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Littérature


LA FUITE

Publié par François Auberoche sur 2 Mars 2015, 08:00am

LA FUITE


Antoine dut supporter vaillamment cette séance de léchage qui finalement se termina en fous rires car cela ressemblait trop à des chatouilles. Déçus, les nains restèrent calmes et cessèrent toute activité quand les chauves-souris l’eurent entièrement débarrassé du miel. Antoine se demanda si les nains, personnages en matière plastique, arrivaient à dormir. Leur immobilité était totale, pas un mot n’était prononcé, ils étaient toujours debout, figés, l’air féroce, tournés vers lui, sauf celui qui devait être leur chef qui lui tournait le dos.

Au bout d’un moment, alors qu’il allait se rendormir, il sentit que les cordes qui le retenaient au poteau se détendaient. Quelqu’un derrière le piquet était en train de les couper. Quand ce fut fini les cordes tombèrent à terre et il entendit la voix d’Adeline qui lui disait doucement :

  • Antoine, ne fais pas de bruit, s’il te plaît ! Viens nous retrouver derrière le poteau.

Il ne se le fit pas dire deux fois, bougea doucement la jambe gauche vers l’arrière, puis le bras gauche et contourna doucement le poteau de tortures pour rejoindre Adeline. Elle le serra aussitôt dans ses bras dans lesquels il se blottit.

  • Sauvé ! Je suis sauvé, pensa-t-il.
  • Viens doucement ! lui dit Adeline, en le prenant par la main.

Marchant avec plus de précautions que s’ils marchaient sur des œufs, Adeline et Antoine gagnèrent la lisière* de la clairière où ils retrouvèrent Basile et Claire qui se jetèrent dans les bras d’Antoine. Adeline coupa court aux effusions* :

  • Eloignons-nous, lentement mais tout de suite. Nous sommes trop près des nains ! Et cela réchauffera Antoine de marcher. Il doit être gelé.
  • C’est vrai que j’ai froid, pensa Antoine en éternuant bruyamment.
  • ATCHOUM !
  • Vite, dit Adeline, on court jusqu’au chemin !

Ils coururent immédiatement dans le taillis en direction du chemin qu’Antoine avait pris en début de soirée. La progression n’était pas facile, des touffes d’herbe, des racines les faisaient trébucher, des branches d’arbres les giflaient. Des ronces s’accrochaient à leurs jambes les griffaient jusqu’au sang. Et on entendait derrière, de plus en plus proches, des cris de haine et de mort. Les nains en fureur étaient sur leurs traces. Il fallait leur échapper. S’ils avaient de petites jambes qui ne leur permettaient pas de courir très vite, les nains pouvaient se faufiler plus facilement que les humains sous les branches, les lianes et autres embûches.

Bientôt ils seraient sur eux. Adeline angoissait.

  • Comment les protéger de ces monstres ? Les enfants comptent sur moi !


Elle ne voyait pas de solution. Enfin, ils arrivèrent sur le chemin. Sans plus réfléchir, ils prirent tous sur la droite et les poumons en feu se mirent à courir comme des dératés en espérant trouver une route.

LA FUITE

Hélas un groupe compact de nains les attendait cinquante mètres plus loin. Ils avaient deviné leur itinéraire et leur barraient la route.

 En un éclair, Adeline aperçut des tas de bois de coupe, alignés le long du chemin. Les bûches longues d’un mètre allaient leur servir d’armes pour vendre chèrement leurs peaux. Chacun prit un rondin et tous les quatre bien alignés essayèrent de se frayer un passage à coups de bûches.

LA FUITE

Tels les chevaliers d’antan face à leurs ennemis ils frappèrent à grands coups de taille. De temps en temps, ils fracassaient un vieux nain de terre cuite, mais généralement le nain de matière plastique projeté au loin revenait aussitôt au combat. Il fallait faire très attention car les haches des nains faites d’un bon acier coupaient comme des grandes. Chacun avait sa technique pour éliminer les gnomes. Adeline et Claire tenaient leurs gourdins* comme des faux et balayaient la route devant elles avec le geste et le rythme des moissonneurs. Antoine et Basile alternaient les coups de crosse des hockeyeurs et les revers des joueurs de tennis, tout en hurlant des insultes à leurs adversaires.

LA FUITE
  • Tiens, prends ça dans la tête ! criait Antoine.
  • Et ça pour ton ventre ! hurlait Basile.
  • Encore un qui te fera du bien ! braillait Antoine.
  • Celui-là, il va te plaire ! rugissait Basile.

Les résultats étaient d’ailleurs identiques. Les deux héros avaient le même score. Personne n’aurait pu les départager. Les adversaires semblaient renaître sans cesse. C’était comme essayer de s’opposer à une marée.

LA FUITE

Petit à petit, les forces des humains diminuèrent tandis que les adversaires augmentaient en nombre. Les bûches tombèrent des mains des quatre combattants, ils titubèrent sous les coups et ils s’effondrèrent sur le sol, assommés à coup de plat de haches.

Lorsqu’ils se réveillèrent beaucoup plus tard avec une terrible migraine, ils étaient tous les quatre attachés à un poteau dans le repaire des nains. Le jour se levait. Les fourmis allaient se réveiller. C’est à ce moment qu’ils entendirent le bruit caractéristique des rotors* et que deux hélicoptères les survolèrent à deux cents mètres d’altitude semant ainsi la panique chez les nains.

LA FUITE

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