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Littérature


Mystères à Beynac chapitre 4 (suite )

Publié par François Auberoche sur 27 Juillet 2015, 07:00am

Mystères à Beynac chapitre 4 (suite )

Alors qu’il venait de finir le premier couplet, le second couplet résonna depuis la tour en réponse :

  • Me plait quand les coureurs poudreux
  • Font les gens et les troupeaux fuir,
  • Et me plait quand vois après eux
  • Nombreux guerriers de front venir.
  • Me plait en mon courage,
  • Quand vois forts châteaux assiégés,
  • Remparts forcés et effondrés,
  • Et vois l’ost au rivage
  • Tout à l'entour clos de fossés
  • Avec solides pieux fermés. »

 

Chanta Alfred qui venait d’arriver.

  •  « Ô Richard, ô mon roi ! », cria Blondel, poursuivit la vieille dame.

Le troubadour se hâta de regagner la vallée et revint bientôt avec son escorte, forte d’une cinquantaine d’hommes qui s’emparèrent du donjon malgré une vive résistance. Et bientôt le chant des amis se remit à résonner dans la tour et on peut encore l’y entendre les nuits sans lune.

Mystères à Beynac chapitre 4 (suite )
  • C’était beau comme tout, approuva la rouquine. Même si je n’ai pas tout compris.
  • C’est un vieux poème, intervint Alfred, écrit au temps du roi Richard par un très grand troubadour : Bertran de Born. Comme c’était écrit en vieille langue d’oc, un professeur de lettres l’a mis en français moderne. Quelques mots ont dû t’échapper.
  • C’est quoi la langue d’oc ? demanda Matteo.
  • Autrefois, répondit la vieille dame, la France était coupée entre les gens du sud qui parlaient un français très proche du latin. Ils disaient oc pour oui. Les gens du nord parlaient un français influencé par la langue franque et disaient oil pour oui. C’est la langue d’oil qui s’imposera peu à peu et deviendra officielle dans tout le royaume par l’ordonnance de Villers-Cotterêts, signée par le roi François Ier le 10 août 1 539.
  • Alors, dit la rouquine, je sais pourquoi je n’ai pas compris ce que me disait le fantôme. Il parlait en langue d’oc.
  • On dit aussi occitan, fit remarquer Alfred.
  • C’est bien beau tout ça, fit remarquer Timothée, mais ça ne me dit pas pourquoi les coureurs sont poudreux et ce qu’est l’ost.
  • Dans ce poème exaltant la guerre, les soldats qui courent sont couverts de poussière, ils sont poudreux, vieux mot pour poussiéreux. L’ost c’était l’armée que le roi mobilisait pour la guerre. Je peux continuer ?
  • Oui Madame, répondit Timothée qui appréciait de plus en plus l’histoire.
Mystères à Beynac chapitre 4 (suite )
  • Donc, poursuivit madame Bordas, le roi était resté prisonnier dix mois. Il se hâta de regagner son royaume pour rappeler à son frère et à ses sujets qui était le roi. Auparavant, il laissa la rançon non utilisée dans son duché de Normandie sous la garde du fidèle Blondel et de son escorte. Il ne voulait pas que sa mère et le trésorier du royaume soient au courant de ses économies. Le 20 mars 1 194 il débarque au port de Sandwich, récupère son trône, pardonne à son frère qui avait voulu le lui prendre, le nomme son héritier et retourne en Normandie, défendre ses terres. Pendant cinq ans ce ne furent que des combats en Aquitaine et en Normandie, jusqu’à ce que le Pape lui impose une trêve.

Madame Bordas s’arrêta deux secondes pour reprendre son souffle. Timothée ne put pas se retenir :

  • Et alors ?
  • Mon ami Alfred a dû vous dire qu’en 1 197 Richard était venu à Beynac dont le seigneur était mort sans héritier.
  • Oui et il l’a donné à son chef de routards, dit Timothée.
  • Mais non de routiers ! intervint Alfred. C’étaient des troupes de soldats professionnels, payées par les princes en temps de guerre.
  • Donc, poursuivit madame Bordas, le château étant libre, Richard le promit à Mercadier, et s’y installa pour en profiter un peu. Le climat du Périgord lui convenait tout à fait et, en amoureux des arts, il fit venir l’ami de sa mère, le fameux troubadour Bertran de Born, qui vivait non loin. C’était l’auteur du fameux sirvente que Blondel avait chanté devant Trifels.
  • Pardon madame, demanda la rouquine. C’est quoi un sirvente ?
  • Le sirvente ou sirventès, est un poème en langue d’oc, qui ne parle pas d’amour, répondit Alfred. Richard en a composé plusieurs dont un seul nous est parvenu. Evidemment il parle des joies de la guerre.
  • Et, reprit la vieille dame, il composa aussi une très belle complainte lorsqu’il était prisonnier.
Mystères à Beynac chapitre 4 (suite )
  • Comme il n’avait plus de problèmes en Normandie, continua Alfred, il voulut en profiter pour punir l’évêque de Limoges et mater les barons limousins qui l’avaient trahi durant la croisade et sa captivité. Il envoya donc Mercadier s’emparer de nombreuses places fortes du pays (Piégut, Nontron, Noailles, Hautefort, Châlus, etc.). Richard resta avec Blondel à Beynac et cacha son trésor dans de profondes grottes sous le château. Il en confia la surveillance à son fidèle troubadour, le seul dans la confidence, en lui faisant jurer le silence. Puis au début du mois de mars 1 199, il quitta Beynac et partit à Châlus où Mercadier faisait le siège de la petite garnison locale réfugiée dans le donjon.
Mystères à Beynac chapitre 4 (suite )

 

  • Depuis qu’il était au château, intervint madame Bordas, Blondel composait de beaux poèmes à la gloire de Richard et les mettait en musique. Comme il les chantait bien en s’accompagnant de son luth, et qu’il était joli garçon, il eut du succès auprès des jeunes filles du village. Mais Blondel n’en vit qu’une seule à qui il offrit son cœur : la belle Adeline, aux cheveux de miel, aux yeux noisette et au doux sourire. C’était la plus belle des Beynacoises, et Blondel, le blond troubadour aux yeux bleus, lui composa des poèmes d’amour qui émurent la belle. Blondel et Adeline décidèrent bientôt de s’épouser. Le troubadour alla demander sa main à son père. Celui-ci accepta aussitôt, Blondel, ami du roi d’Angleterre, était un beau parti. D’un commun accord, les deux amoureux décidèrent d’attendre le retour du roi pour procéder à leurs noces.
  • Hélas, intervint Alfred, au début du mois d’avril leur parvint la terrible nouvelle du décès du roi. Blondel s’écroula en larmes, maudissant les limousins et le roi qui s’était approché imprudemment du sinistre donjon sans avoir enfilé son haubert.
Mystères à Beynac chapitre 4 (suite )
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