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Littérature


Publié depuis Overblog

Publié par François Auberoche sur 6 Avril 2015, 07:00am

LA CAVE

Antoine marchait en tête de la petite colonne. Il écoutait son petit copain qui lui retransmettait les conseils de ses parents. Adeline avait demandé aux écureuils de les guider vers les maisons les plus proches afin de demander du secours. Elle fermait la marche, surveillant s’ils n’étaient pas suivis. Ce n’était pas le cas et les écureuils les avaient rassurés. Les dryades ne sortaient jamais la nuit.

A priori le chemin qu’ils prenaient les amenait vers le nord, mais c’était difficile à estimer. La lune était basse, on ne pouvait pas voir les étoiles en sous-bois et on n’entendait aucun bruit. Ni de vague, indiquant la direction de l’océan, ni de circulation permettant de trouver une route. La forêt de pins était d’une monotonie affligeante. Antoine et son ami écureuil se distrayaient en parlant à voix basse. Ils étaient tous les deux plongés dans une grande conversation. Antoine essayait de convaincre son compagnon de quitter le bois des dryades pour venir s’installer à la marina. Le petit écureuil était d’accord car il avait vu son frère se faire tuer par un de ces êtres sanguinaires, mais il fallait convaincre ses parents.

Comme il ne pouvait pas parler à voix haute, de peur d’attirer une chouette, il énumérait à voix basse avec Antoine, la liste des arguments susceptibles de les convaincre d’émigrer.

Arriva alors ce qui était prévisible : dans le feu de la discussion, Antoine ne vit pas un petit fossé et se tordit la cheville gauche. Malgré la douleur violente qui lui brûlait la cheville, Antoine ne prononça aucun mot ni aucun cri. Ne pouvant plus poser le pied par terre, il fit signe à Claire de venir et essaya de continuer à cloche-pied en s’appuyant sur sa sœur. Manifestement, il ne pourrait pas aller très loin ainsi. Adeline vint aider Claire et à elles deux l’aidèrent à marcher plus vite, mais c’était quand même très fatigant pour les deux porteuses et pour l’éclopé. Au bout d’une demi-heure Claire s’arrêta et dit :


  • Nous ne pouvons pas continuer ainsi. Il faut que nous nous reposions. Mais nous ne sommes pas assez loin du village des dryades. Antoine, demande à tes amis s’ils connaissent une cachette pas trop loin où nous pourrions dormir en sécurité.

Antoine s’exécuta bien volontiers, les écureuils adultes eurent alors entre eux une grande discussion qui dura bien cinq minutes. Finalement, l’un d’eux parla à Antoine à toute vitesse. Ce dernier traduisit pour les autres :

  • Ils ont une idée mais ils ne sont pas enthousiastes. Nous devons jurer de les protéger car ils n’ont plus le temps de retourner chez eux avant le lever du soleil. Après ils risquent de se faire prendre par les dryades.
  • Qu’est-ce que c’est, cette idée ?
  • Un trou sous une ruine de maison. Sans doute une cave.
  • Ça suffira pour nous abriter ?
  • Oh oui ! C’est un endroit qui fait peur aux dryades.
  • Nous ne risquerons rien ?
  • Ils disent que non, mais ils ont la trouille pour eux.
  • On verra bien. C’est loin ?
  • Dix minutes à cloche-pied.
  • Alors on y va ! On regardera et on décidera sur place.

Un quart d’heure plus tard, les huit fugitifs, quatre écureuils et quatre humains, étaient devant un escalier de pierre bien usé qui s’enfonçait sous un énorme tas de gravats, qui avait dû être autrefois une grande ferme.

  • Personne n’a une lampe ou un briquet, je présume ? demanda Adeline pour plaisanter.
  • Merci, je me dévoue ! continua-t-elle en descendant les marches avec précaution.

Elle s’engagea vaillamment dans l’escalier et dit à ceux qui étaient restés dehors :

  • Les marches sont bonnes ! Je suis arrivée dans une cave sèche. Le sol est carrelé. Ça ne sent pas mauvais. Aah !
  • Ça va Adeline ? demanda Antoine, inquiet.
  • Oui, c’est bon. Juste une toile d’araignée ! Je continue d’explorer à tâtons.
  • Tu veux qu’on descende te rejoindre ? la questionna Claire.
  • Attendez deux minutes, je fais le tour de la pièce.

Au bout de quelques minutes qui parurent des heures aux trois jeunes, Adeline remonta et leur dit :

  • Ça va, c’est sec et ça ne sent pas mauvais. Mais vous verrez par vous-même. On descend tous !

Antoine, appuyé sur les épaules d’Adeline et de Claire descendit les marches sans tomber. Ba­sile fermait la marche en regardant bien si aucune dryade ne les avait suivis. Claire, arrivée dans la cave s’exclama :

  • Il y a une odeur que je connais !
  • Les écureuils disent qu’il y a quelqu’un de bizarre ici, les prévint Antoine.
  • Oui, dit Claire. Ça me rappelle Beynac ! C’est la même odeur.[1]
  • L’odeur des grottes ? suggéra Adeline. Moi, je ne sens rien de particulier.
  • Non, ce n’est pas l’odeur des grottes. Ici c’est sec et sablonneux*. Là-bas c’était un calcaire humide qui avait un arôme spécial. Rien à voir ! Ça y est je sais ! Il y a des fantômes* dans cette pièce !
  • Exact, mademoiselle ! dit une voix - sépulcrale*, bien entendu - .
  • C’est une blague ? demanda Antoine pas rassuré du tout.
  • Bien sûr que non, jeune homme, répondit la voix d’outre-tombe.
  • J’y crois pas, affirma Basile vaillamment. Ça n’existe pas les fantômes.
  • Alors, regarde ! lui répondit la voix.
  • Zut alors, c’est vrai ! dit Basile en voyant l’apparition qui émettait une faible lueur.
 

[1] Lire du même auteur : « Mystère à Beynac ». Chez Thebookedition.com

  • Pardon Monsieur, dit Adeline. Pourriez-vous nous éclairer un peu plus ? Je me suis déjà cognée plusieurs fois.
  • Hélas non, mais à droite de l’escalier, il y a une petite niche où deux jeunes gens ont laissé une bougie et une boîte d’allumettes.
  • Oh, merci beaucoup ! dit Claire qui fonça chercher les objets.

Quelques instants plus tard, la pièce apparaissait à leurs yeux. Ce n’était qu’une simple cave voûtée qui avait résisté à l’effondrement de la vieille demeure. Bizarrement, il n’y avait personne.

  • Mais où êtes-vous passé ? demanda Claire.
  • Je suis là, ainsi que mes amis ! Mais vous ne pouvez pas nous voir. Nous sommes à peine visibles. Toute lumière naturelle ou artificielle, éclipse notre faible luminosité. N’oubliez pas que nous ne sommes que des esprits.
  • Et vous êtes nombreux ? demanda Antoine, toujours curieux.
  • Cinquante-trois exactement.
  • Comment vous faites pour tenir à plus de cinquante là dedans ? le questionna Basile, intrigué.
  • Je vous rappelle que nous sommes des esprits. Nous n’occupons pas d’espace, nous n’avons pas de poids, nous ne pouvons pas porter un objet, etc.
  • Ce doit être gênant, constata Antoine.
  • Oui, nous ne pouvons même pas nous venger !
  • Vous venger de qui ? demanda Claire.
  • De ces saletés de dryades qui nous ont tués, dépecés et mangés. C’est à cause d’elles que nous sommes des fantômes !
  • Ah, oui ! s’exclama Claire. Vous n’avez pas été enterrés, donc vous êtes devenus des esprits errants, comme Blondel et sa fiancée.[1]
  • Je ne les connais pas, avoua le revenant.
  • Des fantômes que j’ai aidé à mettre dans une tombe au cimetière cette année. Maintenant, ils n’errent plus.
  • Pour nous ce n’est pas possible ! La seule solution peut-être, serait de détruire toute cette tribu de dryades au grand complet.
  • Vous ne pouvez rien leur faire ? le questionna Antoine.
  • A part leur faire peur, rien ! Nous les poursuivons la nuit, nous crions et parfois l’un d’eux tombe de peur d’un arbre.
  • Il faudrait leur faire peur quand ils traversent le canal, suggéra Antoine.
  • Impossible ! Maintenant ils restent la nuit dans leurs cabanes et ne sortent que le jour. A la lumière, ils ne peuvent pas nous voir ni nous entendre.
  • Et dans cette cave ? demanda Basile.
  • Ils savent que nous y sommes. Certains y sont entrés autrefois. Nous les avons fait mourir de peur. Maintenant ils ne se risqueraient pas à y entrer.
  • Il y a longtemps que vous êtes là ? les questionna Antoine.
  • Une bonne centaine d’années. C’est à cause de l’assèchement des marais au milieu du XIXème siècle. Des ingénieurs ont fait creuser le canal du lac de Carcans au bassin d’Arcachon en passant par le lac de Lacanau. A partir des années 1870, les forestiers ont planté des centaines de milliers de pins. Il y eut autant de dryades qui se développèrent et périrent lors de la première récolte de pins. Les dryades nous vouèrent une haine mortelle. Nous sommes tous des forestiers, tués par les dryades.
 

[1] Toujours une référence à « Mystère à Beynac ». Chez Thebookedition.com

  • Nous étions, poursuivit une autre voix, des bûcherons…
  • Des gemmeurs*, dit une troisième.
  • Des fagoteuses*, continua une voix féminine.
  • Des élagueurs*, parla un revenant*.
  • Des débardeurs*, dit un spectre*.
  • Des muletiers* etc.
  • Tous mangés par ces monstres !
  • Débarrassez-en la forêt !
  • Aidez-nous à trouver le repos éternel ! Par pitié !

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