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Littérature


La Quête du Saint Graal Chapitre 4

Publié par François d'Auberoche

La Quête du Saint Graal Chapitre 4

Chapitre 4

Où Galaad découvre le grand amour avec l’héroïne et se révèle être un petit cachottier.

Dans la belle Armorique, bien loin de la canicule grecque et de son stupide ciel sans nuages, Galaad franchissait, sous des trombes d’eau, les quelques pas qui séparaient l’écurie de la maison. Sur les pas des nains, il pénétra en s’ébrouant dans la salle commune, où ils furent tous accueillis chaleureusement.

  • Les patins ! cria une Blanche Neige hystérique. Bande de petits salopiauds. Vous ne pouviez pas vous essuyer avant de rentrer ?
  • Ben non, répondit Prof. Ce n'était pas possible.
  • Impossible n’est pas Breton. C’est du Franc, et encore. Mais ce n’est pas la question. C’est à cette heure-ci qu’on rentre ! Heureusement que je n’ai pas fait un soufflé.
  • On a été retardé, émit Joyeux.
  • Je sais, les deux autres m’ont raconté. Je les ai envoyés se laver. Mais vous pouviez me prévenir. Les pigeons voyageurs ne sont pas faits pour les chiens.
  • Mais Blanche Neige, ce n’était pas possible, répéta Prof. Ils ne volent pas de nuit.
  • Et dans quel état vous êtes ! Ah, c’est du propre de vous bagarrer. Je vais avoir un mal fou à faire partir toutes ces taches de vos vêtements. Mais regardez-moi ça, du sang, de la cervelle et puis quoi encore ! On voit bien que ce n’est pas vous qui lavez.
  • Tu, tu sais, commença Timide.
  • Je ne sais rien, le coupa la princesse. Je vous ai dit cent fois de me prévenir lorsque vous ramenez un copain à dîner. Qui c’est d’abord ?

Aphrodite et Eros entrèrent à ce moment. Invisibles aux yeux des simples mortels, ils allèrent vite se mettre près de la cheminée et observèrent la scène.

Blanche Neige était déchaînée. Debout, au milieu de la salle commune, les poings sur les hanches, ses cheveux de jais en bataille, elle était superbe. Sa peau, blanche comme la neige, faisait encore mieux ressortir le vermeil de ses lèvres. Sa poitrine qui se gonflait au rythme de sa respiration tendait son tablier bleu, plein de tâches, et donnait vie à cet accessoire ancillaire.

« Elle n’est pas mal du tout, cette petite, pensa Galaad. Un peu trop blanche tout de même. On dirait qu’elle a passé des années dans un cachot. Ses cheveux noirs, son stupide ruban écarlate et son rouge à lèvres font ressortir encore plus sa pâleur. Coiffée autrement, avec une autre couleur (peut-être blonde ?), un autre maquillage, elle serait splendide. ».

  • Eros, prépare-toi, dit Aphrodite à son fils. Ça va être le moment.
  • Pas facile, répondit le fils en question. J’ai les plumes trempées. Je crève de froid et la corde de mon arc est détendue par la pluie.
  • J’arrange ça tout de suite, répliqua sa maman, en soufflant de ses lèvres un vent torride.
  • Ça réchauffe, l’informa Eros. Je comprends qu’avec un sirocco aussi bouillant, les mortels deviennent fous d’amour.
  • Tu vas voir ce que je vais faire, le prévint sa mère. Ce sera le succès du millénaire. Au prochain, je me ferai Roméo et Juliette. Mais là, ça va être historique.

Tandis qu’Aphrodite soufflait doucement vers lui, Galaad essayait de résister à la vue de la princesse.

  • TCHAC.

Eros venait de lui décocher une flèche en plein cœur.

Le résultat fut foudroyant. Le paladin tomba à genoux devant Blanche Neige, ôta son casque, le prit d’une main, tendit l’autre vers la belle et bredouilla seulement :

  • Princesse....
  • Allons bon, voilà qu’il m’appelle Princesse. Il ne manquait plus que cela ! Et mon incognito ! Maintenant, ça va être la reine mère, puis les paparazzi. Je n’ai pas intérêt à prendre le tunnel du pont de l’Alma. Je présume que tu as tout raconté aux nains ? C’est pour ça que les deux autres nigauds bafouillaient tout à l’heure et étaient intimidés.

Eros rechargea et tira sur Blanche Neige, tandis que sa mère s’occupait également d’elle.

  • TCHAC.

La princesse tituba sous l’impact, pâlit encore plus, puis rougit. « Mon dieu qu’il est beau, pensa-t-elle. Ses yeux bleus me font craquer. Ça y est, je suis amoureuse. »

  • Qu’est-ce que ça change que je sois ou non une princesse, soupira-t-elle en regardant le beau chevalier, avec des yeux de cocker. Tout ce que cela rapporte, c’est de vivre en exil et en danger de mort, si jamais la reine apprend que je suis vivante.

Galaad se leva, dégaina son épée, la leva bien droite, la garde à la hauteur des lèvres, marqua une pause, puis la dressa le plus haut possible pour saluer la princesse. Mais Lagavulin se ficha dans une poutre.

« Mince, je loupe mon effet. » pensa le chevalier. Il tenta de décrocher son épée. Mais celle-ci résistait. Il dut poser son casque à terre pour pouvoir tirer des deux mains. Le spectacle amena sur les lèvres de Blanche Neige un mignon sourire.

« Il a l’air gentil comme tout et je l’intimide, le pauvre chou. Il est trop trognon. Je craque. » pensa la petite princesse en le regardant par dessous ses longs cils recourbés.

De son côté Joyeux éclatait de rire.

  • Ce n’est pas gentil, le réprimanda Prof. Viens plutôt nous aider.

Les nains avancèrent un tabouret, Dormeur et Prof le bloquèrent, Atchoum et Joyeux montèrent dessus, et Timide grimpa sur leurs épaules. Ce dernier se mit à tirer avec le héros. Finalement leurs efforts conjugués eurent raison de Lagavulin. Celle-ci céda d’un coup tandis qu'Atchoum éternuait. La pyramide s’écroula. Galaad partit en arrière et les nains roulèrent sur le parquet de chêne. Ils se relevèrent aussitôt, mais le chevalier gisait sur le dos, gêné par la lourde cuirasse et s’agitait désespérément comme une tortue retournée.

Après moult contorsions et avec l’aide des nains, le chevalier rouge de confusion se releva. Il recommença son salut en restant à genoux, puis inclina son épée vers le sol, en faisant attention à ne pas rayer le parquet.

  • Princesse, dit-il, je jure devant Dieu, la Sainte Vierge et Saint Georges de nous mettre, moi et mon épée, au service de ta cause. Permets-moi d’être ton chevalier servant.

Lagavulin lança des flammes rouge sang et parla aussi :

  • Tes ennemis seront mes ennemis Princesse, et j’espère qu’ils seront nombreux, car grande est ma hâte de les occire et de voir couler leur sang vermeil tel les flots de la mer rouge.

Tout en essayant de réprimer un fou rire, Blanche Neige répondit :

  • Ma parole, vous êtes de vrais tueurs tous les deux. Je ne sais si je dois être rassurée ou effrayée. Et que fais-tu noble chevalier dans la forêt magique de Brocéliande ?
  • Mon nom est Galaad, chevalier de la table ronde, envoyé spécial de feu le roi Arthur de Cornouailles pour retrouver le Saint Graal. Ma quête m’a conduit céans ce jour. J’espère l’achever bientôt afin d’être, si tu l’autorises, toujours à tes côtés pour te servir.
  • Et pourquoi ne pas me servir dès maintenant, chevalier ? minauda-t-elle.
  • Ben, j’ai ma quête à effectuer, Princesse, et je ne peux être en deux endroits à la fois. Je dois déjà partir demain dans la forêt, avec les nains, enquêter dans une grotte gardée par un monstre. Ensuite, si j’ai trouvé le Saint Graal, je dois le ramener en Bretagne, sinon, poursuivre ma quête, Dieu sait où.
  • Appelle-moi Blanche Neige, Galaad. J’espère que ta noble quête ne t’empêchera pas de me protéger.
  • Tu vois, dit Aphrodite à Eros, elle ne veut plus le lâcher. Elle est amoureuse de lui et vice versa. La malédiction court toujours.
  • Oui, il devra résister sans arrêt à Blanche Neige, s’il veut attraper son sacré Graal.
  • Et plus besoin de nous déplacer. Vite, on retourne avec les autres, Apollon me racontait de belles histoires.
  • Et moi j’ai un poker. Avec Hermès, je suis tranquille, il a dû me gagner une belle bourse de drachmes.
  • Mais Prin.., pardon, Blanche Neige.
  • C’est ce que je pensais, c’est possible, je t’accompagnerai donc. Cela me fera des vacances, j’en ai assez de faire le ménage, la cuisine et le repassage pour une bande de vieux garçons.
  • Mais c’est impossible, voyons.
  • Et pourquoi donc ?
  • Cela peut être très dangereux …
  • Tu me défendras, le coupa-t-elle. De plus, je serai loin de la méchante reine qui a juré ma perte.
  • Je ne peux t’offrir le confort qui sied à ton rang …
  • Je n’ai plus de rang et le camping n’a jamais tué personne.
  • Il serait inconvenant pour une jeune demoiselle de voyager seule avec un homme,...
  • Je me demande bien pourquoi. On ne serait pas bien tous les deux ? roucoula-t-elle.
  • Si, mais,…
  • Si tu préfères les voyages en groupe, je ne veux pas te contrarier. Nous partirons donc demain avec les nains. Ils te montreront le chemin de la grotte et, si on doit aller plus loin, je suis sûre qu’ils saisiront l’occasion de voyager.
  • Tu oublies que tu dois attendre l’arrivée de ton prince charmant.
  • Le Prince Charmant, je m’en fiche. Je ne vais pas passer ma vie ici à attendre l’arrivée hypothétique d’un jeune godelureau qui n’aura rien d’autre à me proposer qu’un nom à rallonge et plein de tares génétiques, dues aux mariages consanguins.
  • Mais, c’est ta destinée.
  • Ma destinée, mon œil. J’ai passé l’âge de croire aux princes charmants.

« Et puis, pensa la princesse, maintenant que je l’ai trouvé, je ne vais pas le lâcher. »

  • Je ne sais plus quoi dire, avoua Galaad avec le sourire.
  • C’est décidé, je t’accompagne dès demain avec les nains. D’accord, les gars ?
  • Youpi, fana, on part en vacances ! On part en vacances ! hurlèrent les nains déchaînés, Prof en tête.
  • Vivent les vacances, plus de pénitences.., commença à chanter Joyeux.
  • Mais, vous êtes fous, protesta le chevalier qui venait de penser à un grave problème. C’est une sainte quête, une mission que je dois remplir pour la Bretagne, pas une partie de plaisir.
  • L’on peut toujours joindre l’utile à l’agréable, coupa Blanche Neige, nous serons tes auxiliaires bénévoles pour t’aider dans ton enquête. Personne n’aura rien à redire et, l’union faisant la force, nous aurons plus de chances de gagner.
  • Je ne demande pas mieux, céda Galaad. Mais il y a un point important que je ne vous ai pas dit.
  • Lequel ?
  • Seul un cœur pur peut trouver le Saint Graal. C’est moi seul qui peux le trouver, c’est écrit.
  • Qu'entends-tu par cœur pur, chevalier ? Sommes-nous des dépravés ? siffla Blanche Neige, avec une voix polaire.
  • Non, mais, bredouilla le chevalier, je m’y prépare depuis des années, c’est très dur, il faut être persuadé qu’il s’agit d’une sainte quête que l’on ne peut réussir qu’avec l’accord du Seigneur, c’est pourquoi, je mène cette mission en harmonie avec lui et je suis resté pur.
  • Mais, coupa Prof, rien ne nous empêche de t’accompagner. Nous aussi, nous avons le cœur pur. Blanche Neige est toujours pure et Timide aussi. Mais ce n’est pas la question. Nous t’escorterons jusqu’au dernier moment et, à l’instant crucial, nous te laisserons seul pour dénicher le Saint Graal.
  • Cela peut se concevoir, concéda Galaad. Mais si ma quête se termine demain, vos vacances aussi.
  • Nous verrons bien, trancha Joyeux. Si tu as le Graal, nous irons avec toi en Bretagne, sinon nous t’aiderons à poursuivre ta quête.

« Pauvre jeune homme, soupirait Blanche Neige, avec de si beaux yeux bleus, il nous faut ce graal et je l’épouse.»

  • Bien, annonça Prof. Nous allons fêter ça par un dîner splendide que va nous préparer Gourmand. On prend d’abord un bain et on se change. Après, on fait la cuisine.
  • Oh oui, dit Gourmand. Galaad nous a apporté plein de choses. Trois porcelets, six canards et deux oies. Je vais me surpasser.
  • J’ai aussi un sac plein de charcuterie, ajouta Galaad. Je l’ai oublié à l’écurie.
  • J’irai le chercher, proposa Gourmand. Il faut se méfier des souris.
  • Comment se fait-il, Galaad, que tu aies autant de nourriture, demanda Blanche Neige.

« Je crois qu’il vaut mieux que je ne raconte pas tout. Ce sera mieux pour mon image de marque. » pensa Galaad.

  • Je vous ai apporté des cadeaux, répondit le paladin sans plus de précisions.

Voyons un peu ce que ce petit cachottier de Galaad ne voulait pas que Blanche Neige apprenne :

RETOUR EN ARRIERE

La cour de l’auberge le matin même, Galaad s’apprête à monter à cheval quand les deux servantes se jettent dans ses bras et l’embrassent à bouche que veux-tu.

  • Non, Galaad, pleure Ségolène. Ne va pas dans cette forêt maudite. Je ne veux pas te perdre.
  • Mais je reviendrai.
  • Avec ce sacré Graal ? demande avidement Mégane, la larme à l’œil.
  • Bien sûr.
  • Alors, tu reviens pour ta promesse ? lui rappelle Ségolène.
  • Mais oui, c’est promis.
  • Et on se marie ? le questionne Mégane.
  • Ce qui est promis est promis. Je vais là-bas. Je tue les monstres, je prends le Saint Graal et je reviens vous voir.
  • Et on te joue aux dés, conclut Ségolène, puisque, après l’avoir trouvé, tu pourras te marier avec la gagnante.
  • Tu as besoin d’être en forme pour tuer les ogres et autres sales bêtes, je t’ai préparé un sac, lui dit Mégane.
  • C’est gentil. Qu’est-ce qu’il y a ?
  • De quoi grignoter, lui répond-elle, en lui confiant un immense sac plein de charcuterie.
  • Moi, lui chuchote Ségolène, j’ai mis sur ton mulet deux amphores de vin. Mais chut, le patron n’est pas au courant.
  • Vous êtes deux amours, remercie Galaad. On s’embrasse et j’y vais, je ne veux pas conduire de nuit dans la forêt.
  • Surtout sois prudent, recommande Ségolène. Ne parle pas aux dragons que tu ne connais pas.
  • Et couvre-toi bien. Dans la forêt, les nuits sont fraîches, ajouta Mégane.

Après deux énormes baisers, le chevalier franchit le porche tandis que les servantes agitent leurs mouchoirs et qu’Aberlour râle comme un pou :

  • De quoi grignoter ! Mon œil, tu peux soutenir un siège d’un mois et te soûler tous les jours. Je les retiens tes copines.
  • Tais-toi et trotte, lui crie Galaad.
  • Je ne vais pas y arriver, je suis en surcharge.
  • Alors, on prend le galop.

FONDU ENCHAINE

Fin de la matinée, le héros, sur son beau cheval blanc, arrive au grand galop à l’entrée d’un village. Derrière, tirant une langue d’une coudée, suit un mulet qui fait semblant de peiner sous le poids de sa charge. L’équipage ne tient pas compte de l’inscription portée sur un panneau : « PLOUCORNEC Ralentir Ecole ».

De toute façon, les montures ne savent pas lire et Galaad a les yeux qui pleurent à cause de la vitesse. Ils s’engagent donc à fond de train dans la grande rue (la seule) de l’agglomération, alors que la cloche de l’église sonne l’angélus. Les rues sont noires de monde, paysans, bétail, enfants, vieillards, volaille, etc. qui regardent arriver la chevauchée fantastique.

Voyant que celle-ci ne ralentit pas, mais fonce sur eux, tel un contrôleur des impôts sur un patron de P. M. E., la débandade s’organise. Comme par un beau matin d’encierro, dans les rues de Pampelune, lorsque les taureaux sortent des corrals pour se rendre au toril, la foule grimpe aux murs, aux arbres, aux poteaux et certains au ciel.

Bowmore saute par-dessus les volailles et avec ses postérieurs les expédie vers Aberlour qui les bloque sur le chargement. En quelques secondes le petit village est dépassé, le chevalier se retourne et, apercevant le nuage de plumes, demande :

  • Bowmore, tu n’as blessé personne, j’espère ?
  • Non, j’ai bien évité.
  • Et toi, Aberlour ?
  • Moi non plus. J’ai seulement recueilli six canards et deux oies en mal d’affection.
  • Ton bon cœur te perdra. Tiens, je vois un pré sympathique en bordure de la forêt. Si on allait casser la croûte ?
  • Ce n’est pas de refus, répondent les deux montures.

CHANGEMENT DE PLAN

Après le déjeuner, Galaad se lave les dents dans un joli ruisseau bien clair. A quelques pas de lui, en aval, dans le courant d’une onde pure, un agneau se désaltérait. Des aboiements se font entendre. Deux énormes chiens de berger se ruent sur le héros et veulent lui sauter à la gorge.

Vive comme l’éclair, Lagavulin les tient en respect. Surgit un paysan, armé d’une fourche, qui se précipite en hurlant :

  • Qu’est-ce qui fout dans mon champ, c’t’oiseau là ? Et ses deux cheviaux qui bouffent l’herbe de mes moutons ! Non mais tu t’crois où ? Tu vas me foutre le camp tout de suite, salopiaud. Mais avant, tu vas me payer l’herbe que t’as écrasée, celle que tes bestiaux ont bouffé et l’eau qu’t’as bu.
  • Excuse-moi, messire, répondit poliment Galaad. Je me reposais dans ce pré qui n’est ceint d’aucune clôture et je me fais fort de réparer le préjudice éventuel que j’aurais causé par mégarde, à l’insu de mon plein gré.
  • Non, mais ! Comment qui me cause c’ui là ! J’te cause en bon breton, tu vas me parler correctement, fumier. Allez aboule l’oseille !
  • Et à combien évalues-tu le dommage que, par mon inadvertance, j’aurais pu occasionner ?
  • J’y comprends rien à c’qui dit, c’te crapule. Le fait exprès, ce cochon de vacancier. Tu me donnes dix sous et tu déménages.
  • Diantre, que voilà une grosse somme pour trois brins d’herbe. Il n’en est point question. (A cette belle époque, un cheval valait six sous d’or, le paysan exagère un peu).
  • Tu refuses de payer ?
  • C’est cela, oui. Tu commences d’ailleurs à m’énerver grandement avec tes insultes et tes prétentions exorbitantes.

Le bouseux lève sa fourche, Lagavulin en tranche aussitôt le manche et sa pointe vient chatouiller la pomme d’Adam du cul-terreux qui se tait immédiatement.

  • Bien le bonjour chez vous, cupide pedzouille, conclut Galaad qui lui tourne les talons et se remet en selle.

FONDU ENCHAINE

Dans la forêt, la discussion philosophique bat son plein quand Lagavulin chuchote :

  • Attention, à onze heures, un loup !

En effet, devant le héros, lui tournant le dos, un loup surveille le chemin, caché derrière un buisson. Il se retourne et met un doigt sur ses lèvres :

  • Chut, murmure-t-il. Elle ne va pas tarder à arriver.
  • Qui ? demande Galaad, à voix basse.
  • Une gamine qui traverse la forêt, cette niaise ! Elle porte à manger à sa mémé.
  • Sais-tu, pauvre loup, que je suis un chevalier, défenseur de la veuve et de l’orphelin ? Je ne puis te laisser faire.
  • Elle est trop jeune pour être veuve et elle a encore tous ses parents, y compris la grand-mère, ce dont son père n’est pas trop satisfait.
  • De toute façon, je ne puis laisser commettre sous mes yeux un acte de pédophilie. C’est très vilain et tu risque gros. Change immédiatement d’avis, sinon …
  • Sinon, quoi ? demande niaisement le loup.
  • Sinon, j’interviens, ajoute Lagavulin d’une voix de stentor en jaillissant seule du fourreau.
  • Diable, une épée magique. C’est bien ma veine, je crève de faim, moi.
  • Je vais t’arranger ça. A l’orée de la forêt, tu trouveras, dans l’onde pure du ruisseau, un bel agneau, bien gras, qui se désaltère. Tu pourras facilement le dérober au nez et à la barbe du berger et de ses chiens.
  • Ça tombe bien. Ce berger et ses chiens ne m’épargnent guère. Ce n’est donc pas un ami à toi ? Je peux y aller en confiance ?
  • Tu as toute ma bénédiction. Tu peux lui prendre aussi deux ou trois brebis, je n’y vois aucun inconvénient. Cet homme m’a été très antipathique.
  • Un prêté pour un rendu. Je vais te donner un bon renseignement pour ton dîner. Je ne peux malheureusement l’exploiter. Mais toi, comme tu es humain, ce sera très facile.
  • C’est très gentil de ta part. Tu es un grand gentil loup.
  • Je le sais, mon bon cœur me perdra. Apprends donc que non loin d’ici, vivent trois adorables petits cochons, bien potelés.
  • J’en ai déjà l’eau à la bouche, l’interrompt le preux qui se pourlèche les babines.
  • Et moi donc. L’un des trois gorets vivait dans une petite hutte en paille. Facile, je m’avance par une belle nuit sans lune et je lui saute sur le poil. Malheureusement, j’avais mal visé et il s’est enfui entre mes pattes, en piaillant comme un goret qu’on égorge, ce comédien.
  • Ce n’est vraiment pas de chance.
  • Ce cochon-là s’est réfugié chez son frère qui, lui, habitait une cabane en bois. Un peu moins facile, mais à ma portée. J’ai défoncé la cahute facilement, mais pas assez vite. Ils ont détalé en braillant chez leur troisième frère.
  • Qui, lui, habite dans une splendide petite maison de briques.
  • Comment le sais-tu ?
  • Ces Disniaiseries, je les connais par cœur. Ma nounou me les racontait. Tu te fiches de moi maraud ? demande Galaad. Tout à l’heure, c’était le petit Chaperon rouge, maintenant les trois petits cochons avec leurs trois petites maisons. Et après, ce sera le chat botté ?
  • Mais non, c’est vrai. Ici, à Brocéliande, tout est possible, c’est la forêt des contes de fée. Toi tu m’as bien raconté la fable de La Fontaine : « Le loup et l’agneau ». La maison des cochons est indestructible comme un bunker, moi je ne peux rien faire. Je t’indique où est la maison. Tu y vas. Ça ne coûte rien, c’est sur ton chemin. Tu vérifies et tu verras si j’ai menti.
  • D’accord. C’est loin ?
  • A peine à trois milles. Tu ne peux pas te tromper c’est tout droit. Moi, je file m’occuper de l’agneau, toi, va voir les gorets. Pour un homme, ce sera un jeu d’enfant.

CHANGEMENT DE PLAN

Bowmore arrive au petit trot devant la maison des trois petits cochons. Galaad arrête son cheval devant la porte.

  • Holà ! crie-t-il. Bonsoir messires les petits cochons.

Une lumière s’allume et un œil apparaît au judas.

  • Bonsoir, Messire Chevalier. Qui êtes-vous et que voulez-vous ?
  • Je suis un chevalier errant, chasseur de loups, je viens d’en attraper un qui rôdait autour de votre maison et je suis sur les traces d’un autre. Pouvez-vous m’offrir l’hospitalité pour la nuit ?

La porte s’ouvre en grand et trois adorables porcelets sortent en criant :

  • Notre sauveur, soyez le bienvenu !

Quelques minutes plus tard, Galaad reprend sa route, le mulet chargé des corps des trois gorets, saignés dans les règles de l’art.

RETOUR DANS LA VILLA DES SEPT NAINS

« Non, je ne peux pas raconter tout cela à la belle princesse Blanche Neige, pensa Galaad. L’effet serait désastreux. Plus encore les cadeaux des servantes que le vilain tour joué aux trois petits cochons. ».

Le paladin venait de découvrir la prudence.

  • On va vite se baigner, cria Joyeux. Le dernier dans l’eau paye l’apéro.
La Quête du Saint Graal Chapitre 4

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