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Littérature


La Quête du Saint Graal Tome 1 Chapitre 8 (suite 3)

Publié par François d'Auberoche sur 5 Novembre 2014, 21:15pm

La Quête du Saint Graal Tome 1 Chapitre 8 (suite 3)

Ils étaient en vue de l’officine de l’apothicaire, le père Manganate, quand un bolide surgit en titubant de l’estaminet. Il s’agissait d’un remarquable exemple d’un représentant de l’espèce humaine imbibé de treize degrés supérieur. Des années de boisson avaient stylisé ses formes pour aboutir à deux boules superposées.

La boule supérieure, de la taille d’une citrouille, était d’une couleur à dominante rouge avec de belles variations dans toutes les teintes du vermillon, de l’incarnat, de la pourpre et, bien entendu, de la lie de vin. Pas un cheveu n’ornait le sommet luisant, presque plat. Sous des sourcils broussailleux démesurés, on apercevait à peine les petits yeux en boutons, injectés de sang, enfoncés au fond des replis graisseux.

Dessous, s’étalait un appendice rubicond et bourgeonnant, de la taille d’un gros concombre. Suivait une moustache de phoque, ruisselante de vin rouge, qui pendait sur des lèvres graisseuses. On discernait vaguement ce qui avait été un menton fuyant, dans le bloc de graisse qui reliait le visage couperosé à la sphère inférieure du corps.

Celle-ci, plus énorme, de la taille d’une bonne futaille, confondait thorax et abdomen. Deux membres supérieurs frêles en émergeaient, qui essayaient de boucler un baudrier orné d’un macaron portant les mots : « LE GUET ».

Sous la sphère, deux minces appendices lui servaient de moyen de locomotion. Malgré leur fragilité apparente, ils permirent à l’individu de se déplacer rapidement et de se planter devant les poneys. Il leva le bras gauche en un vague salut romain et, désignant Joyeux avec l’index de la main droite, hurla :

  • HALTE !

Les trois nains tirèrent à mort sur leurs rênes pour tenter d’arrêter leurs montures. Si Réglisse et Tsoin-tsoin y parvinrent, ce ne fut pas le cas de Praline. Dormeur n’avait pas les mêmes réflexes que ses collègues. Praline, après un splendide dérapage incontrôlé, vint donc s’écraser sur Tsoin-tsoin qui percuta Réglisse. Les trois poneys s’écroulèrent les uns sur les autres dans un mélange de corps, de pattes et de nains.

  • Ah, mes gaillards, votre compte est bon. Vitesse excessive en agglomération, chevauchée dangereuse, défaut de maîtrise de monture. Sortez de dessous ces chevaux ridicules, que je vous verbalise.

Après moult efforts, les trois nains parvinrent à se démêler les uns des autres et de leur poney et commencèrent à compter leurs abattis. Par chance, aucune monture n’était blessée et Joyeux n’avait rien. Pour les deux autres, il s’en fichait royalement. Eux, en revanche, étaient bien contents de savoir, qu’à part quelques coups de sabots, ils n’avaient pas trop souffert.

  • Tu pionçais encore, saleté, hurla Joyeux à Dormeur.
  • Je te jure que non.
  • Alors, peux-tu m’expliquer pourquoi nous nous sommes arrêtés sans problème, Gourmand et moi, à la demande de cet aimable représentant de l’ordre, alors que toi, tu es venu t’écraser sur nous. Comment aurais-tu fait, imbécile heureux, pour t’arrêter en notre absence ?
  • Ne détournez pas la conversation, gamins. Approchez et présentez-vous tous les trois.
  • Je ne suis pas un gamin, je suis sans doute plus vieux que vous, répondit Joyeux. Mes deux amis, ici présents, vont se faire un plaisir de vous expliquer ça. Moi je file voir l’apothicaire, il s’agit d’un cas de vie ou de mort. Gourmand, voilà un sol, dit-il en lui lançant une pièce. Amène Messire à l’estaminet avec Dormeur et arrange-moi cette affaire. S’il le faut, on laisse Dormeur en otage.
  • Compris, je vois comment faire. Allons capitaine...
  • Je ne suis que sergent.
  • Ce n’est pas possible ! Avec votre expérience et vos connaissances vous devriez être capitaine. Allons nous mettre à l’ombre dans l’estaminet, ici on risque de mourir de soif. Je vais tout vous expliquer devant quelques setiers, vous verrez, c’est tout simple.
  • Tu as raison jeune homme, attache tes bêtes avant qu’elles ne sèment la terreur à nouveau. Je suis tout disposé à écouter tes explications.

Joyeux n’avait pas attendu la fin de la conversation, il jeta les rênes de Réglisse à Gourmand et courut vers l’échoppe du père Manganate. Quand il arriva, celui-ci était en train de fermer la porte.

  • Ah, il est midi, mon enfant, je vais dîner. Repasse tout à l’heure.
  • S’il vous plaît, maître. C’est pour une urgence. Nous avons recueilli dans la forêt un chevalier de la Table Ronde gravement brûlé. Il est tombé dans de l’eau bouillante. Tout son corps est brûlé. Il faut le sauver à tout prix.
  • Louable pensée mon enfant, le cas est très grave. J’ai un onguent qui peut calmer ses blessures, mais ça ne suffira certainement pas pour guérir le patient. Je veux bien faire une exception pour un noble chevalier et rouvrir mon officine. Tu m’attends, je vais préparer l’onguent. Mais as-tu de quoi payer ?
  • Bien sûr, dit précipitamment Joyeux, et il lui fourra sous le nez la bourse de Prof. Il y a largement de quoi. Et je te paierai le double du prix, en remerciement.
  • C’est bien, tu sais vivre. Ce qu’il faut surtout à ton chevalier, c’est un guérisseur qui lui enlève ses brûlures. D’habitude, ils n’arrivent à enlever qu’une seule brûlure, je ne sais pas si c’est possible sur un corps tout entier.
La Quête du Saint Graal Tome 1 Chapitre 8 (suite 3)

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