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Littérature


Mystères à Beynac Chapitre 5 (suite et fin)

Publié par François Auberoche sur 7 Septembre 2015, 05:59am

Mystères à Beynac Chapitre 5 (suite et fin)

Ils allèrent dans la cave à vins où des porte-bouteilles étaient attachés aux murs. Ils en repérèrent deux qui ne donnaient pas sur les autres salles et entreprirent de les débarrasser de leurs bouteilles. Au bout d’une demi-heure les porte-bouteilles étaient vides, Matteo et Timothée, avec leurs couteaux suisses, les détachèrent du mur.

Lorsque ce fut fait, il n’était pas loin de minuit et rien n’indiquait la présence d’une porte quelconque ou d’un passage secret dans les murs en calcaire brut. La rouquine, déçue, chercha tout autour d’elle, puis regarda le sol de calcaire. Elle s’exclama :

  • Des balais ! Trouvez des balais, vite !
  • Mais pourquoi ? demanda Matteo.
  • S’il y a un aven, il est dessous. Alors, on balaie toutes les caves.

Les bouteilles furent remises sur les porte-bouteilles fixés à la va-vite, deux balais furent trouvés, une en paille de riz très usé et un vieux balai de genêt bien desséché. En se relayant, les quatre amis soulevèrent un énorme nuage de poussière qui faillit les asphyxier. Toussant et pleurant, ils aperçurent enfin dans une des salles un rectangle sur le sol de pierre leur laissant entrevoir la fin de leurs peines.

Matteo alla chercher un pied de biche vu dans un stock d’outils et entreprit de l’introduire dans la fente enfin mise à jour. Timothée revint avec une barre à mine et aidé par les deux filles qui avaient trouvé des pieux d’acacia, il permit à Matteo de soulever une grande dalle de béton de deux mètres sur un mètre cinquante.

Mystères à Beynac Chapitre 5 (suite et fin)

La dalle fut soulevée de cinquante centimètres et posée sur une caisse. L’espace ainsi laissé était suffisant pour passer dessous. Un escalier en pierre très ancien apparut à la lueur de leurs lampes. Avant d’y descendre la rouquine prit le rouleau de ficelle, l’attacha par un nœud solide à un anneau scellé au mur et s’engouffra sous la dalle. Les quatre amis, plus le chien suivirent.

C’était un escalier en colimaçon, datant de plusieurs siècles, pensa la rouquine. Une épaisse couche de poussière montrait qu’il n’avait pas dû être utilisé depuis très longtemps ce qui donna un peu d’espoir à la rouquine pour trouver le trésor.

Ils débouchèrent rapidement dans une pièce carrée de cinq mètres de côté pas plus. Les murs et le sol était en maçonnerie, mais au centre un trou circulaire d’un mètre de diamètre environ semblait être creusé dans le roc.

Mystères à Beynac Chapitre 5 (suite et fin)

La rouquine s’approcha, en faisant attention, et tenta d’éclairer l’intérieur. C’était bien un aven, profond d’environ une trentaine de mètres, de forme vaguement circulaire, d’un diamètre de près de cent mètres. Elle appela Matteo :

  • Matteo, viens voir. Tu as une grande torche, ce sera mieux qu’avec la mienne.

La rouquine et Matteo se couchèrent à plat ventre au bord du trou, d’où dépassait une vieille échelle en bois, et, à la lueur de la lampe-torche du garçon admirèrent le gouffre. Comme à Proumeyssac, d’énormes stalactites descendaient en draperie de la voûte, tandis que, montant du sol, des stalagmites essayaient de les rejoindre.

Mystères à Beynac Chapitre 5 (suite et fin)
  • Fabuleux, s’exclama Matteo.
  • Oui, approuva Claire, c’est aussi beau qu’à Proumeyssac.
  • On veut voir, dirent Emma et Timothée. Laissez-nous la place.
  • Allez-y, dit la rouquine en se levant. Je crois qu’on a trouvé un trésor qui plaira à Marilyn.
  • C’est certain, répondit Matteo en cédant sa place à Timothée. La visite de ce gouffre devrait lui permettre de subvenir largement à ses besoins. Que fait-on maintenant ?
  • On continue, dit fermement la rouquine. Nous avons une échelle qui va nous permettre de trouver le trésor de Richard Cœur de Lion.
  • Voyons si elle est solide.

L’échelle fut tâtée, secouée et décrétée solide par les quatre explorateurs. Mais un problème se posa.

  • Que faisons-nous de Grincheux ? demanda Marine.
  • C’est vrai, constata la rouquine. Pour lui la route s’arrête là. Il ne peut pas descendre.
  • On peut le porter ?
  • Non, c’est un coup à se tuer, il va rester là à nous attendre. Descendre en portant un chien de cette taille, ce serait de la folie. Comme on ne connaît pas l’échelle, je propose que l’on descende l’un après l’autre.

Marine dut se rendre à l’évidence, elle caressa le chien, lui dit au-revoir pendant que Claire descendait doucement les barreaux de l’échelle qui tremblait dangereusement.

Mystères à Beynac Chapitre 5 (suite et fin)

Marine suivit ensuite, après ce fut le tour de Matteo, puis celui de Timothée, le plus lourd des quatre. Il était à deux mètres environ du sol de la grotte quand il fut surpris par des gémissements et la vue de deux spectres qui venaient d’arriver dans la grotte. Effrayé, il essaya de remonter l’échelle à toute vitesse. Celle-ci entra en vibration, Timothée accéléra son allure et aboutit à briser l’échelle en menus morceaux. Heureusement, Timothée n’était pas remonté très haut, il retomba sur ses pieds sans dommages, s’appuyant au passage sur l’épaule de Matteo pour freiner sa chute.

  • Ouf, soupira-t-il, je n’ai rien.

Grincheux se mit à gémir tandis que s’élevaient deux autres gémissements plus proches.

Les esprits s’étaient approchés des quatre spéléologues amateurs. Devant eux se tenaient une jeune fille et un jeune homme qui les regardaient d’un air suppliant. Finalement l’homme prit la parole :

Mystères à Beynac Chapitre 5 (suite et fin)
  •  Quaus vestits son los vòstes, joenessa ! Jamei non èi vist comedians de la vòsta traca.[1]
  • Punaise, dit Timothée. Comment il parle ce fantôme !
  • Cela ne va pas être facile, soupira la rouquine. Essayons de comprendre et parlons comme eux !
  • Le bon soir gente dame et gentil damoiseau, leur dit-elle.

Le jeune homme regarda attentivement la rouquine et dut deviner qu’il n’avait pas un garçon en face de lui car il dit :

  • Que’t prègui de’m responer : es tostemps puncèla ?[2]
  • Punesèlo ? pensa Claire. Ah oui, Pucelle, comme Jeanne d’Arc ! Ce devait être le mot pour fille.
  • Je suis une jeune fille, répondit Claire en se mordant les lèvres pour ne pas rire. Oc, je suis pucelle !
  • Diga’m perqué t’as hicat bragas ?[3]
  • Bragas ? Mais qu’est-ce qu’il me veut Casper ? Ah j’y suis : Les femmes portaient des robes à son époque, c’est peut-être mon jean ?

Elle toucha son jean en disant : Bragas ? Le fantôme hocha la tête.

  • C’est l’us en nostre royaume, répondit-elle en se rengorgeant d’avoir bien traduit.
  • La puncèla de pèl de fiòc ! Gran mercé, Maria Santa[4], dit le jeune homme, en s’agenouillant les mains jointes, imité par sa compagne.

A cet instant un ricanement démoniaque glaça le sang des quatre amis. Les deux fantômes se rapprochèrent l’un de l’autre et apparut, l’épée à la main, un spectre abominable. Sa figure était barrée par une énorme cicatrice allant du front au cou en passant par l’œil droit, coupant le nez et fendant les lèvres. Aussitôt il tenta de trancher les deux jeunes esprits, mais le jeune fantôme sortit, d’on ne sait où, une épée aussi grande que celle de son adversaire et para le coup.

 


[1] Quels habits sont les vôtres, jeunes gens ! Je n’ai jamais vu de comédiens comme vous.

[2] Je te prie de me répondre : es-tu pucelle ?

[3] Dis-moi pourquoi portes-tu des pantalons ?

[4] La jeune fille aux cheveux de feu ! Grand Merci, Sainte Marie.

Tandis que les deux esprits se battaient en duel, la jeune fantôme fit signe à nos quatre amis de la suivre et les entraîna dans une galerie dérobée. En fuyant les quatre amis entendirent le spectre immonde les menacer :

  • Cranhitz lo men esmalirér, joenessa ! Que vs’harèi morir au suplici ![1]
 

[1] Craignez ma colère jeunes gens ! Votre mort sera atroce !

Mystères à Beynac Chapitre 5 (suite et fin)

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