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Littérature


PRISONNIER

Publié par François Auberoche sur 22 Février 2015, 14:09pm

PRISONNIER

Lorsqu’Antoine fut attiré brusquement sous l’eau, il poussa un cri de surprise qui faillit le noyer. Heureusement sa ravisseuse lui enfonça aussitôt la tête dans une grosse bulle, comme celles qu’Adeline, Basile et Claire porteraient un peu plus tard. Toussant et crachant, il ne se rendit pas compte de ce qui lui arrivait. Ce fut seulement au bout de plusieurs minutes qu’il réalisa qu’il était juché sur un énorme poisson moustachu, serré fortement par les deux bras bleu-nuit d’une ondine pas sympathique du tout. Elle lui avait dit méchamment en lui mettant un poignard sur la gorge :

  • Ne bouge pas ou je te saigne !
PRISONNIER

Devant lui, à cheval sur le cou du poisson, se trouvait un nain armé lui aussi d’un poignard dont il se servait sans cesse pour guider sa monture. A un moment, il se retourna, dévisagea Antoine et lui dit :

  • Ce n’est pas ton jour de chance aujourd’hui, gamin ! Tu as croisé mon chemin !

Antoine s’aperçut alors que la méchante ondine lui avait pris le sceptre. Elle le tenait négligemment de la main gauche, juste devant la sienne ; une chance, car elle ne devait pas savoir qu’il était gaucher.

Il se tint tranquille tandis que l’énorme poisson avançait rapidement en godillant* avec sa grande queue et en ondulant son long corps souple. Au bout de quelques minutes, Antoine, qui n’était pourtant pas frileux, commença à trembler. L’eau très fraîche était en train de le refroidir. Il lutta contre le froid en contractant tour à tour les muscles de ses jambes et surtout de ses bras. Il voulait pouvoir s’en servir rapidement dès qu’il serait en vue de la rive du lac.

Quelque temps plus tard, alors qu’Antoine faisait jouer ses doigts, le gros poisson moustachu ralentit. Ils s’engagèrent alors dans ce qui ressemblait à un petit canal. Antoine se prépara. Ce serait sans doute bientôt le moment. Le nain arrêta le poisson d’un coup du plat de son poignard et dit en se tournant vers l’ondine :

  • Nous sommes arrivés. Nous n’avons plus besoin du gamin maintenant ?
  • Non, il ne nous sert plus à rien. Tu peux le donner à manger à ton poisson !
PRISONNIER

Elle n’avait pas fini sa phrase, qu’Antoine lui écarta le bras gauche, lui arracha le sceptre et effectua un revers digne de McEnroe lui-même ; avec une colère semblable mais avec moins de précision que ce fameux tennisman. Il n’était pas en bonne position pour bien toucher la naïade, elle était derrière lui et beaucoup plus haute. Cependant il l’assomma d’un bon coup de sceptre. Emporté par son élan, il balaya d’un coup gauche le nain qu’il envoya à plusieurs mètres de distance. Il fallait maintenant s’occuper du monstre. Il prit le sceptre à deux mains, le dressa à la verticale au-dessus de la tête du poisson, le diamant pointu vers celle-ci et l’abaissa vivement, un peu en arrière des yeux. Il avait visé juste, le crâne épais fut transpercé, le cerveau minuscule atteint. La bête continua sur sa lancée pour s’échouer sur le rivage.

PRISONNIER

Antoine, fou de joie, sortit de l’eau mais il sentit à ce moment précis une piqure à la base de son cou et une petite voix méchante lui dit :

  • Toi, tu vas me payer la mort de mon silure. Tiens-toi tranquille ! Tu vas me porter, on ira plus vite.
  • Mais comment avez-vous .. ? commença Antoine.
  • Espèce d’idiot ! Tu ne t’étais même pas rendu compte que j’étais fait en matière plastique. Seuls les plus vieux d’entre nous sont en céramique et peuvent se casser. Heureusement pour nous les plus jeunes, cela a changé. Avantages : incassables, pas besoin d’air, nous pouvons aller sous l’eau sans problème. Inconvénients : ça ne te regarde pas ! Donc va tout droit ! Mets bien le sceptre devant toi que je le vois !

Antoine dut s’exécuter. Le nain était sur ses épaules et avait maintenant enfoncé le poignard dans son oreille. Il n’y avait pas de chemin. Antoine marchait dans une tourbière*, butant contre les grosses touffes d’herbe, les laîches; ou s’enfonçant dans de petites flaques d’eau. Le nain lui recommanda de ne pas le faire tomber en trébuchant volontairement : il pourrait lui en cuire et il ponctua ses paroles de méchants coups de poignard sur ses épaules. Antoine redoubla d’attention et au bout de quelques dizaines de mètres, arriva sur un chemin.

  • Prends à droite, sur la route !

Ce fut beaucoup plus facile. Le nain lui demanda alors de presser le pas. Antoine se contenta de l’allonger.

  • Cours, fainéant ! lui cria le nain en le piquant cruellement.
  • Je ne peux pas, mentit Antoine. J’ai eu trop froid dans l’eau, mes muscles sont bloqués.

Comme Antoine boitait, le nain n’insista pas. Antoine qui espérait du secours tentait de gagner du temps. Très vite, le chemin obliqua sur la droite et à la lumière de la lune, le captif se rendit compte qu’à présent ils allaient pratiquement dans la direction inverse de celle du départ. Au bout de deux cent mètres, au milieu d’une courbe, le nain lui fit quitter la piste sur la droite et s’enfoncer tout droit dans un bois de pins maritimes.

A peine éclairé par la lune encore basse à l’horizon, Antoine avait toutes les peines du monde à garder son équilibre. Il glissait sur les aiguilles, les pommes de pin roulaient sous ses pieds. Il butait contre les racines, s’empêtrait dans les bruyères tandis que le nain ne cessait de l’injurier et de le piquer.

Quand Antoine s’effondra dans un roncier qu’il n’avait pas vu, le nain fut projeté au sol. Antoine essaya de se remettre sur ses pieds pour prendre ses jambes à son cou mais il fut empêché par les ronces. C’est à ce moment qu’il découvrit qu’il était encerclé par une troupe de nains, tous portant une torche d’une main et une hache dans l’autre.

  • Bienvenue chez nous ! cria une voix cruelle.
PRISONNIER

Poussé aussitôt par un groupe de nains, il arriva dans une clairière. Devant lui, un cercle de petites huttes en bois indiquait qu’en effet, il était malheureusement parvenu dans leur repaire. Antoine en dénombra au moins une centaine, tous armés et le regardant d’un air cruel. Il fut traîné au centre du cercle où était planté un poteau en bois. Antoine commença à comprendre que la nuit ne s’annonçait pas très agréable. De petites mains furieuses lui arrachèrent rapidement son t-shirt, ses sandales et son short. Lorsqu’il n’eut plus que son maillot de bains, il fut attaché solidement au poteau par des cordes que les nains enroulèrent autour de son corps tel un vulgaire saucisson.

Ensuite, des nains allèrent chercher des échelles de fortune* faites avec des branches, qu’ils appuyèrent contre le poteau. D’autres vinrent avec des rayons de miel sauvage et des brosses puis entreprirent de le badigeonner avec le liquide gluant et odorant. Antoine s’en demandait la raison, quand un nain un peu plus grand que les autres vint se mettre devant lui et lui parla :

  • Humain, tu n’es encore qu’un enfant et tu es déjà mauvais ! Tu as frappé deux des nôtres et surtout tu as tué sans raison Gatito* notre silure adoré. Pour ce crime, tu vas mourir ! Comme nous ne pouvons te dévorer, ce qui serait ta juste punition, nous confions cette tâche à nos amies les fourmis. Nous avons planté notre poteau sur un nid de fourmis rousses. Au lever du jour, elles vont se réveiller et venir te trouver. Ta mort sera lente ! Très lente et horrible !

Antoine se dit qu’il n’avait rien à craindre pour l’instant, donc il avait encore toutes les chances d’être sauvé. Basile avait dû prévenir sa mère, Adeline et Claire. Les secours ne tarderaient pas. Il s’apprêta à reprendre des forces en dormant quand il sentit quelque chose lui frôler le visage. C’est alors qu’il vit une chauve-souris qui volait à quelques centimètres de lui. Il ne put retenir un cri d’effroi.

PRISONNIER

Les nains sursautèrent et se mirent à rire bruyamment. Une autre chauve-souris s’approcha d’Antoine, sans doute attirée par le miel, puis une troisième. Finalement quatre chauves-souris tournèrent autour de lui. C’en fut trop pour Antoine qui perdit connaissance. Quand il se réveilla, il sentit qu’il en avait une, juchée sur l’épaule droite, une autre était à gauche et toutes les deux lui léchaient les oreilles avec leur langue. Antoine poussa des hurlements épouvantables qui déclenchèrent de grands éclats de rire chez les nains.

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