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Littérature


La Quête du Saint Graal Tome 1 Chapitre 3

Publié par François d'Auberoche

La Quête du Saint Graal Tome 1 Chapitre 3

Où nous découvrons la forêt magique de Brocéliande.

Le lendemain soir, au cœur de la forêt de Brocéliande, Galaad était un peu moins euphorique. Attaqué par une meute d’ogres, hauts de six coudées[1] (deux mètres soixante-cinq environ), il se demandait s’il n’aurait pas dû profiter de sa dernière nuit à l’auberge du sanglier rieur, dans la capitale armoricaine.

La nuit tombante et la pluie battante qui ruisselait le long de son casque n’arrangeaient rien. Il distinguait à peine ses cibles et ne pouvait viser juste. Heureusement, la forêt magique avait des effets bénéfiques sur ses montures et son épée.

Les clients de l’auberge l’avaient pourtant prévenu. Mais, malgré leurs mises en garde, Galaad avait été surpris quand, en pénétrant dans la forêt, il avait entendu la conversation entre son cheval et son mulet :

  • Alors, d’après toi, disait Bowmore, la conscience ne serait qu’un simple épiphénomène ?
  • Oui, répondit Aberlour. C’est un phénomène accessoire et sans efficacité.

Il fut étonné, mais encore plus par la suite :

  • Tout à fait d’accord, intervint Lagavulin, son épée. L’élément constitutif du fait psychique est essentiellement le processus nerveux.
  • Mais pourtant, reprit Bowmore. Avant de se concevoir comme un être, l’individu a conscience d’exister. N’est-ce pas incompatible ?

Mais ce qui suivit faillit le faire tomber de cheval :

  • Pas forcément, répondit un chêne centenaire. En agissant, l’individu se crée et se choisit.

Que ses montures discutent, d’accord. Que son épée et un chêne se mêlent à la conversation, cela pouvait encore s’admettre. Mais qu’ils débattent de philosophie était vraiment surprenant.

  • J’hallucine, dit le chevalier. C’est bien vous, Bowmore et Aberlour, qui parlez ?
  • Moi aussi, répondit Lagavulin. Tu as entendu ?
  • Et comment ! Et le chêne, j’y crois pas.
  • Et comment ! Et le chêne, je n’y crois pas.
  • Homme de peu de foi, dit l’arbre d’une voix grave. Il a fallu que tu viennes en cette forêt pour qu’enfin ton esprit s’ouvre aux voix de la nature. Y crois-tu maintenant ?
  • Oh oui, répondit Galaad. Mais pour en revenir à votre débat, ne pensez-vous pas, comme Démocrite, que seule la matière est réelle ?
  • J’aurais tendance à penser, lui rétorqua Bowmore, que la matière est indépendante de la pensée.
  • C’est un peu ce que Platon professait, émit le roi de la forêt. L’esprit a une existence autonome par rapport à la matière.[2]
  • Je crois, dit Aberlour, que nous allons avoir une après-midi passionnante.

A l’instant présent, les philosophes agissaient. L’épée émettait une lueur rouge sang, elle frappait, taillait, pointait et coupait dans une masse confuse d’immenses corps noirs velus. Elle avait prévenu Galaad dès le début de l’affrontement :

  • Tu me laisses faire toute seule, Galaad. Dans cette forêt, la magie qu’a mise en moi le nain Oban, va pouvoir s’exprimer pleinement.

Sous sa selle, faisant feu des quatre fers, son gigantesque destrier blanc se démenait. Avec moult ruades et croupades, il assommait, piétinait, écrasait et massacrait la bande d’ogres acharnés.

A ses côtés, le mulet prodiguait ses conseils :

  • Bowmore, Garde-toi à gauche ! Bowmore, Garde-toi à droite ! Bowmore, Garde-toi de tous les côtés !

Celui-ci rétorqua :

  • Imbécile, je vois bien que l’on est encerclé, tu ferais mieux de me donner un coup de sabot, au lieu de ne rien faire comme d’habitude.
  • Tu crois que c’est facile, Galaad m’a mis deux amphores, de la charcuterie, trois porcelets et de la volaille sur le dos. C’est lourd.

Galvanisé par l’aide inhabituelle de ses compagnons, Galaad entama le redoutable chant de guerre des chevaliers de la table ronde.

  • Chevaliers de la table ronde, goûtons voir si le vin est bon.

Des cris vinrent alors de la forêt :

  • Tenez bon, chevalier. Nous venons à votre secours.
  • Taïaut, hurla une autre voix. De la baston ! Allons vite aider ce preux.
  • Vous pouvez venir, il y a de la place, répondit Galaad qui continua à chanter. Goûtons voir, oui, oui...
  • Continue à chanter, Galaad, lui conseilla Bowmore. Il pleut déjà à verse, ça ne peut être pire. Si les ogres ont l’oreille musicale, ils vont fuir.
  • Goûtons voir, non, non…
  • Génial ! s’écria une troisième voix. Il y a un mulet chargé de nourriture, il faut l’aider. C’est l’odeur qui a attiré les ogres.

Tandis que des têtes d’ogres volaient sous l’action de l’épée magique, Galaad continua de chanter.

  • Goûtons voir, si le vin est bon.
  • Evidemment, râla une voix, les gens ne prennent pas de précautions quand ils chassent dans une forêt infestée d’ogres. Il faut emballer son gibier pour ne pas les avoir sur le dos.

Des nains apparurent alors, tout autour des ogres. Celui qui venait de râler décapita, d’un grand coup de hache, un ogre gigantesque qui avait eu le malheur de se baisser pour éviter l’épée magique.

Un autre nain se jeta dans la mêlée sans rien dire, mais agit aussitôt. Vif comme l’éclair, il assena dans les fesses d’un ogre, un énorme coup de hache, puis un coup de poignard dans le creux des reins. Il se hissa, puis recommença avec un coup de hache en bas des omoplates et un coup de poignard à la base du cou.

Une fois en altitude, il essaya de fracasser le crâne de son ennemi, mais sa hache rebondit tant était dure la boîte crânienne de l’ogre. Celui-ci, sentant une démangeaison, envoya une main gigantesque balayer son chef ce qui faillit jeter son agresseur à terre. Ce dernier se rattrapa de justesse à une oreille en plongeant son poignard dans l’orifice. Puis, en se balançant, il sectionna la carotide de son adversaire à coups de hache. L’ogre, dont le cerveau minuscule n’était plus alimenté, s’écroula immédiatement.

Le nain se reçut en souplesse sur le sol grâce à un roulé-boulé impeccable et chercha un nouvel adversaire.

  • Si je meurs, je veux qu’on m’enterre, continuait Galaad.

Les autres nains, sans doute moins doués pour l’escalade, préféraient tailler les jarrets de leurs adversaires pour les faire chuter. Puis, ils les décapitaient facilement. Le plus âgé, dont les lunettes glissaient de son nez, lançait des coups au hasard qui, heureusement, ne touchaient pas les autres nains.

  • Dans une cave, où il y a du bon vin !

Le plus violent des nains rivalisait avec l’épée du paladin pour abattre le plus possible d’ogres. Mais, au bout d’un moment, sa besogne dut lui sembler monotone car il s’endormit tout en poursuivant sa tâche de mort.

Les ogres qui ne pensaient qu’aux porcelets portés par Aberlour, n’avaient pas remarqué l’irruption des nains dans leur dos, ce qui facilitait l’action de ces derniers. L’un d’entre eux qui ne cessait d’éternuer, ratait régulièrement sa cible :

  • Cochonneries, marmonnait-il, je suis allergique à leurs poils. Il faut éliminer ces saletés.

Un ogre, qui avait échappé à ses coups, l’aperçut et se pencha pour l’éventrer avec ses griffes.

  • E Pericoloso Sporgersi,[3] l’avertit le nain en lui fendant le museau.

En quelques minutes, une trentaine d’ogres gisaient morts, un ou deux, seulement, purent fuir.

  • On les laisse partir, dit un des nains, ils raconteront cela à leurs congénères, ça les calmera peut-être à l’avenir.

Galaad essuya son épée et la remit au fourreau. Celle-ci manifestait une mauvaise volonté évidente :

  • On commençait seulement à s’amuser, c’est pas juste, protesta-t-elle. De plus ces nabots m’en ont piqué au moins le tiers. Ils ont intérêt à me trouver du boulot bientôt, s’ils veulent qu’on soit copains.
  • Excusez mon épée, dit le guerrier, en s’adressant aux nains, elle n’est pas comme cela d’habitude. Depuis que nous sommes dans cette forêt, elle est déchaînée, mes coursiers aussi. Je ne sais pas pourquoi, ils arrivent à me parler.
  • Ce n’est pas difficile à expliquer, répondit le plus âgé. Tu es ensorcelé par la forêt de Brocéliande. Tu viens d’acquérir le langage des animaux, des plantes et des objets. Tu garderas à jamais ce don, même quand tu sortiras de cette forêt.
  • Il y a du pour et du contre, apprécia le paladin. En tout cas, je vous dois une fière chandelle, Messires. Permettez-moi de me présenter, je suis Galaad de Tintagel, chevalier de la table ronde, envoyé spécial de feu le roi Arthur de Cornouailles pour retrouver le Saint Graal. Je vous remercie de votre intervention.
  • Et que fais-tu ici en pleine nuit ?
  • Je vous cherchais. Norbert, le chasseur m’a indiqué votre adresse et je me rendais chez vous.
  • Et pourquoi donc ? demanda le nain le plus âgé.
  • Je cherche des renseignements concernant le Saint Graal. On m’a dit que vous pourriez m’en fournir.
  • Je ne vois pas de quoi tu veux parler. Je sais que le Saint Graal est le vase sacré contenant les dernières gouttes du sang du Christ. Mais ceci se passait en Palestine, il y a plus de cinq cents ans. Cela n’a aucun rapport avec la forêt de Brocéliande.
  • Mais si ! Le Graal est ici ! reprit Galaad, J’ai de bons renseignements, mais il doit être caché par des sortilèges ou défendu par des bêtes immondes.
  • Il y a dans la forêt une grotte dont l’accès ne peut se faire que par un étang dans lequel vit un monstre. Une belle saleté qu’il vaut mieux fuir. S’il y a quelque chose de bien protégé dans cette forêt, c’est bien l’intérieur de cette grotte.
  • Mais qui est ce monstre et où peut-on le trouver ?
  • Je ne l’ai jamais vu, car il est dangereux et il vaut mieux éviter le secteur. L’endroit où il vit est très reculé, au fin fond de la forêt. Je ne saurais t’expliquer comment t’y rendre, si tu es assez fou pour le vouloir.
  • On pourrait l’y conduire demain, proposa un autre nain.
  • Ce serait fort aimable à vous. Je vais m’installer ici pour la nuit, j’ai apporté quelques volailles et trois porcelets que je vais rôtir et que nous pourrions partager au coin d’un feu.
  • Pas question, répondit le chef des nains, la forêt est trop dangereuse la nuit. Tu en as fait l’expérience. Si tu campes là et fais rôtir tes gorets, tu vas encore être attaqué par des ogres, si ce n’est par des goules. Suis-nous, nous t’hébergerons pour la nuit dans notre humble demeure. Et demain, nous te guiderons à l’étang de la bête.
  • J’hésite à accepter votre invitation, j’ai peur de vous déranger.
  • Mais non, notre maison est grande, nous y vivons tous les sept, avec une jeune fille que nous avons recueilli.
  • Et comment vous appelez-vous ? Si ce n’est pas indiscret.
  • Excuse-moi, j’ai oublié, car nous ne devons jamais révéler notre véritable nom. Suivant nos habitudes ou notre caractère, nous avons des surnoms. Voici Atchoum, Dormeur, Gourmand, Grincheux, Joyeux et Timide.
  • Et Prof, c’est toi.
  • Oui, c’est bien moi. Comment le sais-tu ?
  • L’aubergiste du sanglier rieur vous a décrits et m’a appris vos surnoms. Mais je croyais que l’un d’entre vous était surnommé Simplet et je ne connaissais pas Gourmand.
  • Pourquoi pas Crétin, ou Stupide, jeune homme, tant que tu y es ! Qui t’a dit ça ? intervint Grincheux d’un ton acerbe.
  • Je pense à une erreur de Quatregros, s’excusa Galaad. Et la jeune fille ne s'appellerait-elle pas Blanche Neige ?
  • Si, en effet. Qui t’a mis au courant ?
  • C’est Norbert qui m’a confié, sous le sceau du secret, qu’il savait que vous aviez recueilli la princesse. Il m’a dit aussi qu’elle est en danger de mort. Vous ne devez jamais la laisser seule.
  • Blanche Neige, une princesse ?
  • Blanche Neige en danger ?
  • Elle ne vous a donc pas raconté son histoire ?
  • Non, nous l’avons trouvée un soir, dans notre maison, il y a environ un an. Elle nous a simplement dit qu’elle était orpheline et ne savait où aller.
  • Je vous expliquerai tout plus tard. J’accepte votre invitation, mais partons vite. De graves dangers planent sur la tête de la princesse.
  • Tu as raison chevalier et, si tu veux toujours, nous partagerons là-bas tes provisions, intervint Gourmand.
  • Allons vite, en route. Ne restons pas là, si Blanche Neige est en danger, nous devons courir, dit Grincheux.
  • En avant, marche. Le travail c’est la santé, chanta Joyeux qui prit la tête de la colonne en tenant Bowmore par la bride.

Dormeur demanda poliment au mulet s’il avait un peu de place pour lui.

  • Je m’appelle Aberlour, répondit le mulet. Vous pouvez grimper, vous ne devez pas être lourd. Mon copain le cheval, c’est Bowmore. C’est une grande gueule, mais il est moins costaud que moi.

Dormeur remercia et se jucha sur le bât, suivi de Gourmand qui veillait sur la nourriture.

Galaad prit sur sa selle Prof et tout en chevauchant lui conta l’enfance tragique de Blanche Neige. Il leur expliqua que la méchante reine pouvait savoir à tout moment où elle était et venir l’empoisonner avec une pomme bourrée de poison. Les nains tout autour du cheval poussaient des cris d’effroi en découvrant les menaces qui pesaient sur la vie de la princesse.

  • Merci Galaad de nous avoir mis en garde, pas une seule Golden, Reinette ou Royal Gala n’entrera plus jamais dans notre demeure. Et les vieilles femmes auront intérêt à éviter cette forêt à l’avenir, conclut Prof.
  • Ce ne sera pas difficile, nous frapperons à vue et sans sommations. Et je connais quelques vergers qui vont goûter de ma hache. On n’est jamais trop prudent, ajouta Grincheux.
  • Et ce sera moins fatigant que de perdre notre temps à discuter, surenchérit Dormeur.

Tout en devisant, notre héros et son escorte s’enfonçaient de plus en plus dans la forêt. Ils arrivèrent au sommet d’une colline dominant une grande clairière. Au centre de celle-ci, en bordure d’un ruisseau qui brillait sous la lune, se blottissait une maison dont les lumières invitaient le voyageur à venir s’y reposer.

  • Voilà notre humble foyer, présenta fièrement Prof.
  • Pas si humble que ça. Nous avons tout le confort, précisa Grincheux.

En s’approchant le chevalier vit que l’édifice était important et tenait plus de la villa romaine que de la chaumière, avec un spacieux bâtiment d’habitation, une écurie et plusieurs dépendances.

  • Mettons vite les bêtes à l’écurie et allons voir si Blanche Neige va bien, lança Joyeux.
  • Montre le chemin de l’écurie au chevalier, moi je vais d’abord voir Blanche Neige, cria Grincheux, en courant vers la maison.
  • Moi aussi, dit Dormeur en sautant à bas du mulet.
  • J’aiderai à décharger, proposa Gourmand qui guida Aberlour vers l’écurie, suivi des autres nains.

L’écurie était spacieuse avec huit stalles. Dans celles-ci se trouvaient déjà sept poneys ainsi qu’une belle jument.

  • Des Shetlands ! Cela me rappelle la Calédonie, s’exclama Galaad.
  • Oui, nous en avons besoin pour aller au marché ou chez les diamantaires. Quant à la jument, c’est le cadeau que nous avons fait à Blanche Neige pour Noël. Il n’y a pas de stalles pour tes deux bêtes, mais l’écurie est suffisamment vaste pour les loger tranquillement, dit Prof en se laissant glisser de Bowmore.

Derrière la porte à double battant se trouvait une entrée immense où l’on aurait pu ranger une énorme charrette. Au milieu, à gauche, partait un couloir avec deux pièces en vis-à-vis, une sellerie et une réserve à grains, puis les huit stalles de part et d’autre du couloir central et, au fond, le hangar à paille surmonté d’un grenier à foin.

  • Vise un peu la gonzesse ! chuchota Bowmore à Aberlour.
  • C’est à vous ces basanes-là, mademoiselle ? continua-t-il en s’adressant à la jument.
  • Je ne suis pas celle que vous croyez, jeune homme ! répondit-elle sèchement en le foudroyant du regard.

C’était une cavale splendide, toute belle dans sa robe alezane avec trois mignonnes basanes blanches, mais un peu trop sûre de sa beauté.

  • Excusez-moi, c’était juste pour faire connaissance. Mais, vous avez des yeux splendides, avec un regard aussi profond que le Loch Ness ! Arrêtez de me regarder comme cela, je vais m’y noyer.
  • Il ne manquait plus que cela, un dragueur de la pire espèce ! Laissez-moi tranquille, nous n'avons même pas été présentés.
  • Voici Bowmore, le cheval du preux Galaad, intervint Joyeux. Il va passer la nuit ici. Tu verras, il est très gentil, n’aie crainte. C’est un brave, il vient de combattre contre les ogres et en a occis au moins une dizaine, à lui tout seul.
  • C’est bien ce que je pensais, un guerrier aux manières de soudard. Il roule des mécaniques parce qu’il est en uniforme et qu’il s’est battu, mais il n’a aucune manière.
  • Ça suffit Bethsabée ! Calme-toi, il ne t’a rien fait, à part te parler.
  • Arrête de faire la pimbêche, lui dit Prof, pour essayer de la calmer.
  • Excusez mon cheval, s’interposa Galaad, la bataille de tout à l’heure a été éprouvante. Il chassait sa tension nerveuse en plaisantant. J’espère que vous ne lui en voudrez pas.
  • Que nenni, noble chevalier, mais une vraie jeune fille se doit de tenir son rang.
  • C’est pas tout ça patron, il faudrait peut-être songer à décharger et à faire l’entretien de vos braves montures, s’exclama Aberlour.
  • Allez mon biquet, suis-moi. Je vais m’occuper de toi, dit Gourmand en conduisant le mulet vers le fond de l’écurie. Regarde la place que tu vas avoir.

Il commença à le débarrasser de sa charge. Pendant ce temps, Galaad essayait de descendre de cheval sans tomber, et ce n’était pas facile avec sa lourde cuirasse, son casque, son bouclier de bois recouvert de cuir et sa grande épée. Finalement, il fit comme d’habitude, il amena le cheval près d’un bloc de paille sur lequel il se jeta.

  • Et quand il n’y a pas de paille. Comment faites-vous messire ? s’enquit Prof.
  • Je me casse la figure. Si c’est de l’herbe tendre, ça va, mais s’il y a des cailloux, j’ai droit à des bleus. Ce n’est pas vraiment pratique. J’ai bien essayé d’apprendre à Bowmore à s’agenouiller comme font, paraît-il, les chameaux. Mais il refuse d’apprendre.
  • Je ne refuse pas d’apprendre, je ne veux pas me casser une jambe simplement pour le confort du passager. Il n’a pas besoin d’emporter tant de matériel.
  • Et si vous apportiez avec vous une échelle ? Ne serait ce pas plus pratique ? demanda Prof.
  • J’aurais l’air malin. Je ressemblerais plus à un pompier qu’à un guerrier, avec une grande échelle dans le dos. Pourquoi pas des tuyaux, aussi ?
  • On peut faire quelque chose de pliant, très simple et pratique. J’ai déjà dans la tête un projet que je vous soumettrai.
  • Merci beaucoup, pour l’instant il faut s’occuper des bêtes.
  • Un peu de respect, s’il vous plaît, envers vos fidèles montures, Messire le héros, fit remarquer Aberlour.

Joyeux coupa court :

  • Atchoum et moi, on s’occupe du petit bavard. Vous, Messire, avec Timide et Dormeur, du cheval. Prof leur donnera des soins s'ils ont été blessés.
  • Oui, à vue de nez j’ai du travail, le cheval a sur les jambes de belles estafilades et le mulet un méchant coup de croc au poitrail.
  • Hé oui. Je ne suis pas comme certains chouchous qui ont besoin d’être protégés par un guerrier et une épée, alors qu’ils sont grands, forts et...
  • Arrête de râler, sinon tu vas déguster un coup de sabot que ta tête, elle fera trois tours ! le menaça Bowmore.

Les nains et Galaad calmèrent les deux équidés et s’occupèrent d’eux. On enleva d’abord la selle de Bowmore et le bât d'Aberlour, on passa ensuite aux soins. Ils eurent droit à la totale : douche, shampooing, rinçage, séchage, bouchonnage, brossage, curage, etc. Puis, Prof vint appliquer un onguent sur leurs plaies qui, heureusement, n’étaient pas trop graves. Ils se retrouvèrent ensuite attablés devant une appétissante mangeoire pleine de bon foin et d’avoine. On leur servit aussi un seau d’eau fraîche et pure, puis on leur souhaita une bonne nuit.

  • Et mon bisou ? demanda Aberlour.
  • Bizz, Bizz, s’exécuta le paladin avant de fermer la porte.

Au même moment, bien loin de l’Armorique, tout en haut de l’Olympe, Zeus recevait. Le souper avait été une réussite. Les plats les plus rares avaient été servis dans de la porcelaine fine et les meilleurs millésimes de vins rarissimes dans de la cristallerie totalement anachronique. Ce qui ne gêne personne, car les dieux vivent en dehors du temps et de l’espace.

Le café était servi sur la grande terrasse, d’où l’on jouissait de la meilleure vue pour se moquer des mortels. Maintenant les déesses disaient du mal des autres, tandis qu’un peu plus loin, les dieux jouaient aux cartes en buvant de grands verres d’Armagnac et en tirant d’énormes bouffées de leur cigare.

Ils n’étaient que sept à la table de jeux : Zeus, Poséidon, Arès, Dionysos, Héphaïstos, Hadès et Eros[4]. Apollon préférant discuter avec Aphrodite, et Hermès en service.

Eros avait quatre As et un roi. Il dit tranquillement :

  • J’ouvre de 1.000 drachmes.
  • Je me couche, dit Zeus qui était très méfiant et n’avait de la chance qu’en amour.
  • Idem, lança Arès qui n’avait que des petites cartes.
  • Moi, je prendrai bien un verre, déclara Dionysos.
  • Ce n’est pas une annonce ça, lui fit remarquer Zeus. Qu’est-ce que tu veux ?
  • Encore de l’Armagnac, répondit le pochard.
  • Eros ! appela Hermès qui venait d’entrer en volant. Un message pour toi.
  • Donne ! dit Eros à Hermès. Excusez-moi, je suis de permanence ce soir, lança-t-il aux autres joueurs.

Le petit dieu lut rapidement la missive, se leva et s’excusa :

  • Désolé, une urgence. Je dois y aller tout de suite. Tu veux bien me remplacer, Hermès ?
  • Avec joie, j’adore le poker. Fais voir ton jeu. Génial ! chuchota-t-il. Qu’est-ce que tu as fait ?
  • J’ai lancé de 1.000 drachmes.
  • OK, je te remplace.

Eros courut trouver Aphrodite :

  • Excuse-moi, Maman ! Je sais que je suis de permanence mais c’est encore pour Galaad. Comme c’est toi qui as passé un accord avec la fée Lycie, il faudrait que tu prennes une décision. Je ne vais pas y aller toutes les cinq minutes.
  • Tu as raison, mais la concurrence devient rude, il ne faut pas perdre un client en le mécontentant. Je viens avec toi, j’ai une idée qui va régler l’affaire définitivement.
  • Tu as le texte de cette malédiction, Maman ? Que je l’étudie.
  • Bien sûr ! Tiens lis ça : « Sois maudit, Galaad ! Sois maudit ! Tu chercheras pendant des années et na, na, na, tu regretteras de m’avoir rejetée. Sois maudit ! Trois fois maudit, tu n’es pas prêt de trouver ce sacré Graal, na, na, na, tu chercheras pendant des décennies et na, na, na, etc. »
  • Pas de problème, elle l’a bien rédigé, ça tiendrait en Cassation. On doit l’aider à embêter ce jeune homme !

La mère et le fils décollèrent rapidement et se perdirent dans la nuit.

[1] Voir en fin de volume les mesures de cette époque.

[2] Nous ne voulons pas critiquer Platon, mais s’il racontait ça à un neurologue, la discussion risquerait d’être intéressante.

[3] « Il est dangereux de se pencher » Inscription en Italien près des fenêtres des trains, autrefois.

[4] Voir en fin de volume les fonctions de chaque dieu et déesse.

Aphrodite et son fils Eros

Aphrodite et son fils Eros

La fameuse chanson des chevaliers chantée par Galaad pendant la bataille.

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