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Littérature


LA MAISON ROSE

Publié par François Auberoche sur 9 Février 2015, 08:00am

  • Bon, on y va, annonça Basile en se levant. Tu viens Antoine?
  • Oui, j’arrive. Mais il faut qu’on trouve des bâtons pour assommer les nains.
  • Je vous attends ici, leur dit l’ondine. Je préviens toutes mes amies que vous allez nous aider. Où allez-vous exactement ?
  • Je crois, dit gravement Basile, qu’il faut d’abord chercher par où ce nain est parti.
  • Tiens, dit Antoine. Regarde par terre.
  • C’est vrai, approuva Gwennaëlle. Il y a des traces de petits pieds.

En effet, on pouvait voir sortant de l’eau, tout près du buisson, des empreintes de tout petits pieds qui se dirigeaient vers la marina. Les garçons se mirent aussitôt à les suivre. Celles-ci les amenèrent très vite à un sentier herbeux où plus aucune empreinte n’était visible.

  • Arrête, dit Antoine. Oui, on peut deviner. Les herbes sont légèrement couchées vers l’avant. Il a foncé tout droit !

La traque continua rendue difficile par les ombres qui s’allongeaient et dissimulaient les traces. La nuit n’était pas encore là, il restait encore près de deux heures avant qu’elle ne tombe, mais la lumière baissait vite sous les pins maritimes. Finalement ils arrivèrent à la route goudronnée qui reliait le port à l’entrée de la marina. Ils étaient pratiquement en face de l’aire de jeux avec les balançoires.

  • Que fait-on ? demanda Antoine. Sur le goudron, on ne va rien voir.
  • Alors, on longe la route, moi à gauche, toi à droite, ordonna Basile. On va bien regarder les herbes pour voir ce qu’il a fait.

Antoine traversa la route et regarda par terre tandis que Basile faisait la même chose de son côté. Ce dernier vit aussitôt les traces de pas qui continuaient sur le bas-côté en direction de l’entrée de la marina. D’un geste, il prévint Antoine et la filature continua. Ils dépassèrent l’aire de jeu, puis le carrefour qui menait au hameau du pont des tables et continuèrent tout droit.

  • Les traces sont toujours là, confirma Basile.

Quelques centaines de mètres plus loin, Basile ne les vit plus. Antoine les retrouva bien vite de son côté. Le nain avait traversé la route et Antoine vit qu’il avait escaladé la petite barrière en bois qui bordait le bas-côté. Les planches blanches étaient salies par de la terre. On voyait nettement que quelqu’un de petit avait mis son pied sur le premier bardeau* puis un autre sur le second pour passer de l’autre bord. Antoine appela Basile, les traces de pas continuaient entre les fougères, tout droit entre les arbousiers, les bouleaux et les pins très clairsemés, qui longeaient une villa.

LA MAISON ROSE
  • Zut, il va vers nos maisons, constata Basile.
  • Chez nous, c’est fermé, dit Antoine.
  • Pas chez moi, s’écria Basile. Maman n’a pas fermé pour que je puisse rentrer. Elle est en danger !
  • T’affole pas ! Pourquoi il irait chez toi ?
  • On ne sait jamais.
  • Pour l’instant, constata Antoine, il ne va pas vers nos villas.
  • Oui, il va vers la maison rose !

En effet, les traces de pas se dirigeaient tout droit à travers la haie de thuyas vers une maison d’un rose lie de vin, au toit recouvert de chaume*. Etait-ce la couleur, le calme, le silence, les volets fermés ? Aucun des deux garçons n’aurait pu l’expliquer, mais cette villa leur paraissait sinistre. Basile prit une grande bûche sur un tas de bois et dit à Antoine :

  • Je crois qu’il vaut mieux être prêt à rencontrer les nains, arme-toi ! Je fouille de ce côté ! Et il montra la façade où il n’y avait pas de cachette possible. Toi va voir là-bas ! Et il fit signe à Antoine de passer derrière la villa.

Antoine fit lentement le tour de la demeure, les mains serrées sur un gros rondin* pris dans le même tas qui avait armé Basile. Il ne voulait pas se l’avouer, cette maison bizarre lui fichait une peur bleue. Etre courageux, c’est vaincre sa peur. Alors il se disait qu’il était très courageux et que sa maman serait très fière de lui. Il arriva au coin de la villa, avança sa tête avec précaution pour regarder derrière, se coucha et se mit à ramper. Devant lui se trouvait une terrasse qui longeait tout l’arrière de la maison et dominait le ruisseau. Sous cette terrasse, une troupe de nains félicitait un nain qui brandissait fièrement le sceptre volé aux ondines. Ce dernier n’était pas entré sous la terrasse et se tenait à un mètre d’Antoine.

LA MAISON ROSE

Sans plus réfléchir, notre courageux Antoine se dressa, brandit son gourdin de la main gauche, lui fit décrire un demi-cercle, frappa violemment la tête du nain et arracha le sceptre au voleur de la main droite. Il fit aussitôt demi-tour et courut vers la maison familiale à toute vitesse tandis que des cris s’élevaient :

  • Un enfant ! Tuez-le !
  • A mort !

De dessous la terrasse les nains sortaient par dizaines. La figure toute rouge, des haches à la main, ils étaient manifestement en fureur. Antoine n’eut pas besoin de prévenir Basile. Celui-ci, alerté par les cris de rage, courait déjà vers la maison familiale. Antoine, les nains sur ses talons, prit le même chemin.

LA MAISON ROSE

Les garçons, pas fous, prirent la route. Ils savaient que sur cette voie plate et sans obstacle, ils devanceraient sans effort leurs poursuivants. Antoine avait un seul problème : la maison était fermée à clef, c’était Adeline qui l’avait sur elle. Il devait donc rejoindre rapidement Gwennaëlle, lui rendre le sceptre et espérer que l’ondine trouve un moyen de le débarrasser des nains. Aussi, laissant Basile prendre le chemin direct qui menait à son domicile, il prit le chemin de gauche qui passait au bord du craste* et longeait le jardin de leur maison.

Il entendit derrière lui les cris des nains. Une partie d’entre eux continuait à le suivre, une autre suivait Basile qui avait pris le chemin direct montant à sa villa. Accélérant son allure, il passa au galop devant leur jardin et fonça vers l’eau. Quel dommage, pensa-t-il, qu’il n’ait pas les clefs du bateau de Papa. Il avait bien observé ses parents et savait qu’il aurait pu détacher la vedette, démarrer le moteur, manœuvrer l’embarcation et être très loin dans le chenal* avant que ces sales nains soient sur la berge.

LA MAISON ROSE

Il haussa mentalement les épaules et accéléra son allure pour rejoindre la naïade. Longeant l’eau, il sautait par-dessus les cordages qui retenaient les divers bateaux amarrés à la rive.

  • Ce sera dur pour les nains de sauter toutes ces cordes, pensa Antoine.

Il prit à droite en longeant la rive, au travers des taillis* qui devraient bien freiner l’ardeur des nains en furie. Il déboucha en trombe en terrain découvert et trouvant son deuxième souffle, passa à une vitesse supérieure. Le hockey sur gazon et le tennis lui avaient donné des muscles suffisamment résistants pour tenir longtemps une allure rapide.

Longeant les demeures en évitant les barrières qui les bordaient, il laissa l’aire de jeux sur sa droite. Le plus rapide était à présent de foncer tout droit vers l’endroit où il avait laissé Gwennaëlle. Mais ce qu’il vit sur la route le fit changer d’avis immédiatement. Sortis d’on ne sait où, des dizaines de nains armés jusqu’au dents, se tenaient au bord de celle-ci. Tenter de passer aurait été courir au suicide. Une seule solution lui parut logique, rejoindre les bords du lac en coupant par le port.

C’est ce qu’il fit aussitôt. Il s’engagea sur le quai principal, marquant la fin de la rade. De part et d’autre du quai, les nénuphars étaient en fleurs (Maman disait les nymphéas*). Il n’admira pas longtemps le merveilleux spectacle des fleurs roses éclairées par le soleil couchant. Sous les yeux horrifiés d’Adeline et de Claire, qui arrivaient de l’autre côté, il fut attrapé vivement par un bras sombre qui sortit des nymphéas et l’entraîna sous les eaux noires.

LA MAISON ROSE
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