremblait de tous ses membres et avait peur maintenant de finir en glaçon. Une petite voix demanda :

  • C’est fini ? On peut rentrer ?
  • Oui, dit Lagavulin. Ça faisait du bien. Je crois que Galaad est guéri.
  • Le ciel t’entende, brave épée de mon chevalier servant.

Blanche Neige entra, une bougie à la main. Elle éclaira le héros.

  • Oui Galaad, tu es guéri, tes plaies ont disparu.
  • Et mon nez ?
  • Ben, c’est à dire...
  • Galaad, j’ai pu réparer ton corps et enlever tes brûlures, répondit Lagavulin. Mais il n’était pas en mon pouvoir de recréer ce qui était détruit. Tes cheveux repousseront, pour le reste, il faudra trouver une autre solution.
  • N’aie crainte Galaad, nous trouverons un remède. Peut-être le Saint Graal pourra te guérir. Courage, à deux, nous le trouverons et après nous pourrons nous marier.
  • Je l’espère Blanche Neige. Maintenant, j’ai un motif supplémentaire de trouver le Saint Graal. Je porterai un masque pour ne point t’horrifier par ma vue et ta beauté déteindra peut-être sur mon visage navré.

Blanche Neige ne dit rien et se jeta dans ses bras. Le baiser qu’ils échangèrent alors pour sceller leur promesse fut si violent et ardent que Lagavulin, qui était dessous, leur cria :

  • Génial, les amoureux, vous m’apportez encore de la chaleur.

Blanche Neige fit alors remarquer :

  • Je ne sais pas, Galaad, si tu as vu, mais pour embrasser, un nez comme le tien est très pratique. Il n’est absolument pas gênant et tu peux respirer tout à ton aise. Mais il est temps de dormir, tu dois te reposer.

Malgré ces belles paroles, la nuit n’apporta guère le sommeil aux deux amoureux qui avaient tant de choses à se dire et tant à faire. En attendant leur mariage, ils se contentèrent de baisers et de paroles qui ne regardent qu’eux et nous tirerons donc un voile discret pour protéger leur intimité.

La Quête du Saint Graal Tome 1 Chapitre 10 en entier

Le lendemain matin, alors que Blanche Neige et Galaad jouissaient d’un sommeil bien mérité, la princesse fut réveillée par l’habituelle mésange charbonnière, toute belle avec son gilet jaune et sa cravate noire.

  • Alors Blanche Neige, tu fais encore la grasse matinée ? Dépêche-toi, j’ai les crocs.
  • Encore. Zut, j’ai à peine dormi, moi, de plus tu as un bec, pas des crocs.

La princesse était bien, blottie dans les bras de Galaad, la vie était rose. Elle se dressa sur un coude et eut un hoquet de surprise. Elle avait oublié dans ses rêves combien Galaad était monstrueux à présent.

« Je vais lui faire un masque en tissu, ce sera plus agréable à regarder. »

Elle sortit du lit en vitesse pour aller nourrir les oiseaux, car elle ne voulait pas que ceux-ci réveillent son héros. Elle passa sa robe de chambre et courut dans la salle commune. Après avoir nourri les petits mendiants, elle prépara un somptueux petit déjeuner qu’elle porta sur un plateau au chevalier. Celui-ci, qui se réveillait, ne douta plus qu’il était fait pour le mariage. Il était temps qu’il trouve ce sacré Graal et qu’il se case.

Après quelques bisous, qui faillirent renverser le bol de soupe, il avala de bon cœur son repas qu’il partagea avec Blanche Neige.

  • Je vais te faire un masque en tissu, mon chéri, lui dit la princesse. Tu affoleras moins les populations.
  • Je suis si laid que ça ?
  • Ben, à vue de nez, oui.
  • Alors, cela me servira dans les combats pour effrayer l’ennemi. Mais je ne veux pas horrifier ton regard, mon amour, et porterai un masque pour te faire plaisir.
  • Tu es vraiment trop chou. Je m’habille et je le fais tout de suite.

La journée se passa en préparatifs divers pour la grande expédition qui s’annonçait. Blanche Neige fit le masque de Galaad. Celui-ci mangea et fit de l’exercice pour récupérer. Kerbauzon ramena la mère Denis à Ploucornec. Ils seraient bien restés tous les deux pour finir la cave des nains, mais, comme le fit remarquer Prof, ils se reverraient bientôt et leurs retrouvailles n’en seraient que meilleures.

Les nains fermèrent la mine, vérifièrent l’armement, décabossèrent la cuirasse, réparèrent le bouclier, ferrèrent à neuf la jument, les poneys, le cheval et le mulet, puis préparèrent leurs bagages.

Galaad et Blanche Neige profitèrent du calme de cette journée pour choisir les prénoms de leurs futurs enfants et la couleur de leurs chambres. Le masque de Galaad lui allait à merveille, réalisé en tissu blanc, il faisait ressortir le bleu de ses yeux. Très discret, il lui couvrait seulement le haut du visage, laissant libre la bouche. Il fallut d’ailleurs quelques essayages et de nombreux baisers pour que Blanche Neige soit satisfaite de la forme.

Allant voir Bethsabée après le ferrage, Blanche Neige fut surprise par ce que lui dit la jument :

  • Puisque l’on part en voyage, tu ne crois pas qu’il faudrait trouver une solution pour les bagages ?
  • Je ne comprends pas Bethsabée.
  • Ecoute, le chevalier a un mulet pour porter les siens. Vous n’avez rien pour porter les vôtres. Vous ne pouvez pas surcharger vos montures. Il vous faudrait des poneys de bât. Mais ce n’est pas facile à trouver et une troupe de dix-huit montures sera bien encombrante.
  • Oui, c’est vrai, mais où veux-tu en venir ?
  • J’ai pensé que vous pourriez acheter une charrette et un cheval, ce serait plus simple.
  • Ce ne serait pas sot, mais à qui.
  • Au marin qui est venu, de plus son cheval est très sympathique.
  • Ce n’est pas vrai Bethsabée ! Tu en as trouvé un autre ?
  • Princesse, intervint Bowmore, j’ai le regret de vous dire que votre haquenée n’a pas de parole. C'est une volage, pendant que je dormais, la nuit dernière, elle fleuretait avec ce cheval de rien, sous les yeux de tout le monde.
  • Et toi ? Qu’avais-tu fait la veille ? demanda Aberlour.
  • Ton idée n’est pas bête, dit la princesse, mais ne prends pas l’habitude d’aller avec le premier venu.
  • Je sais, mais il était si beau, tout noir.
  • Et Bowmore ? Tu ne l’avais pas trouvé beau.
  • Si, mais hier il dormait. L’autre était éveillé et tout mignon, j’en ai profité. Et puis ça me changeait du blanc.
  • Belle mentalité, ma pauvre Bethsabée !
  • C’est exactement ce que je vous disais, Princesse, conclut Bowmore.
  • Bien, je soumettrais ton idée à Prof.

Prof, consulté, trouva l’idée excellente et envoya aussitôt Joyeux et Gourmand à Ploucornec négocier avec l’amiral. Ils revinrent tard dans la soirée, très heureux, menant la charrette à un train d’enfer. Derrière, Tsoin-tsoin et Réglisse suivaient en tirant la langue. On ne les avait pas attendus pour souper et Blanche Neige était furieuse, car elle avait dû faire la cuisine.

Le soir, tout le monde se coucha tôt, et seul, en prévision du lendemain.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents