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Littérature


PRIS AU PIEGE

Publié par François Auberoche sur 13 Avril 2015, 07:05am

Les fantômes avaient tous parlés en même temps pour finir cette énumération macabre. Dans leurs voix suppliantes, on distinguait facilement le désespoir. Les quatre spectateurs, du plus jeune au plus âgé, étaient émus jusqu’aux larmes. Antoine s’exclama :

  • Je ne sais pas encore ce que nous pouvons faire. On va chercher, je vous le promets. Hein, Basile ?
  • Bien sûr, et on va trouver, répondit Basile, en baillant.
  • Ne vous en faites pas, c’est promis. Ouaah, bailla Claire.
  • Oh, il est tard ! s’exclama Adeline. Est-ce que nous pouvons trouver un coin où ils pourront dormir à l’abri des dryades ?
  • Mettez-vous ici, répondit le premier spectre, en les guidant vers le coin le plus éloigné de la porte. Il y a un gros tas de fougères sèches. Ce sera confortable et nous veillerons sur vous.
  • Merci beaucoup. Ils tombent de sommeil, le remercia Adeline. Je ne sais pas combien de temps il faudra à Antoine pour pouvoir marcher. Pouvez-vous nous héberger le temps qu’il guérisse ?
  • Bien sûr ! De quoi souffre ce jeune homme ?
  • Ce doit être une entorse, nous allons voir avant qu’il s’endorme. Antoine, assieds-toi et enlève tes chaussures, s’il te plaît.

Antoine s’exécuta en s’asseyant sur le tas moelleux de feuilles et entreprit d’enlever sa sandale gauche. La cheville était gonflée et rouge.

PRIS AU PIEGE
  • Il faudrait de la glace ! dit un revenant.
  • C’est malin ! lui répondit un autre. Tu vas en trouver où ?
  • Il ne pourra pas marcher avant une à deux semaines au minimum, diagnostiqua un des fantômes.
  • Donc, il faudra aller chercher du secours demain ! conclut Claire.
  • Si les dryades ne sont pas autour de la maison à attendre, prédit un des revenants.
  • On verra bien. Le plus sage est de dormir, dit Claire, en s’allongeant.

Ce fut le signal du coucher pour tous. Antoine dut expliquer aux écureuils la situation et s’endormit presque aussitôt ensuite. Les quatre écureuils discutèrent entre eux pendant quelques minutes. Puis le père et le fils laissèrent les deux autres et sortirent de la cave. La mère et la fille se couchèrent près de Claire et de Basile et s’endormirent peu après.

Tous dormaient sous la protection des revenants dont une partie sortit pour patrouiller tout autour de la maison. Ils revinrent peu avant l’aube n’ayant décelé aucune activité sus­pecte. Tout était calme lorsque l’aurore vint éclairer de rose le sommet des pins. Les fau­vettes, les pinsons, les guêpiers, les bouvreuils, les tourterelles des bois, les linottes, les pipits, les pigeons ramiers, etc. commençaient à peine à faire entendre leurs chants que des cris de fureur se firent entendre devant la maison.

Les dryades avaient retrouvé les fugitifs ! Ceux-ci, épuisés, ne levèrent pas un cil. Seule Adeline sursauta et fut debout immédiatement. Elle courut vers la porte et aperçut les dryades. Au nombre d’une centaine, elles encerclaient la maison. Elles virent immédiate­ment la jeune fille et coururent vers elle. Elle dut redescendre l’escalier à toute vitesse et se cacher dans l’obscurité de la cave.

PRIS AU PIEGE

Trois dryades essayèrent de la suivre, mais les spectres durent leur faire voir des choses affreuses car elles remontèrent aussitôt en hurlant de peur. Ce devait être véritablement hideux car lorsqu’elles en parlèrent à leurs congénères, celles-ci reculèrent de plusieurs centaines de mètres.

Mais elles restèrent là toute la journée. Les fugitifs qui espéraient aller chercher du secours durent déchanter. Ils se retrouvaient bloqués, sans vivre dans un coin perdu de la forêt, en attente d’un secours éventuel.

PRIS AU PIEGE

Le plus grave était le manque d’eau. Adeline recommanda aux enfants de ne pas bouger et de rester bien au fond de la cave là où il faisait le plus frais. Il ne restait plus qu’à attendre la nuit. Basile en profita pour demander à parler l’écureuil. Antoine accepta. Il était désemparé par l’absence de son petit compagnon. La maman écureuil lui avait simplement dit qu’il était parti avec son père pour chercher du secours.

Antoine était inquiet : partir dans la nuit était très dangereux pour des écureuils. Les chouettes rôdaient à l’affut des proies ! Pour se changer les idées, parler avec la sœur et la mère de son petit copain était une bonne distraction. Le problème était que les deux écureuils femelles avaient des voix beaucoup plus aigües. Il fallut du temps à Antoine pour s’y habituer et encore plus pour enseigner à Basile comment parler l’écureuil. Les premiers essais de Basile pour comprendre les deux écureuils furent assez satisfaisants. Comme il avait une bonne oreille et une bonne mémoire, il retint vite. Il comprit donc rapidement ce que disaient les écureuils. Mais pour le parler ce fut une autre paire de manches ! Les écureuils ouvraient des yeux grands comme des soucoupes. Antoine qui enseignait pour la première fois s’énerva.

  • Mais non, Basile ! C’est pas ça du tout ! Tu as dit : « Touk, touk ! » au lieu de « Touk, touk ? » Ce n’est pas du tout pareil !
  • Je ne trouve pas, répondit Basile. Ça veut dire la même chose.
  • Mais non ! Au lieu de dire « Veux-tu des noisettes ? » tu dis « Attention à la chouette ! ».
  • Tu es sûr ?
  • Demande à madame écureuil !
  • Gros malin ! Je suis obligé de passer par toi, tu peux dire ce que tu veux.
  • TouK, touk !
  • Qu’est-ce tu m’as dit ? Traduis !
  • Je ne peux pas devant Adeline et Claire. Devine !

Bref, le temps passa assez vite cette journée. Les quatre humains attendaient avec calme le soir. Claire, la plus âgée, pourrait partir chercher du secours. En marchant normalement elle devrait atteindre Longarisse sur la rive ouest du lac, en moins d’une heure. Il devait y avoir un ou deux kilomètres. Là-bas, il y avait des villas. Elle pourrait téléphoner.

Mais à la nuit tombée les dryades étaient toujours là ! Il fallut se rendre à l’évidence, ce ne serait pas ce soir qu’ils seraient sauvés.

PRIS AU PIEGE

Les dryades étaient bien installées, près de grands feux qui encerclaient la cave et les protégeaient. Il faisait aussi clair qu’à midi. Une noria* de dryades apportait sans cesse du bois mort pour entretenir les foyers. Sans aucun doute, les feux brûleraient toute la nuit.

Quand Adeline s’en aperçut, elle ne put cacher ses sentiments. Les enfants comprirent et le désespoir s’empara d’eux à cet instant. Antoine et Basile pleuraient la main dans la main et Claire vint sangloter blottie contre Adeline. Les fantômes les entourèrent. L’un d’entre eux leur dit :

  • Allons, les enfants ! Soyez raisonnables. En aucun cas les dryades ne couperont un arbre. Pour l’instant elles brûlent le bois mort qui est à proximité. Mais jamais elles ne pourront tenir toute la nuit suivante.
  • Oui, répondit Claire. Mais il a fait très chaud aujourd’hui. L’été est bien arrivé. Demain ce sera très pénible. Nous sommes déjà très assoiffés. Pourrons-nous marcher demain soir ?
  • Oui, mentit Adeline. Nous partirons tous ensemble. Nous ferons des béquilles à Antoine. Il pourra nous suivre. Allons dormir ! Cela ne sert à rien de regarder ces êtres immondes.
PRIS AU PIEGE

Ils redescendirent dans la cave et s’allongèrent sur les fougères sans dire un mot. Le moral était au plus bas. Il semblait que les écureuils l’avaient compris. La plus déprimée était Adeline qui savait très bien que le lendemain soir les enfants seraient inconscients. Deux jours sans boire par cette chaleur, à leur âge, causeraient des troubles à leur cerveau. Le troisième jour serait leur dernier à tous. Ils dormirent tous très mal en faisant des cauchemars.

Fatigués, ils n’entendirent pas les chants des oiseaux qui annonçaient un nouveau jour. Par contre ils entendirent distinctement les tambours de guerre des dryades. Affolés par les percussions, ils gravirent les escaliers et découvrirent un spectacle qui les terrifia.


Les dryades tapaient avec leurs mains sur des troncs d’arbres évidés tout en chantant des mélopées graves. Des peintures blanches avaient été faites avec soin sur leur corps. Des cercles, des rayures, transformaient les chairs vertes des dryades en tableaux macabres. Les visages peints imitaient des têtes de mort.

PRIS AU PIEGE

Toutes tapaient le sol avec leurs pieds au rythme des tams-tams. Elles s’approchaient de la cave en dansant, toutes armées de lances ou d’arcs et tenant d’énormes torches.

  • Nous ne pourrons rien faire, avoua un des revenants. Elles sont trop nombreuses ! Il y a trop de lumière ! Bon courage, les enfants ! Ce sera dur !

Les fantômes reculèrent dans le fond de la cave, impuissants devant les centaines de torches que tenaient la marée de dryades qui envahit la cave pour la curée*. Les humains furent aussitôt capturés. Seules les deux petites écureuils parvinrent à échapper aux monstres qui partirent au galop en emportant leurs proies.

 

 

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