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Littérature


PROLOGUE

Publié par François Auberoche sur 14 Août 2017, 10:52am

Guéret, Creuse, 12 janvier 1964, 23 heures.

Marie-Jeanne pleurait à gros sanglots sur son matelas posé à même le sol. Elle avait été amenée dans ce foyer il y avait déjà deux semaines. Elle avait quitté avec plaisir le foyer d’Hell-Bourg pour partir en métropole. Elle avait hâte d’y aller, persuadée par l’assistante sociale que la vie y serait merveilleuse.

Elle avait quand même une peur bleue de cette femme ! C’était elle qui était venue plusieurs fois, dans sa 2 CV grise, voir sa mère. C’était elle qui l’avait convaincue de lui confier ses enfants, Jean-Jacques et elle, Marie-Jeanne, en affirmant : « Donnez-nous Jean-Jacques, il apprendra un métier, à treize ans il va vite gagner sa vie. Marie-Jeanne va avoir dix ans, elle se débrouillera très bien en métropole. Cela vous soulagera et vos enfants seront heureux. ».

Heureux ! Quelle blague ! Ils étaient partis sans dire au-revoir à leur mère et ils avaient froid, c’était terrible. À La Réunion quand ils avaient pris l’avion, il faisait bon, en décembre, il fait toujours chaud. Quand elle était sortie de l’avion, il faisait très froid. Mais à l’arrivée dans ce foyer à Guéret, c’était épouvantable. Ils avaient vu tomber du ciel comme des petits morceaux de coton, mais c’était froid et cela fondait sur la main. Elle avait appris que c’était de la neige, elle était vêtue d’une robe de toile légère et elle était pieds nus dans des sandales !

Quand ils étaient rentrés dans le foyer, il y avait des matelas partout, même dans les couloirs, posés à même le sol, pour que tous les enfants venus de La Réunion, puissent dormir. Le lendemain, ils avaient été conduits dans une salle et on les avait triés, les garçons d’un côté, les filles de l’autre. Puis le tri s’était fait par taille, son frère, Jean-Jacques, qui était très grand avait été sélectionné tout de suite. Il avait disparu deux jours plus tard.

Elle avait réclamé de ses nouvelles, on lui avait dit qu’il était parti dans une ferme. Quelques jours plus tard, on lui avait demandé si elle savait faire la cuisine, comme elle avait dit oui, la dame du foyer l’avait alors désignée pour aller dans une famille d’accueil.

Mais, blottie dans sa mince couverture, sur son matelas, elle avait toujours froid et elle pleurait. Elle voulait voir sa mère et Jean-Jacques. Quand elle serait grande, elle irait les retrouver et se vengerait, de l’assistante sociale et de tous les Z’oreilles.— terme créole désignant un Français métropolitain —.

Couverture de la version papier

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