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Littérature


SOUS LES NYMPHEAS

Publié par François Auberoche sur 2 Février 2015, 08:00am

POUR ANTOINE

SOUS LES NYMPHEAS

LE SCEPTRE

  • Cent ! Ça y est ! cria Claire.

Appuyée à la rambarde du belvédère* de la marina* de Talaris (Lac de Lacanau en Gironde), Claire venait de compter pour permettre à son jeune frère Antoine et à son ami Basile de se cacher.

 

SOUS LES NYMPHEAS

Ils avaient fini de dîner vers vingt heures trente et ils avaient largement le temps de jouer avant d’aller se coucher en cette belle soirée de la fin du mois de juin. Aussi, après le dîner, ils avaient vite débarrassé la table, mis la vaisselle sale dans le lave-vaisselle et étaient partis se promener sous la surveillance d’Adeline.

SOUS LES NYMPHEAS

Cette dernière, jeune étudiante, payait ses études en gardant Claire et Antoine. Elle les aidait à faire leurs devoirs, à réviser leurs cours et elle gérait le quotidien. Elle collaborait aussi, disait-elle, à créer des activités manuelles ou des jeux. Elle les aidait à récupérer de leurs peines de cœur, leur enseignait des bêtises, provoquait des éclats de rire et surtout militait contre la télévision et tous les écrans inimaginables du XXIème siècle, etc.

SOUS LES NYMPHEAS

Claire, âgée de douze ans, serait en cinquième à la rentrée et Antoine qui avait huit ans, passerait en Cours Elémentaire deuxième année. Claire, grande pour son âge, fine et élancée, était une superbe rouquine aux yeux bleus dont la chevelure de feu brûlerait sans doute bien des cœurs. Antoine, joueur de hockey sur gazon, solide et râblé, avait pour sa part une blonde toison qui s’harmonisait bien avec ses yeux, bleus eux aussi.

SOUS LES NYMPHEAS

En ce début de vacances scolaires les enfants avaient été confiés à la seule garde d’Adeline, pour passer une semaine dans la maison de vacances de leurs parents, située à la marina de Talaris sur le lac de Lacanau.

Pour l’instant, le jeune Antoine courait vers les étangs du nord de la marina avec son vieil ami Basile.

Un blondinet, de la même carrure qu’Antoine, avec lequel il s’entendait depuis des années, pour faire quantité de bêtises dans la marina. Basile était surtout un spécialiste de la suggestion, faisant faire à Antoine toutes les sottises et s’en tirant toujours blanc comme neige. Antoine était allé le chercher après le dîner chez sa mère, dont la maison était toute proche de celle de ses parents.

SOUS LES NYMPHEAS

Après un galop effréné en sautant des buissons, des troncs d’arbres morts et des fossés, les deux amis arrivèrent devant un petit étang à quelques centaines de mètres du belvédère*, juste au moment où Claire criait cent.

C’était le premier des petits étangs qui s’étiraient vers le nord à partir d’un bras secondaire du lac de Lacanau. La marina, elle, bordait un petit cours d’eau qui venait de l’est et se jetait dans le lac : ‘ le craste* du pont des tables ‘. Ce ruisseau de 20 km de long qui se nomme aussi craste de la « déhesse » (sic), du gascon « crasta » est un fossé d’écoulement des eaux, un petit ruisseau.. Le belvédère* où Claire venait de compter, se situait entre le craste* et le bras du lac. Là, les deux garçons se demandèrent où aller.

  • On se cache où ? interrogea Antoine.
  • Je ne sais pas, répondit Basile en se grattant la tête.

Cette activité dut stimuler son imagination, car il affirma en désignant un gros arbuste* de deux mètres de haut :

  • Regarde, Antoine ! Les branches de cet arbre vont bien nous cacher.

En effet, cet arbrisseau s’étalait en cercle sur près de quatre mètres de diamètre et ses branches couvertes de feuilles vertes, très sombres, descendaient à ras du sol. Antoine en souleva aussitôt une et vérifia que la cachette était bonne en s’introduisant dessous.

  • Génial, dit-il à Basile. On va être invisibles. Je ne te vois même pas. Claire ne nous trouvera jamais.

Aussitôt Basile s’introduisit sous le couvert. C’était, en effet, une excellente cachette. Les rameaux étaient très nombreux. Les petites feuilles très proches les unes des autres, faisaient un mur végétal impénétrable à la lumière. Heureusement, les branches tournées vers l’étang ne descendaient pas jusque à l’eau, ce qui permettait aux deux amis d’avoir un peu de lumière.

De ce côté, dit Basile, en montrant l’étang. On est tranquille. Ta sœur ne viendra pas par là, l’eau est trop froide.

SOUS LES NYMPHEAS

Les enfants s’étaient baignés dans l’après-midi mais l’eau était très fraîche, même pour des garçons de huit ans. On était seulement à la fin du mois de juin, les eaux du lac n’avaient pas eu le temps de se réchauffer. Alors, imaginer Claire barbotant dans cette mare aux eaux noires et glaciales à neuf heures du soir, était impensable. Ils s’allongèrent donc, confiants, sur le sol couvert de feuilles sèches. Dans le lointain on entendait Claire crier :

  • Antoine, je te vois !
  • Quelle nulle ! commenta Antoine. Elle croit que je vais me montrer.
  • Classique ! approuva Basile. Je le fais aussi et ça marche souvent.
  • Oui, mais pas avec moi ! se rengorgea Antoine.
SOUS LES NYMPHEAS

A ce moment précis, l’attention des deux garçons fut attirée par un bruit de clapotis*. Ils se tournèrent vers l’étang d’où provenait le son et faillirent crier de saisissement. Couchée dans l’eau, une jeune femme les regardait. Seule sa tête était visible, le reste de son corps était caché dans les eaux sombres de la mare. Mais rien que la vision de sa tête suffit aux deux compères pour se rendre compte que la dame était bizarre. Sa peau était bleue ! Ses oreilles étaient pointues ! Ses lèvres étaient noires ! Ses yeux noirs étaient ovales ! Ses cheveux bleu marine ! Elle les regardait avec un drôle d’air, comme si elle était effrayée. Antoine réagit aussitôt.

  • Bonsoir Madame, dit-il poliment. Je m’appelle Antoine et mon copain c’est Basile. Nous jouons à cache-cache.
  • Bonsoir Antoine, bonsoir Basile, répondit la dame. Je suis contente de vous entendre. J’avais peur que vous soyez des nains.
  • Des nains, quelle idée ! s’exclama Basile. Nous sommes des enfants.
  • Oui, je m’en suis rendue compte. Moi, je me nomme Gwennaëlle et je suis une naïade*.
  • Qu’est-ce que c’est, une naïade ? demanda Antoine abruptement.
  • Une nymphe* de l’eau, répondit Gwennaëlle. De l’eau douce, je précise. Certains hommes nous nomment aussi ondines*. C’est pareil.
  • Oh oui, je me souviens d’une histoire de mon Papy où il y avait des ondines ! s’exclama Antoine.
  • Ce devait être passionnant, dit aimablement la naïade. Puis-je vous poser une question ?
  • Oui madame, répondit rapidement Basile.
  • Avez-vous vu un nain en venant ici ?
  • Non, dirent ensemble Antoine et Basile. Pourquoi ?
  • Vous me promettez de garder le secret ?
  • Oui madame, répondirent Basile et Antoine.
  • Parce qu’un affreux nain a réussi à plonger dans notre étang et à pénétrer dans le palais royal. On ne sait pas comment il a pu respirer sous l’eau, notre palais est quand même à cinq mètres de profondeur.
  • Il avait des bouteilles, supposa Basile.
  • On peut plonger à plus de cinq mètres, dit Antoine savamment.
  • Cela doit être autrement ! réfuta l’ondine. S’il avait eu des bouteilles, nous aurions entendu le bruit des bulles et un plongeur en apnée n’aurait pu parcourir les longs couloirs du palais royal.
  • Il vous a pris quelque chose ? demanda Antoine.
  • Hélas, oui ! répondit Gwennaëlle. Le sceptre* de notre reine.
  • C’est quoi un sceptre ? demanda Basile.
  • C’est le symbole de la royauté ! s’exclama Gwennaëlle. Autrefois c’était la masse d’armes de la reine. C’est devenu un bijou, un bâton en platine surmonté d’un gros diamant. C’est pour ça qu’il nous l’a volé.
  •  Eh bien, on va lui reprendre ! énonça Basile solennellement*.
  • Ce serait très gentil, dit Gwennaëlle. Mais les nains sont cruels et vous n’êtes que des enfants.
  • Ils sont grands comment ? demanda Antoine.
SOUS LES NYMPHEAS
  • Oh, pas plus grand que ça, répondit la naïade en écartant les bras d’une vingtaine de centimètres.
  • On n’en fera qu’une bouchée, rigola Basile.
  • Attention, ils sont nombreux et coriaces ! précisa l’ondine.
  • Combien ? dit Antoine.
  • Nous ne savons pas. Ce que nous connaissons, c’est qu’ils font partie du Front de libération des nains de jardin (FLNJ). Ils sont venus de toute la France et se sont installés l’hiver dernier dans la forêt autour de Lacanau.
  • On verra bien, dit Basile. On va essayer de récupérer votre spectre*.
  • Mais non, le corrigea Antoine. C’est un cèpe, t’as encore compris de travers.
  • Ne vous disputez pas, intervint Gwennaëlle. Le mot exact est : sceptre !
  • Au fait, demanda Basile. Ça sert à quoi, votre sceptre ?
  • Comme c’est le symbole de la royauté, si la reine ne l’a pas, elle ne sera plus reine.
  • Ah, oui ! s’écria Antoine. Comme dans Tintin : « Le Sceptre d’Ottokar » !
  • Je ne connais pas, admit l’ondine.
  • C’est facile, intervint Basile. Le roi d’un pays, dont j’ai oublié le nom, se fait piquer son sceptre par un méchant qui envoie le sceptre par la fenêtre du château avec un gros appareil de photos.
SOUS LES NYMPHEAS
  • Et, continua Antoine, s’il ne montre pas son sceptre le jour d’une grande fête, il ne sera plus roi.
  • A ce moment, continua Basile à toute vitesse. Si le méchant arrive avec le sceptre, c’est lui qui sera le roi.
  • Mais Tintin le repique aux bandits, part en avion, saute en parachute et le rend au roi, dit Antoine encore plus rapidement.
  • Et les méchants vont en prison, conclut Basile qui voulait avoir le dernier mot.
  • J’avoue que je n’ai rien compris, avoua la naïade.
  • Oh oui, c’est très compliqué cette BD, admit Antoine. Cela ne fait rien, on cherche les nains, on leur reprend le spectre.
  • Le sceptre ! le rectifia Basile.
  • Bon, on lui repique le truc et on vous le rapporte. Où est-il ce nain ?
  • Je n’en sais rien, admit Gwennaëlle. Nous l’avons vu sortir de la salle du trône en courant, le sceptre à la main, galoper vers la sortie du palais et depuis, plus rien. Nous le cherchons toutes. Le problème c’est que nous ne pouvons sortir de l’eau que quelques instants.
  • Bon, on va chercher dans toute la marina et on vous le ramène, affirma Basile.
  • Comment est-il votre nain ? demanda Antoine.
  • Comme tous les nains, répondit la naïade. Pas très grand, il a une barbe blanche, un visage au teint rose et un bonnet rouge. Celui-ci était habillé d’un pantalon bleu et d’un tricot rouge.
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