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Littérature


La Quête du Saint Graal Tome 1 Chapitre 8 (suite 4)

Publié par François d'Auberoche sur 7 Novembre 2014, 05:30am

La Quête du Saint Graal Tome 1 Chapitre 8 (suite 4)
  • En connaissez-vous un dans le village ?
  • Il y a la mère Denis, la lavandière.
  • Où puis-je la trouver ? demanda Joyeux qui commençait à avoir des doutes sur l’identité de leur prisonnière.
  • A cette heure, elle doit être à l’estaminet. Ça donne soif de laver.
  • J’y cours.
  • Attends-moi là-bas. Je ne serai pas long.

Aussitôt Joyeux le quitta et pénétra comme une flèche dans l’estaminet. Celui-ci était plein. Il aperçut attablé dans le fond, le sergent et ses deux compagnons. Ils étaient en grande discussion avec un homme d’âge mûr, aux cheveux blonds-gris, assez longs, qui parlait haut et fort.

  • Hé oui, disait-il, il y avait des pommes partout et des casse-croûtes. La mère Denis a ramassé un plein panier de pommes. J’ai pris les jambon-beurre.
  • Excusez-moi de vous interrompre, dit Joyeux en se penchant au-dessus de la table. Est-ce que la mère Denis est dans la salle ?
  • La mère Denis ? Tiens, c’est vrai, dit le sergent, je ne l’ai pas vue.

Il se leva et observa toute la salle.

  • Non, elle n’est pas là. Bizarre, elle est ponctuelle comme la cloche. Dès que l’angélus a fini de sonner, elle arrive et se boit quelques verres de rouge.
  • Où, habite-t-elle, s’il vous plaît ?
  • Et, qu’est-ce que tu veux à la mère Denis, Moussaillon ? demanda l’homme d’un air méfiant.
  • Nous avons recueilli dans la forêt un chevalier qui est grièvement brûlé. Comme il paraît qu’elle enlève les brûlures, je veux lui demander si elle peut venir le soigner.
  • Je l’ai vue ce matin, p’tit gars, mais depuis non. On va envoyer un gosse chez elle, voir si elle y est et un autre au lavoir. T’as des pièces à leur filer ? Ils iront encore plus vite.
  • Bien sûr.

L’homme se leva, siffla deux gamins et transmit l’ordre. Les deux mouflets, tout heureux, filèrent comme des lapins.

  • Comment vous remercier Messire ?
  • Appelle-moi amiral, Moussaillon. J’navigue plus très souvent à mon âge, mais j’suis encore l’amiral Kerbauzon. J’rends toujours service aux bâtiments en détresse. Aux terriens parfois, si j’suis bien luné. Mais à toi, ça va te coûter quelques setiers. TAVERNIER, A BOIRE ! hurla-t-il.
  • Autre chose, demanda Joyeux à Gourmand, as-tu réglé l’affaire avec le sergent ?
  • Oui, c’est fait. Il a admis que les poules et les canards nous avaient attaqués sans raison. Tu dois simplement faire un don pour les veuves et les orphelins du guet.
  • Y a-t-il beaucoup de veuves et d’orphelins du guet au village ?
  • Non, pas encore, répondit le sergent, mais on ne sait jamais. Comme je suis marié et que j’ai six enfants, un don de sept sous d’or serait le bienvenu.
  • Glups, répondit Joyeux, Prof va apprécier.

Il compta néanmoins sept pièces d’or au sergent qui les glissa dans sa propre bourse en souriant.

  • Tu es généreux, Messire, tu seras toujours le bienvenu au village.
  • Oui, mais la prochaine fois, j’attacherai mon poney à l’entrée. Ce sera plus économique.
  • Peut-être jeune homme, mais les taxes de stationnement ne sont pas données. Viens d’abord me voir, nous en discuterons.
  • Bon, Joyeux, maintenant que c’est réglé, il faut que tu apprennes ce que l’amiral nous a raconté avant que tu arrives.
  • Ah oui. Quoi ?
  • Je m’en vais te le dire, moussaillon. Mais, c’est marée basse maintenant, il faudrait se remettre à flot.
  • Prof va gueuler en voyant le fond de sa bourse. Mais allons-y. Tavernier !
  • Pas comme ça, Moussaillon, il est sourd. TAVERNIER ! UN SETIER POUR CHACUN.
  • Il faudrait peut-être aussi quelque chose à grignoter, proposa Gourmand. C’est plus sain de croquer quelque chose quand on boit.
  • T’as raison, Moussaillon. TAVERNIER ! UN JAMBON, DU FROMAGE ET UNE MICHE.
  • Glups. Il est cher le vin ici ?
  • Pas trop, un as de bronze le setier.
  • Ouf. Ils font des réductions quand on achète une amphore ?
  • Bien sûr, moussaillon. Si tu veux, on peut commander un tonneau, c’est encore plus économique.
  • Non, ça ira. Et le jambon, c’est cher ?
  • Oh, moussaillon, tu veux mon histoire, ou lire la carte ?
  • Non, non, je verrai bien. Contez-moi votre histoire, amiral.
  • Comme je l’ai dit à tes collègues et au sergent, ce matin, juste avant le lever du soleil, j’étions sorti dans le jardin pour pisser un p’tit peu. Faut dire que maintenant j’pisse beaucoup plus souvent qu’autrefois. J’sais pas pourquoé.
  • C’est normal, dit Dormeur, c’est l’âge.
  • Nom de Diou ! Y s’fout d’ma gueule maintenant ! J’suis un vieillard, p’tête ?
  • Dormeur, rendors-toi au lieu de dire des bêtises qui peuvent énerver l’amiral.
  • Bien dit, p’tit gars, donc j’étais en train de sacrifier à la nature…
  • Qui c’est nature ?
  • Dormeur, puisque tu ne dors pas, va garder les poneys.
  • Ce n’est pas la peine, je les ai confiés à trois gamins.
  • J’espère qu’ils sont honnêtes, sinon je t’empêche de dormir pendant une semaine.
  • Bon, je vais les voir un instant.
  • Vous pouvez y aller amiral, il ne nous embêtera plus.
  • Les setiers, c’est pour qui ? demanda l’aubergiste qui apportait la commande.
  • Ici. Mets-les sur la table, on se servira, répondit l’amiral.
  • Bien, j’apporte le reste.
  • Si tu as aussi du saucisson, tu peux le porter, intervint Gourmand.
  • C’est pas facile de parler avec vos deux collègues, fit remarquer l’amiral.
  • Je pense aussi qu’ils ont dû boire quelques urnes tout à l’heure. Ça délie les langues.
  • Ça c’est vrai, intervint le sergent, moi qui vous parle, quand il m’arrive, exceptionnellement d’avoir un coup dans le nez...
  • Ta gueule, tu vois pas que je parle à Messire le nain qui, lui, respecte ceux qui parlent. Bon sang, je continue. Je disais donc que j’avais à peine commencé, quand passe au-dessus de ma tête, à très basse altitude, une sorcière sur son balai. J’lai pas vue, mais j’connais bien ce bruit-là.
  • Ah, oui, comment tu fais ? demanda le sergent.
  • J’ai vécu suffisamment de temps à côté de Landivisiau pour reconnaître un bruit de balai, surtout en rase-mottes. Là-bas, il y en a un gros repaire. Tous les jours que Dieu fait, il fallait supporter le bruit de leurs décollages et de leurs atterrissages. Aussi, on n'interrompt pas un homme d’expérience, surtout un amiral, seul maître à bord après Dieu.
  • Mais on n’est pas à bord, ici, insista le sergent.
  • Il commence à m’énerver le sergot. On n’est pas dehors ici. Cré vingt dieux. Donc on est à bord. Mais toi, tu vas dehors, tu commences à me courir sur la grand vergue.

Et Kerbauzon se leva, attrapa le sergent par le col et le jeta dans la rue.

  • Voilà. Maintenant, rends-toi utile, tu gardes les Poneys des trois nabots et tu empêches l’autre zigoto qui dit que des bêtises de rentrer. Tu dois faire respecter l’ordre dans le village. T’es payé pour ça, pas pour boire un coup aux frais des contribuables. Toi, dit-il à Gourmand, tu bouffes, tu bois, mais tu fermes ta gueule. Je parle à Messire. Compris ?
  • MMFF, répondit Gourmand.
  • Donc, alerté par le bruit, je sors du jardin et, qu’est-ce que je vois ?
  • J’allais vous le demander, mais je n’osais pas.
  • T’es un brave p’tit gars, t’aurais mérité d’être moussaillon sur un de mes bâtiments. Mais t’aurais dû te raser. C’est pas normal un mousse barbu. Donc, je vois des lumières, à la lisière de la forêt, à ras de mon verger. Et tu sais ce que c’est, moussaillon, des lumières dans un champ, quand les sorcières volent ?
  • Ben, non.
  • Un terrain d’atterrissage pour sorcières. Certaines sont à terre, elles allument des lampes et elles guident leurs congénères vers le terrain pour qu’elles se posent. Ça m’a étonné, parce que j’ai pas souvenance que les sorcières fassent des sabbats maintenant et elles ne viennent jamais sur mes terres. Elles en ont fait un grand pour la Saint-Jean et elles étaient dans le champ du père Le Duff. Sacré Le Duff, un brave gars, toujours par monts et par vaux, et une p’tite femme toute mignonne. J’te raconte pas.
  • Dommage. J’aurais bien aimé que tu me racontes.
  • Une autre fois p’tit gars. Le père Le Duff est dans la salle. On n’est jamais trop prudent. Ça évite les coups de fourche dans le dos à la nuit tombante. Si tu vois ce que j’veux dire.
  • Pardon amiral, l’interrompit une petite voix. La mère Denis l’est pas chez elle à c’teure.
  • Merci Moussaillon. Le p’tit barbu va te bailler une pièce pour la peine.
  • Attrape petit, lui dit Joyeux, en lui lançant un as.
  • Merci, p’tit barbu.
  • Ah, ces mômes. Tiens voilà le père Manganate. Il vient vers nous. C’est peut-être pour toi.
  • Oui, je lui ai commandé un onguent.
  • Tiens Messire, voilà ta commande, dit l’apothicaire en lui tendant une fiole. Passe doucement sur le corps, sans appuyer, plusieurs fois par jour.
  • Mais, il n’y en aura jamais assez. Il est grand le chevalier.
  • Ecoute, je n’avais pas le temps de lui en faire une urne. Prends déjà ça et repasse me voir après les vêpres, tu en auras pour plusieurs jours.
  • Vous ne pouvez pas me livrer ?
La Quête du Saint Graal Tome 1 Chapitre 8 (suite 4)
  • Dans la forêt ? Tu es fou jeune homme. Non, repasse ce tantôt et règle-moi le tout d’avance. Ça fera deux sous.
  • Je vous en donne un maintenant et le reste à la livraison.
  • A ce que je vois la confiance règne ! En outre, tu m’avais dit que tu paierais le double du prix.
  • Je n’ai pas menti, vous aurez la somme convenue plus tard, quand j’aurai le tout. Mon papa m’a toujours appris à régler la somme convenue, mais seulement à la livraison complète. Je m’en suis toujours bien trouvé. A plus tard donc et encore merci.
  • Au revoir, marmonna l’apothicaire en partant.
  • Tu sais que t’es point sot mon gars. Tu l’as couillonné le potard. Bon continuons…
  • Pardon amiral, l’interrompit à nouveau une petite voix. La mère Denis l’est pas au lavouére à c’teure.
  • Tiens, attrape p’tit, lui répondit Joyeux en lui lançant une pièce.
  • T’en auras assez ? lui demanda Gourmand.
  • T’occupe, tais-toi et bâfre.
  • Ce que je disais, c’était pour t’aider. C’est quand même l’argent de la communauté.
  • Je me demande quand même ousse qu’elle est la mère Denis, c’est pas normal, dit l’amiral l’air inquiet.
  • Je crois que je commence à savoir dit Joyeux. Continuez, on verra.
  • Où j’en étais avec tout ça.
  • Vous aviez entendu un balai de sorcière vous survoler et vous aviez vu des lumières à côté de votre verger.
  • Merci, dit l’amiral en se resservant. Donc, j’voyons pas bien à c’teure. Y faisait noir. Mais j’ai entendu un grand boum qui venait de là-bas. J’ai couru m’habiller, j’ai pris une hache et je me suis dirigé vers mon verger. Je me suis approché à une cinquantaine de pas en faisant bien attention à pas me faire voir. Le jour se levait, alors j’ai vu un dragon qui a pris dans ses griffes une sorcière et qui s’est envolé. Il est parti vers le soleil levant. Et je ne l’ai plus revu. Là où le dragon s’était envolé, il y avait deux grosses boules, de trois ou quatre pieds de haut qui bougeaient. Puis les boules sont parties dans la forêt en courant.
  • Des goulottes, intervint Joyeux.
  • Des quoi ?
  • Des goulottes, des petites goules. Quand elles sont petites, elles sont toutes rondes, on voit à peine leurs mains et leurs pieds. Les yeux sont en haut de la boule et la bouche au milieu. De vraies saletés. Une goulotte de trois pieds de haut est capable d’avaler un nain d’une bouchée.
  • Et un homme ?
  • Elle lui arracherait une jambe sans problème.
  • Heureusement qu’elles m’ont pas vu. Je suis resté quelques minutes sans bouger, alors la mère Denis est arrivée. Elle aussi avait entendu le bruit. On est allé tous les deux là où s’était posé le dragon. On a vu ses traces de pas et une grande traînée de dix pas environ comme si quelqu’un avait labouré le sol avec ses pieds. Et il y avait des pommes partout. La mère Denis en a ramassé un plein panier. Moi j’en ai juste croqué une, elle était amère. J’ai tout recraché. Il y avait aussi des casse-croûtes au jambon, excellents, avec du beurre et des cornichons. Ensuite, je suis rentré chez moi.
  • Et la mère Denis ?
  • Elle m’a dit que puisqu’elle était près de la forêt et qu’il était tôt, elle allait chercher des fraises des bois.
  • T’as entendu ça, Joyeux ? dit Gourmand.
  • Oui, c’est bien ce que je pense.
  • Et qu’est-ce que tu penses p’tit gars ?
  • Je pense que nous, ce matin, on a vu la mère Denis avec son panier de pommes et on a cru que c’était cette cochonnerie de sorcière qui venait empoisonner Blanche Neige.
  • Qu’est-ce que tu me racontes, moussaillon. La princesse Blanche Neige est morte depuis près d’un an.
  • Zut, j’ai trop parlé. Il faudra jurer amiral de n’en parler à personne. Cette saloperie de reine a voulu faire tuer Blanche Neige, l’an passé. Heureusement, celui qui devait la tuer ne l’a pas fait. Depuis, nous la cachons loin de la reine. Mais nous savions, grâce au chevalier, que la reine, qui est sorcière, viendrait l’empoisonner. C’est pourquoi, ce matin, nous avons sauté sur la mère Denis et la gardons prisonnière.
  • Il faudrait être sûr que c’est bien la mère Denis que vous avez, moussaillons. Si c’est l’autre saleté, il ne faut pas la relâcher et l’éliminer. J’ai encore sur le cœur mon dernier contrôle fiscal.
  • Oui, mais comment en être sûr ?
  • C’est pas difficile, je t’accompagne chez toi et je te le dirai.
  • Grand merci, amiral.
  • Bon, tu payes ta note moussaillon, je passe chez moi prendre ma charrette et je te suis.
  • Mais, on va se traîner avec votre charrette.
  • Commande deux setiers de cervoise et tu verras.

Quelques minutes plus tard, l’amiral était de retour aux rênes d’une splendide charrette tirée par un magnifique cheval noir.

  • T’as la cervoise, Moussaillon ?
  • Oui, amiral.
  • Donnes-en au cheval. Je te le présente, il s’appelle Tonnerre. J’lai acheté c’te année au marché de Brest.
  • Un joli nom.
  • Et tu vas voir à quelle vitesse il galope. Allez, sers-le. Vous autres, montez en selle et soyez prêts à lui montrer la route.

Joyeux versa les setiers de cervoise dans un seau et présenta celui-ci au cheval. En dix secondes, le seau était vide et le cheval piétinait des quatre fers. Joyeux monta en selle sur son poney et cria :

  • En avant.

Le démarrage fut foudroyant, les poneys pourtant nerveux et peu chargés faillirent se laisser distancer par la charrette emballée. Le sergent, qui traînait bêtement au milieu de la chaussée, eut la chance de rouler devant le cheval, ce qui lui sauva la vie, mais plusieurs poules trépassèrent sous les sabots et les roues de cette cavalcade insensée.

Le retour ne fut qu’une simple formalité, les milles avalés comme par enchantement succédèrent aux milles et ils furent bientôt arrivés. Dormeur descendit de poney et avoua :

  • Je ne me suis pas ennuyé, c’était intéressant, mais cela ne permet pas de se reposer.
  • Gourmand et Dormeur, commanda Joyeux. Menez l’amiral à l’écurie et montrez-lui la vieille. Moi je porte cette fiole à Galaad.

Il était à peine arrivé dans la chambre où reposait le chevalier qu’il entendit Gourmand crier depuis les écuries :

  • C’était une erreur judiciaire !

Et l’on entendit un merle qui sifflait :

  • Il y a bien une mère Denis au village, mais elle est partie en forêt ce matin.
La Quête du Saint Graal Tome 1 Chapitre 8 (suite 4)

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