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Littérature


CAPTURÉS

Publié par François Auberoche sur 15 Mars 2015, 08:00am

CAPTURÉS
CAPTURÉS

Après avoir succombé sous le nombre lors de leur bataille contre les nains, Adeline, Antoine, Basile et Claire avaient perdu connaissance. Ils s’étaient réveillés au petit jour dans le repaire des nains, attachés à des poteaux de torture, entendant le bruit des rotors* que faisaient deux hélicoptères qui les survolaient.

Les nains furent immédiatement pris de panique, coupèrent les cordes qui retenaient les prisonniers aux poteaux et les entraînèrent sous les arbres. Là, ils furent attachés à des pins et surveillés de très près. Une demi-heure plus tard, un nain arriva en courant pour annoncer que les hélicoptères venaient de décoller de la marina et longeaient le lac en recherchant certainement les prisonniers.

Les nains prirent aussitôt la décision de quitter leur repaire et prirent la route droit vers le sud-ouest, en se mettant à plusieurs pour porter leurs prisonniers ficelés comme de vulgaires saucissons. Ainsi ils ne laisseraient pas de trace, mais ils devaient se regrouper à plus de vingt pour porter chaque prisonnier.

  • Vous allez nous le payer, dit un vieux nain en céramique dont le bonnet avait été cassé par un coup de buche, un peu plus tôt.
  • Vous feriez mieux de nous relâcher et de courir vous cacher, leur conseilla Adeline. Ils vont chercher jusqu’à ce qu’ils nous trouvent. Et après, ce sera votre perte !
  • Ils ne nous retrouveront jamais, ricana le vieux nain. Nous allons pouvoir nous amuser avec vous plus tard. Taisez-vous, maintenant !
  • Tu ne me fais pas peur, vieux nabot ! s’écria Antoine.
CAPTURÉS

Un coup de plat de hache le fit taire immédiatement. Les nains continuèrent leur route le plus vite possible en veillant à bien rester à l’abri des arbres. Quelques minutes plus tard, les nains pénétrèrent dans un bosquet de pins touffu. C’est alors qu’une horde de créatures vertes descendit en silence de la canopée* et les arracha tous du sol en un clin d’œil. 

Ces êtres verts étaient surprenants, grands de près de deux mètres et très musclés. Ils avaient tous une longue chevelure vert sombre. Les hommes comme les femmes étaient vêtus seulement d’un pagne fait de jeunes pousses de pin. Les hommes étaient imberbes. Personne ne parlait. Ils étaient d’une force impressionnante, tous portaient sous un seul bras une douzaine de nains ou un des humains.

Arrivés juste sous la cime des arbres, ils se mirent à sauter de pins en pins en restant toujours sous les branches. Ils se déplaçaient aussi vite qu’un troupeau de chevreuils, s’accrochant aux branches avec leurs griffes et toujours dans le silence le plus total. Au bout d’un petit moment ils durent s’arrêter. Ils étaient arrivés au bord d’un canal.

C’était le fameux canal des étangs qui relie le lac de Hourtin-Carcans au bassin d’Arcachon en passant par le lac de Lacanau.

CAPTURÉS

Antoine se demanda ce que les créatures allaient faire. Le canal faisait près de dix mètres de large et les arbres ne poussaient pas au bord même. Du sommet d’un grand arbre d’une rive, au sommet d’un pin de la même taille sur la rive d’en face, il y avait bien quarante mètres.

Cela ne troubla pas le moins du monde les vertes créatures qui coururent sur une corde tendue entre les deux rives. Ils tenaient la corde avec leurs orteils griffus et s’assuraient nonchalamment d’une main libre à une autre corde tendue au-dessus de la première. Au passage du canal, ils se débarrassèrent des nains en les laissant tomber. Ceux en matière plastique flottèrent et dérivèrent vers le sud, en suivant le léger courant qui les poussait vers le bassin d’Arcachon. Ceux en céramique durent couler car on ne les revit pas.

Adeline et les enfants s’attendaient au même sort. Mais, non ! Ils furent emmenés encore plus vite jusqu’à plusieurs kilomètres du canal, où ils arrivèrent dans un village de huttes construites au sommet des pins. Toujours ligotés, ils furent jetés sans ménagement sur le sol d’une grande hutte circulaire de dix mètres de diamètre. Un être vert, sans doute une femelle, très ridée, aux cheveux très longs, s’adressa à eux. Elle parlait en français avec difficulté, sans doute parce qu’elle était totalement édentée et parce qu’elle ne devait pas s’exprimer souvent.

CAPTURÉS
  • Sales humains. Vous êtes aussi nuisibles que les nains dont nous nous sommes débarrassés. Mais vous, vous êtes comestibles ! Nous sommes les dryades*, la forêt nous appartient et nous aimons la viande. Vous êtes jeunes, vous serez tendres. Quelques jours à l’engrais en mangeant du gibier et vous serez délicieux ! Hop !

Elle fit un signe et les quatre prisonniers furent portés jusqu’à une petite cabane sphérique beaucoup plus petite que la hutte précédente. D’ailleurs, ce n’était pas une cabane mais une boule suspendue en haut d’un pin, qui se balançait dans le vide à vingt mètres du sol.

CAPTURÉS

Elle était construite avec des bardeaux de bois reliés entre eux par des lianes. Antoine vérifia aussitôt si on pouvait les détacher, constata que non et alla s’asseoir dans un coin en réfléchissant au moyen de les couper. Basile fit la même chose et vint trouver Antoine, après avoir fait les mêmes constatations. Il lui dit simplement :

  • Ben, mon vieux. Je ne sais pas comment on va faire pour couper ces lianes !
  • Avec les dents ! répondit Antoine.
  • Vous attendrez plus tard tous les deux, leur dit Adeline. On nous observe.
  • Attention ! prévint Claire. Ils lancent des pierres !

En effet, des enfants juchés sur des branches d’arbres voisins les prirent pour cibles et les bombardèrent de cailloux de tailles diverses pendant une bonne demi-heure. Les quatre prisonniers se regroupèrent dans le coin le plus éloigné de leurs tortionnaires et attendirent patiemment la fin de la grêle de pierres : roulés en boule, le visage protégé par leurs mains.

Heureusement un adulte vint faire cesser ce jeu idiot en leur criant dessus. Adeline ne put s’empêcher de plaisanter en disant :

  • Il a dû leur dire de ne pas jouer avec la nourriture.

Bizarrement son trait d’esprit n’eut pas le succès escompté*. Antoine ricana bêtement.

  • Hein, hein, hein !

Basile et Claire ne prononcèrent pas un mot. Manifestement cela avait affecté leur moral. Adeline se promit d’éviter ce genre d’humour à l’avenir, mais deux dryades* vinrent leur rappeler leur futur sort. Elles portaient une énorme récipient de terre cuite plein à ras bord d’un liquide sombre et fumant d’où s’élevait une appétissante odeur.

Les captifs en eurent aussitôt l’eau à la bouche. Ils mouraient de faim et de soif ! Leur dernier repas était bien loin, mais le fait d’être considérés comme du bétail à l’engrais avait calmé les tiraillements de leurs estomacs. Leurs geôlières déposèrent la grande soupière devant les prisonniers, ainsi qu’une écuelle de terre cuite et une cuillère en bois pour chacun. Elles les laissèrent sans dire un seul mot, refermant soigneusement la porte de leur cage par des nœuds de liane très complexes.

  • On se sert ? demanda Antoine.
  • Oui, lui répondit Adeline, mais on ne prend que la moitié d’une assiette.
  • Pourquoi ? demanda Basile.
  • Nous sommes au régime ! décréta Adeline. Le premier d’entre nous qui fera du lard finira dans la marmite. Compris ?
  • Zut ! J’ai faim, râla Antoine.
  • Oui, mais je t’empêcherai de manger, s’il le faut ! insista Claire.
  • Tu crois vraiment qu’ils nous mangeraient ? insista Antoine.
  • A priori, je les crois ! le coupa Adeline en lui servant deux cuillérées de pot au feu. Bien que ces dryades ne correspondent pas du tout à la définition classique.
  • Ah, bon ! dit Claire. C’est quoi la définition classique ?
  • Les dryades étaient des nymphes. Les nymphes personnifiaient les forces vives, elles représentaient la vie des eaux, de la végétation et de la nature. Nous avons vu les naïades, nymphes des eaux douces ; les dryades étaient les nymphes des arbres. C’étaient des divinités bienfaisantes. Auraient-elles évolué en mal ?

Ce qui se passa à ce moment fut décisif pour la détermination des prisonniers à suivre un régime minceur. Au pied de leur pin, vingt mètres en-dessous de leur cage, deux jeunes écureuils jouaient avec une pomme de pin. Les deux petites bêtes étaient adorables et donnaient envie de les prendre dans les bras et de les câliner.

CAPTURÉS

Quand surgit d’un pin, une jeune dryade qui plongea vers les écureuils, les griffes en avant pour les attraper tous les deux.

CAPTURÉS

Elle ne parvint qu’à en capturer un seul, le décapita d’un coup de dents et le porta à ses lèvres pour en boire le sang. Sous les yeux horrifiés des détenus, elle poursuivit à toute vitesse le deuxième animal qui grimpait en tournant pour échapper à la tueuse. Cette dernière, pour avoir les mains libres tenait dans sa gueule ensanglantée la petite victime.

Elle l’aurait rattrapé si Antoine n’avait pas basculé la soupière dont le liquide brulant vint aveugler la dryade qui, surprise, manqua sa prise et vint s’écraser sur le sol. Personne, à part eux, n’avait vu l’incident, pensaient-ils tous les quatre. Mais un, auquel personne n’aurait pensé, y avait assisté et l’avait compris, c’était le petit écureuil survivant qui vint se réfugier en quelques bonds auprès d’Antoine. Celui-ci le prit dans ses bras, le caressa et lui prodigua des paroles de réconfort.

Peu après leurs gardiennes vinrent remporter les écuelles et le récipient de nourriture. Elles parurent contentes de voir que leurs captifs avaient bien dîné et partirent en les enfermant pour la nuit. Les quatre prisonniers ne tardèrent pas à s’endormir, le plus heureux étant Antoine qui dormait avec son nouveau copain.

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