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Littérature


Léonie se souvient de son arrivée à Paris en 1902

Publié par François d'Auberoche sur 24 Mars 2013, 16:17pm

Quand elle s’était réveillée et était sortie du train à la gare de l’Est, elle était complètement affolée. Le vacarme était assourdissant, le halètement des locomotives, le sifflement de la vapeur qui s’en échappait, les gémissements des freins, le choc des bogies aux aiguillages, les coups de sifflets des hommes de manœuvres, les trompes des chefs de quai, les cris des porteurs qui hélaient les chalands, tous ces bruits mélangés terrorisaient la jeune campagnarde.
Et cette foule ! Elle n’imaginait pas qu’il pût y avoir autant de monde sur terre, tous pressés, agités, hurlant et se bousculant pour aller dans toutes les directions possibles. Tétanisée par la peur, elle s’immobilisa au milieu du quai, son panier d’osier à la main et pleura.
Elle sentit alors une main sur son épaule, puis des baisers sur les joues, Emile et Marie la serrèrent dans leurs bras. Rassurée par leur présence, elle les suivit de confiance dans un chariot bizarre tiré par deux forts chevaux de trait. Ils montèrent un escalier et Léonie se retrouva sur une plate-forme en haut de la charrette. Des bancs permettaient même de s’asseoir ! Ce qu’ils firent tous les trois.
- Où sommes-nous ? demanda Léonie.
- Sur un tramway ! C’est un moyen de transport sur rails, ce qui fatigue moins les chevaux. Comme nous allons à trois kilomètres d’ici, rue du Faubourg Saint Antoine, où nous habitons, c’est beaucoup plus rapide et moins pénible surtout pour Marie.
- C’est vrai que tu attends un bébé, c’est pour quand ?
- D’ici deux ou trois mois. Après la mort brutale de notre petite Jeanne, je n’en voulais pas d’autre, mais François m’a con-vaincue, répondit Marie avec un charmant sourire.
La ravissante Marie que son frère avait épousée avait eu une petite Jeanne en 1900, mais elle n’avait hélas même pas vécu un an. C’était pour se changer les idées qu’Emile était venu avec Marie au village, lors du mariage d’Anne, il y avait deux ans. Maintenant Marie était resplendissante. C’était une merveilleuse blonde aux yeux verts de vingt-deux ans, d’environ un mètre soixante cinq, qui avait dix centimètres de plus que Léonie. Le type même d’une belle Vosgienne.
En chemin, Emile nommait les boulevards, les rues, les places (Boulevard de Strasbourg, de Magenta, Place de la République, Boulevard Beaumarchais, Place de la Bastille) ce qui laissait Léonie totalement indifférente. Elle se remplissait les yeux du spectacle de ces gens si bien habillés. Les hommes en redingote et chapeau haut de forme, d’autres, plus nombreux en costume et chapeau melon ou avec une casquette. Les femmes étaient en robes longues, les hanches et les fesses projetées en arrière, les reins très cambrés, tandis que la poitrine pigeonnait. De profil, les femmes avaient une silhouette en S. Elles étaient toutes chapeautées et beaucoup portaient des ombrelles, malgré l’absence de soleil. Mais, la majorité des femmes étaient habillées comme elle avec des robes d’étoffe grossière, une simple cotonnade grise, un tablier et une coiffe de tissu blanc. Et la plupart des hommes portaient une simple blouse par-dessus leur pantalon.
Marie voyant son regard lui dit :
- On descend, nous sommes arrivés. Nous ferons le reste du chemin à pied. Demain, je t’amène dans un grand magasin qui a ouvert il y a quelques années : Les Galeries Lafayette. Je t’habillerai en Parisienne.

Léonie se souvient de son arrivée à Paris en 1902
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