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Littérature


HORROR 2016

Publié par François Auberoche

HORROR 2016

La coupe de foot-ball m'a inspiré un conte fantastique de politique-fiction
Aujourd'hui, je vous mets le premier chapitre

AVERTISSEMENT

 

 

 

 

 

 

 

Nouvelle de politique-fiction.

 

 

 

 

 

« Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. »

 

I

Lucas et David dévalèrent les escaliers qui amenaient à la station Pont de Levallois. Ce n’est pas qu’ils étaient pressés, mais un escalier est fait pour être descendu quatre à quatre. Ils avaient largement le temps, il était à peine sept heures du soir et la manifestation commencerait à 21 heures.

Il n’y avait même pas 20 stations jusqu’à la place de la République où aurait lieu la manif. Celle-ci ne commencerait qu’au moment précis où débuterait la finale de l’euro 2016 ce 10 Juillet à 21 heures précise. Le secret avait été bien gardé, il fallait mettre les flics devant le fait accompli. Justement, il n’y avait pas de flics, c’était ça le gros problème.

Depuis les attentats de novembre 2015, les forces de police étaient sans arrêt sur la brèche, il fallait qu’elles préviennent les attentats terroristes, qu’elles empêchent les dégradations lors des réunions de Nuit debout ; en plus, il y avait les grèves contre la loi travail avec des manifestations très violentes et des actions contre les forces de l’ordre très agressives menées par des casseurs. Le nombre de membres des forces de l’ordre victimes de burn-out[1] ne cessait de croître.

Puis, la coupe de football démarra avec des bagarres folles menées par des hooligans russes et anglais qui mirent les nerfs des policiers à rude épreuve. Le comble fut le meurtre sauvage d’un couple de policiers égorgés par un djihadiste, le lundi 13 juin, dans les Yvelines. Moins de dix jours plus tard, dans le même département, une patrouille de police interpella le passager d’une voiture qui effectuait des repérages sur des policiers. Le conducteur était répertorié comme salafiste et son frère comme islamiste radical.

L'école nationale de police de Roubaix, dans le Nord, fut sécurisée en urgence par « l’unité d’élite de la Police », après qu'un renseignement eut fait état d'une possible attaque terroriste contre l'établissement. Comme depuis septembre 2014, Daech exhortait ses partisans à cibler policiers et militaires dans leur pays de résidence, les syndicats de police qui n’avaient pas le droit de se mettre en grève, avaient décidé de se mettre en arrêt-maladie.

Pour assurer la sécurité de la finale, le gouvernement n’avait pu faire appel qu’à la gendarmerie et à l’armée. Même si les gendarmes n’avaient pas trop le moral avec l’annonce le 21 juin de la démission de leur directeur général, départ prévu pour début septembre, c’étaient des militaires, ils obéiraient sans problème. Mais, si la manifestation n’était pas décelée avant son début, elle risquait de n’être pas contrôlée par des forces de l’ordre en nombre suffisant. C’est ce que désiraient les organisateurs.

En une demi-heure, ils pourraient être à l’Élysée pendant que le président regarderait le match. Tous les espoirs étaient donc permis à condition qu’il n’y ait pas trop de fuites. Mais le fait que Lucas et David soient au courant était le signe qu’il y en avait eu. Cela n’inquiétait pas les deux jeunes garçons de 16 ans qui espéraient bien passer une soirée géniale.

Ils se moquaient totalement de la manif, ce qu’ils voulaient c’était voir le bordel qui allait en résulter. D’après les copains qui leur avaient donné le tuyau, cette soirée allait être historique. Au lieu de prendre la Bastille, ils allaient prendre l’Élysée, l’idéal aurait été de capturer le président, mais il était toujours trop bien gardé. Pendant le match, les forces de l’ordre autour du palais seraient symboliques.

Une fois l’Élysée entre leurs mains, ils allaient pouvoir déclarer l’avènement de l’Anarchie en France. Cela devrait faire tâche d’huile dans tout le pays, les villes où il y avait des mouvements Nuit debout, entreraient elles aussi en révolution. Demain le drapeau noir de l’anarchie flotterait sur toute la France. Lucas et David étaient curieux de voir ce qui en résulterait. Pour des élèves de seconde assister à une révolution n’est pas un passe-temps ordinaire.

Dans le métro, ils étaient excités comme des puces et n’arrêtaient pas de consulter leur Smartphone pour voir s’il n’y avaient pas des messages annonçant sur Facebook ou Twitter que des forces de l’ordre marchaient vers la place de la République.

Leurs amis leur avaient conseillé de s’arrêter une station au moins, avant la destination finale, ils descendirent donc à la station du Temple. C’était à 500 mètres à peine de la place de la République et ils pouvaient la voir dans le fond de la rue de Turbigo. Si des keufs arrivaient, ils pourraient partir sans aucun problème et retourner chez eux.

Ils s’installèrent tranquillement à la terrasse d’un café et burent une bière tranquillement. Ils avaient le temps, il était à peine huit heures moins le quart et la manifestation ne démarrerait qu’à partir de vingt et une heures. Lucas Levasseur et David Azoulay savouraient tranquillement leur demi de bière par cette douce soirée d’été. Tous les deux âgés de seize ans habitaient à Courbevoie, Lucas, 8 rue Lalyre, dans une grande tour, et David 189 rue Armand Silvestre, dans un grand immeuble qui avait été construit à la place d’une usine de vélos. Tous les deux venaient de finir leur seconde au Lycée Paul Lapie, 5 Boulevard Aristide Briand, à Courbevoie. Ils se destinaient à faire une première avec option cinéma.

Ils ne savaient pas du tout quel métier ils feraient plus tard et cette option avait l’air sympathique. Et puis, il n’allait pas faire comme leurs parents, David était le fils de deux médecins, Lucas avait pour père un professeur d’anglais et sa mère était archéologue à l’Inrap. Pour sortir ce soir, ils avaient prétexté un rendez-vous chez un ami commun où ils allaient regarder le match de foot.

Il fallait vraiment que leurs parents soient naïfs pour croire qu’ils allaient regarder une connerie pareille ! Seuls leurs pères étaient capables de regarder des mecs trop payés jouer à la baballe comme des gamins ! L’avantage de cette excuse, était de ne pas risquer sa peau en descendant par les gouttières pour se barrer de sa chambre.

Pour passer le temps, David alluma son Smartphone et fit écouter à Lucas l’album de Hugo TSR « Fenêtre sur Rue ».

  • Passe nous Eldorado, demanda Lucas. C’est le morceau que je préfère.
  • Moi le mien, dit David, c’est Dojo.

Tout en discutant, les deux amis avaient sifflé leur bière, ils en commandèrent aussitôt une autre qu’ils burent un peu moins vite. Il ne fallait quand même pas avoir un coup dans l’aile pour pouvoir profiter de cette soirée.

À neuf heures moins dix, l’annonce de la manifestation fut donnée sur Facebook et Twitter, pas de sirènes de keufs, tout se présentait bien. David et Lucas se levèrent et se dirigèrent rapidement vers la place de la République. Ils étaient heureux, la révolution était en marche, ils allaient bien s’amuser !

Ils arrivèrent sur la place à vingt et une heures précises. On ne voyait pas la queue d’un keuf, le nombre de manifestants était déjà important. Plusieurs centaines au moins, estima Lucas. Au bout d’un quart d’heure, un homme d’une soixantaine d’années, aux longs cheveux gris et à la barbe blanche, prit un porte-voix que lui tendait un homme jeune, très musclé et s’adressa à la foule :

  • Camarades ! Annonça-t-il. C’est un grand moment qui se prépare, nous allons renverser le capitalisme et faire vivre l’Anarchie. Aujourd’hui comme hier, l’Etat est le bras armé du capital. Aujourd’hui comme hier, la Fédération Anarchiste affronte l’un et l’autre.

Aussitôt, des hourras s’élevèrent, des sifflets stridents s’entendirent et tandis que tous les spectateurs applaudissaient, des dizaines de drapeaux noirs furent brandies en l’air. L’homme qui avait passé le mégaphone au sexagénaire le reprit et s’adressa à la foule :

  • Camarades ! Ce soir, nous allons prendre l’Élysée, renverser la république et la démocratie. Nous allons instaurer l’Anarchie. Pour cela, nous allons utiliser la force ! Car comme le disait Mao Tsé Toung : « Le pouvoir est au bout du fusil ». Nous avons déjà des armes ! Nous aurons le pouvoir ce soir !


Et il brandit un fusil d’assaut au-dessus de sa tête, une dizaine d’hommes du même gabarit que lui s’approchèrent en levant des armes, eux aussi.

 

[1] Syndrome d’épuisement professionnel caractérisé par une fatigue physique et psychique intense, générée par des sentiments d’impuissance et de désespoir.

HORROR 2016
  • Il nous en faut d’autres, dès que nous verrons un flic ou un gendarme, nous le tuerons et lui prendrons son arme. Nous vous apprendrons à vous en servir. Ce soir, pas de quartier ! C’est l’avenir de la révolution qui est en jeu !

Ces paroles galvanisèrent la foule qui se mit aussitôt à hurler sa joie et à crier :

  • Des armes ! Des armes ! Des armes !
  • Ne vous en faites pas vous en aurez, mais il faudra vous en servir. Nous allons faire comme les révolutionnaires de 1789, nous devons tuer les laquais du pouvoir ! Les tièdes et les timides n’ont pas leur place avec nous.

David à ces paroles chuchota à Lucas :

  • Tu crois que c’est prudent de rester là ? Je pense que nous ferions mieux d’aller nous mettre à l’abri.
  • T’es dingue ! Une occasion pareille ça se loupe pas ! Je veux pouvoir raconter ça à mes petits-enfants, plus tard.
  • Parce que tu crois que tu vas être grand-père un jour, ce soir on risque de se faire rafaler par les keufs, je vois ça gros comme une maison !
  • Dans ce cas tu rentres à Courbevoie, moi je reste. Je te raconterai tout demain.
  • Si tu restes, je reste aussi, répondit David. Ne viens pas te plaindre si ça tourne mal.
  • Je ne vois vraiment pas ce qu’il pourrait nous arriver. Si on entend des sirènes on se tire à toute vitesse.

À ce moment précis, la foule se mit en marche et s’engagea dans le boulevard Saint-Martin. Les manifestants étaient à présent plusieurs milliers, en tête se trouvait le grand costaud avec son fusil d’assaut entouré d’une dizaine d’autres hommes armés. Derrière lui, il y avait une bonne centaine de zadistes, bien décidés à se payer des keufs, puis les manifestants normaux.

Lucas et David s’étaient mis derrière les zadistes pour mieux voir. Mais en petits futés, ils s’étaient mis au bord des manifestants prêts à quitter la manifestation au plus vite. Malgré les hurlements de la foule et les fracas des vitrines qui s’effondraient sous les coups de pavés des zadistes qui cassaient tout ce qu’ils pouvaient, Lucas entendit des sirènes de voitures de flics au bout de dix minutes, alors qu’ils s’engageaient dans le boulevard des Italiens. Il tapa sur l’épaule de David et lui dit :

  • Il faut se préparer, on va voir ce que vont donner nos gros bras.

C’était un escadron de gendarmes qui arrivait, une petite camionnette suivie de trois cars bleus. Quand ils débarquèrent, Lucas les estima à moins d’une centaine. Ils étaient casqués, avec des plastrons qui les faisaient ressembler à des tortues ninja, ils avaient des protège-tibias, certains avaient des boucliers en plastique transparent, d’autres des diffuseurs de gaz lacrymogène, tous avaient une matraque, mais aucun n’était armé. Cela n’empêcha pas le grand qui était en tête des manifestants de faire un signe à ses comparses.

HORROR 2016

Ils se mirent en ligne face aux gendarmes et sur un cri de leur chef, ouvrirent le feu, par longue rafales. Cela ne dura à peine que dix secondes, tous les gendarmes étaient à terre. Le chef des tireurs ordonna :


  • Halte au feu ! Fouillez-les ! Ils ont tous un pistolet sur eux. Achevez ceux qui essaieront de se relever. Ensuite, on fouille les cars, leurs FAMAS [1]sont enchaînés à des râteliers.
 

[1] Fusil d'assaut français de calibre 5,56 × 45 mm Otan, initialement fabriqué par la Manufacture d'armes de Saint-Étienne. Doit être remplacé en 2017 par une arme plus moderne.

HORROR 2016

Pendant dix minutes, ce fut un désordre incroyable, David et Lucas s’étaient prudemment mis de côté, tandis que les zadistes achevaient les gendarmes en leur écrasant la  figure à coups de pavé et que les tireurs fouillaient les bus. Ils firent sauter les cadenas des armes à coup de marteau et commencèrent la distribution aux volontaires.

Ensuite, les tireurs qui devaient être d’anciens militaires commencèrent à expliquer aux manifestants comment se servir des fusils d’assaut. Ils débutèrent par la présentation de l’arme, puis, comment remplir le chargeur, comment mettre celui-ci sur le fusil, comment prendre une visée, comment armer le FAMAS et enfin comment tirer coup par coup ou par rafales. Le chef des militaires leur dit :

  • Vous vous entraînerez lorsque nous arriverons à l’Élysée, il y a des gardes devant le palais, ce seront vos cibles.

Un quart d’heure plus tard, des manifestants étaient en vue de l’Élysée. Les manifestants armés furent mis au premier rang et les anciens militaires les aidèrent à prendre leur visée sur les gardes républicains.

  • Feu ! commanda le chef.

Tous les manifestants tirèrent en même temps, ce fut une débauche de munitions. Le chef ordonna :

  • Halte au feu ! Courez et entrez vite.

Au moins 2 000 manifestants pénétrèrent dans le palais, tous les gardes républicains furent massacrés, leurs armes distribuées aussitôt aux manifestants qui n’en avaient pas encore. Le poste de police à l’entrée de l’Élysée fut fouillé pour récupérer des armes et des munitions. Le chef appela les militaires et les chargea de répartir des manifestants tout autour des jardins pour monter la garde.

C’est alors qu’il vit Lucas et David, il y eut un éclair dans son regard et il leur fit signe d’approcher.

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