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Littérature


La Quête du Saint Graal Tome 1 Chapitre 1

Publié par François d'Auberoche

La Quête du Saint Graal  Tome 1 Chapitre 1

Pour ceux qui n'ont pas lu les trois premiers chapitres, voici le chapitre 1

La malédiction

Il y a très longtemps, l’Angleterre s’appelait la Bretagne et la Bretagne actuelle se nommait l’Armorique. Au début du Vème siècle, des peuples venus de Germanie (l’Allemagne actuelle) envahirent la Bretagne. C’étaient les Angles, les Saxons et les Jutes.

Petit à petit, les royaumes bretons furent vaincus et beaucoup de survivants s’enfuirent vers l’Armorique. Seuls, les royaume des Galles et de Cornouailles résistaient encore à la fin du Vème siècle.

Ce soir là, en Cornouailles, à Tintagel, capitale du Roi Arthur, la bataille faisait rage. La forteresse, encerclée depuis plusieurs semaines, résistait désespérément à l’envahisseur. Galaad n’en pouvait plus ; en sueur, malgré le froid humide de février, couvert du sang de ses ennemis, il n’aspirait qu’au repos. Heureusement la nuit venait, les ennemis se retiraient.

Une trompe se fit alors entendre, Arthur demandait ses chevaliers. Galaad s’y rendit en courant, heurtant dans sa hâte Lancelot, son père.

  • Du calme Galaad, ne te presse donc pas autant après une journée de combats. Les nouvelles que nous entendrons ne seront sans doute pas très bonnes.

Une fois ses fidèles compagnons rassemblés autour de la table ronde, Arthur leur tint à peu près ce langage :

  • Cela fait cinquante ans maintenant, que nous luttons seuls contre ces Angles obtus, leur dit-il. Nous sommes épuisés et nous ne pouvons compter sur aucun allié. Sans un secours rapide nous allons être balayés.
  • Et les Romains ? Et la Gaule ? demanda Perceval. Moi, qui suis Gallois, je suis bien venu à votre aide.
  • Rome est une ville morte, répondit Arthur. Ce n’est plus qu’un champ de ruines. La Gaule est aux mains des Francs qui se moquent de nous. Seul le ciel peut maintenant nous sauver. Vous allez quitter Tintagel, passer à travers les lignes ennemies et nous rapporter le salut divin.
  • Comment sire ? demanda impatiemment Lancelot.
  • Apportez le Saint Graal !
  • Le Saint Graal ? s’exclamèrent tous les compagnons.
  • Oui le Saint Graal, reprit Arthur. A la mort du Christ, Joseph d’Arimathie, un de ses disciples, recueillit son sang dans une coupe et quitta la Terre Sainte en bateau. Il atterrit en Armorique, se cacha des siècles durant dans la forêt de Brocéliande, puis la quitta et fut aperçu dernièrement en Bretagne.
  • Comment est-ce possible ? s’étonna Gauvain. On ne peut vivre aussi longtemps.
  • Le Saint Graal, répondit le roi, donne la vie éternelle à celui qui le possède et bien d’autres choses encore. Si nous l’avions, nous serions invincibles et bouterions les Angles hors de Bretagne. Aussi, sur l’heure, laissez tout, prenez vos armes et vos chevaux, passez à travers les lignes angloises et rapportez le Saint Graal à Tintagel. L’un d’entre vous, au moins, y parviendra et nous vaincrons.
  • Mais sire, protesta Bohort. Qui défendra le royaume pendant ce temps ?
  • Moi, avec nos soldats et l’aide de Dieu. Aussi faites vite. Echanson ! Remplissez nos hanaps pour le coup de l’étrier.

Quand leurs coupes furent pleines, Arthur leva la sienne vers le ciel, puis la porta à ses lèvres en disant :

  • Chevaliers de la table ronde, goûtons voir si le vin est bon.
  • Oui ! Oui ! Oui ! crièrent les chevaliers. Goûtons voir si le vin est bon.

Le roi but d’un trait en disant ensuite :

  • Je bois au succès de votre sainte quête. Puisse Dieu vous prêter main-forte. (Ce qui n’était pas facile à dire en sifflant un grand hanap de Bourgueil).
  • Le Roi boit ! hurlèrent les compagnons avant de licher leurs godets.

De satisfaction, ils claquèrent leur langue contre leur palais et lancèrent leurs coupes par dessus l’épaule malgré les protestations de Keu, le sénéchal, qui râlait comme d’habitude.

  • Ne nous embête pas, se moqua Yvain. On ne va rien casser, les hanaps sont en étain.

Les chevaliers sortirent en s’essuyant les moustaches du revers de la main. Arthur nettoya sa chemise et embrassa affectueusement Galaad, le plus jeune, car il l’aimait comme son fils.

  • Va, mon jeune héros, toi qui as le cœur pur, lui dit-il. Seule cette pureté te permettra de réussir. Tu ne dois donc jamais pêcher !
  • Bien sire, répondit l’adolescent. J’irai et ne pécherai point.

Il sortit immédiatement, porté par la fougue de son âge. Une fois hors de la pièce circulaire, il courut chercher ses armes, enfourcha son cheval et s’enfonça dans les ténèbres.

Au petit matin, un cavalier surgit de la nuit. C’était Galaad qui avait franchi les lignes ennemies en profitant des Angles morts. Il pénétra dans une forêt profonde, à l’abri des regards indiscrets, et mit son cheval au galop. Pendant des jours et des nuits, il chevaucha vers le nord, se relayant avec son cheval pour dormir.

Il parvint enfin dans l’immense forêt de Sherwood rendue célèbre, bien plus tard, par un brigand saxon qui attaquait les braves Normands, riches et francophones. Aujourd’hui, il ne reste pas un seul arbre de ce qui fut le repaire de ce dangereux criminel, mais à l’époque, il y avait la splendide futaie qui permit à Robin des bois de cacher son collant ridicule derrière les branches.

Le deuxième jour de son arrivée dans cette forêt insondable, il rencontra une pauvre vieille qui se traînait, courbée en deux par le poids des ans et d’un fagot de branches qu’elle portait sur son dos. N’écoutant que sa pitié, il sauta à terre, prit le fagot d’une main, la vieille de l’autre et les jucha sur son cheval.

  • Où puis-je te déposer, brave dame ? lui demanda-t-il.
  • C’est bien aimable à toi, jeune homme, de te soucier d’une pauvre vieille comme moi, lui répondit-elle.
  • C’est tout à fait normal de céder sa place à une personne âgée, protesta le jeune chevalier.
  • Oui, mais ça se perd de nos jours. Avec tous ces étrangers qui viennent par chez nous. Heureusement que mon pauvre mari n’est plus là pour voir ça.
  • Bon, c’est bien beau tout ça, mais j’ai un récipient à trouver. On va où ? la coupa Galaad.
  • Si tu pouvait me déposer chez moi, ce serait fort aimable, jeune homme. Ah, ta mère peut être fière de toi !
  • Elle l’est et Papa aussi, alors, c’est où chez toi ?
  • C’est facile, c’est tout droit.
  • Il fallait le dire. En avant donc !

Un peu plus tard, Galaad déposait le fagot devant la cheminée d’une pauvre maisonnette et la vieille sur un tabouret bancal.

  • Tu as été un brave petit, le remercia la vieille. Veux-tu un verre de lait ?
  • Non merci, répondit le chevalier dont le ventre criait famine, mais qui n’arrivait pas à s’habituer aux odeurs du logis.
  • C’est bien, tu es généreux et désintéressé. Je vais te récompenser au-delà de tes rêves.

Aussitôt, devant le chevalier la vieille courbée se cambra, elle perdit ses rides ses cheveux blancs et ses haillons. Elle se transforma en une ravissante jeune fille, aux cheveux blonds et aux lèvres roses. Une splendide robe de brocart habillait son corps juvénile aux courbes parfaites. Galaad ne put se retenir de pousser un sifflement d’admiration tandis que ses yeux sortaient de leur orbite et que sa bouche s’ouvrait de plus en plus pour laisser pendre sa langue.

  • Suis-je niaise, dit la belle. J’avais totalement oublié l’effet que je produisais sur les hommes. Je me présente, je suis Lycie, la fée de la forêt. Comme tu m’as aidée, je vais te remercier en exauçant le premier de tes vœux. Réfléchis bien. Il n’y en aura qu’un.
  • C’est facile, répondit prestement Galaad. Je cherche le Saint Graal. Alors si tu veux bien me le fournir, je t’en serai éternellement reconnaissant.
  • Hélas, soupira la fée. Cela m’est interdit. Ton vœu ne pourra être exaucé, j’en suis bien peinée pour toi. Des forces surnaturelles m’en empêchent. Le Graal ne peut appartenir qu’à celui qui le trouve. Seul un cœur pur pourra y parvenir.
  • Bon, ben tant pis. Au revoir gente dame, j’ai de la route à faire.
  • Attends bel enfant ! Ne pars pas ! cria la fée. Puisque je n’ai pu satisfaire ton vœu, je vais te dédommager en t’épousant, nous serons heureux ensemble pour l’éternité. Viens dans mes bras et embrasse ta fiancée !

Tandis qu’elle lui tendait les bras, Galaad lui tourna le dos et se dirigea vers la porte en disant :

  • Un prêté pour un rendu, fée Lycie. Cela m’est interdit. Ton désir ne pourra être exaucé, je dois me garder pur pour être digne de trouver le Saint Graal.
  • Sois maudit ! Personne ne m’a jamais dit non. Tu vas connaître la vengeance d’une femme repoussée.

Elle se dressa, les cheveux ébouriffés, les doigts, aux ongles vernis de noir, tendus comme pour griffer et proféra :

  • Sois maudit, Galaad ! Tu chercheras pendant des années et des années le Saint Graal sans le trouver. Tu resteras toujours jeune et beau. Les plus belles femmes de la terre voudront t’épouser et tu devras les repousser malgré ton désir, puisque tu chercheras toujours le Saint Graal. Chaque fois, tu regretteras de m’avoir rejetée.
  • Bof, pas tellement. Si je ne t’avais pas rencontrée, j’aurais vieilli et aucune femme n’aurait voulu de moi, alors ça reviendra au même.
  • Sois maudit ! gronda-t-elle. Trois fois maudit, tu n’es pas prêt de trouver ce sacré Graal. Je préviendrai tous mes collègues, sorciers, sorcières, fées et magiciennes, chamans et chamanes, prêtres et prêtresses du côté obscur, ainsi que tous les dieux et déesses. Tous te mettront des bâtons dans les roues, tu chercheras pendant des décennies et des décennies.
  • Oui, mais je trouverai, conclut le jeune homme en claquant la porte.
  • Raaa ! grogna la fée qui se coucha à plat ventre sur son lit en pleurant et tapant des poings.

Galaad continua sa quête, se nourrissant de racines et de charité, sur les traces de cet insaisissable Joseph, questionnant partout et tout le monde.

Les saisons succédèrent aux saisons, les années aux années, Arthur mourut, la Cornouailles tomba, mais Galaad continua. Il parcourut toute la Bretagne, pénétra en Calédonie (Ecosse actuelle) où il crut périr en avalant le fameux Haggis, la panse de brebis farcie. Il alla aux Orcades et poussa jusqu’aux îles Shetland.

Partout de belles dames lui demandaient des services, d’autres, plus audacieuses, demandaient sa main. Ne pensant qu’au Saint Graal, Galaad restait imperturbable. Selon le cas, il remerciait poliment ou refusait encore plus courtoisement. Dans les deux cas, les belles étaient fort courroucées, racontaient des mensonges à leur père ou à leur frère et Galaad devait fuir, les chiens sur ses talons.

Il retourna en Calédonie où il dut même repousser les avances d’une grosse bête qui se baignait dans un bras de mer. Il visita les Hébrides, puis toutes les îles de l’ouest, Skye, Jura, Islay, lieux bénis des amateurs de single malt. Dans l’île de Skye, il rencontra un nain qui lui forgea une épée. C’était Lagavulin, l’épée enchantée dont le nain Oban lui promit des merveilles.

Après avoir visité l’île d’Arran dans le Firth of Clyde, il passa en Erin (L’Irlande des cruciverbistes), où un moine lui donna un jeune cheval blanc, Bowmore, qui galopait plus vite que la marée montante au mont Saint Michel. Il fuit comme la peste les belles rouquines du coin et ne se lia qu’avec la population masculine. C’était une sage précaution, compte tenu du goût immodéré des indigènes pour les belles bagarres.

Au pays de Galles, le roi lui fit don d’un mulet, Aberlour, plus fort qu’Hercule et plus vaillant qu’un lion. Là, il reçut une lettre de Merlin l’enchanteur qui s’était établi en Armorique. Dans cette missive, Merlin l’informait que sa quête pourrait aboutir dans la forêt de Brocéliande.

Tout heureux de ne plus avoir à se cacher des charmantes Galloises, le jeune héros courut au premier port venu, soudoya un pêcheur et cingla vers le continent. C’est ainsi que plusieurs décennies après avoir quitté Tintagel, au milieu du VIème siècle après J.-C, Galaad fit son entrée dans la capitale d’un petit royaume armoricain, non loin de la forêt de Brocéliande.

La Quête du Saint Graal  Tome 1 Chapitre 1

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