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Littérature


La Quête du Saint Graal Tome 1 Chapitre 7

Publié par François d'Auberoche

La Quête du Saint Graal Tome 1 Chapitre 7

Où l’on verra que l’horreur continue à se manifester
dans ce livre auparavant si tranquille et poétique.

Blanche Neige se réveilla de bonne heure. Elle avait oublié de fermer ses volets et le soleil taquin qui venait mêler ses rayons d’or à sa chevelure de jais, faisait battre ses cils comme deux papillons effarouchés. Les gazouillis d’une mésange la tiraient doucement des bras de Morphée. Mais, au fur et à mesure que la Princesse émergeait du sommeil, elle comprenait les chants harmonieux de l’oiseau :

  • Oh, Blanche Neige, tu te lèves ou quoi ? J’ai la dalle !
  • Mmm, ouahh...
  • C’est pas une réponse, arrête de bailler et lève toi grosse paresseuse. Les copains et moi, on s’impatiente.
  • Mmm... Il y a des moments où je regrette d’avoir appris le zoziau. Quand j’étais au château, vos airs étaient plus mélodieux. C’est comme les chansons étrangères, c’est souvent beau parce qu’on ne comprend pas les paroles.
  • Trêve de philosophie, tu te remues le popotin. On t’attend en bas pour le p’tit déj.

En maugréant, Blanche Neige émergea de sa couche et s’étira comme une chatte. La mémoire lui revint d’un coup. Son bel amour était endormi dans la chambre voisine. La perspective de le réveiller en lui faisant un petit bisou la rendit toute guillerette. Elle vérifia dans son miroir si elle était irrésistible et après avoir reçu une réponse muette mais positive, elle entrebâilla doucement la porte du bureau de Prof.

Elle s’avançait doucement sur la pointe des pieds pour réveiller Galaad par un doux baiser de ses lèvres purpurines quand elle eut un haut le cœur. Ses sens olfactifs venaient d’être agressés par des effluves d’alcool et de tabac mélangés. Elle s’approcha tout de même et vit dans la pénombre que le doute n’était plus permis. Le beau chevalier ronflait comme une forge, il n’était pas rasé, son visage bouffi était pâle et fripé. A chaque ronflement, des relents de vieille distillerie emplissaient la pièce.

  • Beuarrk, dit-elle, en portant précipitamment ses mains à la bouche, tandis que ses jambes effectuaient, en un millième de seconde, un demi-tour suivi d’un repli stratégique vers sa chambre.

Après avoir procédé à des ablutions qui calmèrent les spasmes de son estomac, elle mit une robe de chambre, colla à ses narines un mouchoir imbibé de parfum et, en retenant sa respiration, franchit le bureau à la vitesse de l’éclair. Elle traversa la salle commune à la même vitesse et alla dehors respirer de grandes goulées d’air pur.

Tout aurait été parfait si la volaille, (mésanges, moineaux, chardonnerets, bouvreuils et autres fringillidés, passeridés, paridés, ou turdidés) l’avait laissée tranquille. Seul un gentil rouge-gorge lui chanta un air de bienvenue désintéressé. Devant leur insistance, elle dut se résoudre à aller chercher une poignée de graines dans la réserve de l’écurie.

Quand elle y pénétra, elle n’en crut pas ses yeux. Elle n’eut qu’un cri :

  • Bethsabée ! auquel ne répondit que des hennissements.

Sa belle jument partageait son box avec un magnifique étalon.

  • Mais ce n’est pas vrai ! Et qui est ce jeune homme ? A-t-il une bonne situation ? Ce doit être le cheval de Galaad, mais ce n’est pas une raison pour venir te retrouver dans ta stalle.
  • C’est mon fiancé, précisa Bethsabée.
  • Tu aurais dû me demander mon avis, râla Blanche Neige.
  • Mes hommages, gente dame, dit Bowmore. Puis-je vous demander la main de mademoiselle Bethsabée, ici présente.
  • Oh, ouiiiii ! s’exclama la jument.
  • Nous reprendrons cette conversation plus tard, en présence de Galaad. Toi, l’étalon, tu sors de cette stalle, je ne veux plus t’y voir.

Blanche Neige, rouge de colère, rafla quelques graines et sortit en claquant la porte.

  • Bowmore. A quoi penses-tu ? demanda Bethsabée.
  • A toi mon amour.

Et il se mit aussitôt à ronfler.

  • Oh, comme il est beau quand il dort. Il est mignon et si fort. En y pensant, moi aussi je ferais bien un petit somme.
  • C’est ça, vous nous avez embêté toute la nuit avec vos roucoulements et maintenant il va falloir supporter vos ronflements, fit remarquer Aberlour.

Un peu chagrine Blanche Neige distribua les graines aux oiseaux et se dirigea vers la maison pour mettre la soupe à chauffer. Sa dépression fut accentuée par l’aspect de la salle commune qui, non seulement avait grand besoin d’être aérée, mais dégageait aussi la tristesse habituelle des lendemains de fête.

En reniflant, elle commença à balayer, quand une ombre inquiétante se découpa sur le pas de la porte.

  • Alors, ma petite demoiselle, on est triste ce matin, chevrota une vieille voix féminine.

Blanche Neige, surprise et inquiète en lâcha son balai. Devant la porte, il y avait une vieille femme, toute voûtée, au nez crochu qui rejoignait un menton en galoche. Elle lui souriait d’un magnifique sourire édenté. Toute vêtue de noir, la tête recouverte d’un foulard de la même couleur, elle s’appuyait de la main gauche sur un bâton noueux et avait au bras droit un panier rempli de belles pommes rouges.

  • Mais, mais, qui êtes-vous ?
  • Mais je suis la mère Denis, mon enfant.
  • Qui ?
  • La mère Denis, la lavandière de Ploucornec.
  • Et, que faites-vous ici ?
  • Tu es bien curieuse, mon enfant, et la curiosité est un vilain défaut. Je cherche des fraises des bois et en voyant ta maison, j’ai eu envie de me reposer un peu.
  • Des fraises des bois ! Et vous avez un panier rempli de pommes.
  • Ah, oui, c’est bizarre, n’est-ce pas, ce n’est pas la saison. Je les ai trouvées ce matin. Il y en a plein sous un prunier à la lisière de la forêt. Moi, j’allais dans la forêt pour chercher des fraises, je les ai vues, je les ai ramassées. Je ne sais pas d’ailleurs ce que je vais en faire. Je ne peux pas les manger, car je n’ai plus que deux dents et ces pommes encombrent mon panier. Je te les donne si tu veux.
  • Votre histoire est vraiment étonnante, mais si vous voulez, on fait un échange. J’ai ramassé plein de fraises hier et, comme j’en mange tous les jours, je prends vos pommes et je remplis votre panier de fraises. Les fraises, d’après ma grand-mère, c’est bon pour les rhumatismes et aussi pour les dents. Je vais vous les chercher.

Blanche Neige et la vieille dame procédèrent sur le champ à l’échange.

  • C’est vrai qu’elles sont belles vos pommes.
  • Ça c’est vrai ça ! Regarde celle-là, celle qui est toute rouge. N'est-elle pas appétissante ?
  • Oh, si. Je crois que je vais la croquer tout de suite. Mais je manque à tous mes devoirs, entrez et asseyez-vous. Vous prendrez bien quelque chose ? Une petite goutte ?
  • Je ne suis pas pressée mon enfant. Mange ta pomme d’abord !
  • Non, non, finissez d’entrer. Je la mangerai quand je vous aurai servie, alors, que prenez-vous ? Nous avons de tout ici.
  • C’est bien pour te faire plaisir. Un petit verre de vin me suffira.

Blanche Neige servit la vieille qui s’était assise sur un tabouret sur le pas de la porte pour profiter du soleil. Elle attendit que la mère Denis ait fini son verre avant de prendre la jolie pomme rouge. Elle l’admira sous les yeux de la vieille impatiente.

  • Allez, mange-la vite. Tu me diras quel goût elle a. Cela me rappellera ma jeunesse quand je croquais les pommes à pleines dents.

Blanche Neige frotta la pomme contre sa manche pour la faire briller et s’apprêtait à la croquer quand Prof entra dans la pièce. Il se figea sur place. La vieille sorcière, décrite par Galaad, était présente et Blanche Neige s’apprêtait à croquer la pomme empoisonnée. Il se ressaisit, mais il lui sembla que la scène se déroulait au ralenti.

Il ouvrit la bouche pour crier, mais il réalisa que le temps qu’il donne l’ordre à ses cordes vocales de crier, que le son franchisse la distance le séparant de Blanche Neige, que les tympans d’icelle vibrent, que cette vibration soit transformée en influx nerveux, que celui-ci atteigne la région idoine du cortex cérébral, qu’elle comprenne ce qu’il voulait dire (le plus long), qu’elle réagisse en envoyant les influx nerveux nécessaires à sa bouche pour ne pas avaler la bouchée qu’elle se préparait à y faire pénétrer et qu’elle la crache, il serait trop tard.

Il plongea donc vers notre héroïne, tel un arrière de rugby qui veut empêcher l’essai décisif. Mais, tandis qu’il entamait la phase ascendante de la parabole qui devait l’amener sur Blanche Neige, il vit avec terreur la princesse mordre à pleines dents dans la maudite pomme. En haut de sa trajectoire la bouchée pénétrait dans la bouche et, pendant la phase descendante, la princesse avalait le morceau.

Mais Prof était lancé comme une flèche vers sa cible, il balaya la main de Blanche Neige d’un revers foudroyant pour lui faire lâcher prise. Le coup fut si fort que la Princesse tourna trois fois sur elle-même avant de s’effondrer, heurtant au passage le manteau de la cheminée. Prof, se releva aussitôt et se précipita vers Blanche Neige inanimée en hurlant :

  • Elle est morte ! Blanche Neige est morte ! La sorcière l’a tuée ! Elle est morte !
  • Mais non, imbécile, elle n’est pas morte, elle s’est cognée en tombant. Mais, qu’est-ce qui vous a pris, vilain nabot, de la frapper comme ça ? Une si gentille jeune fille.
  • Je ne suis pas un nabot, sale sorcière. C’est vous qui l’avez tuée. Empoisonneuse !
  • Ça c’est pas vrai ça ! Espèce de menteur. Seule l’autopsie nous permettra de déterminer la cause du décès. Mais non, je suis sotte, elle n’est pas morte, elle doit être évanouie, c’est tout.
  • Menteuse. Vous l’avez tuée, mais, vous aussi, vous mourrez. Notre vengeance sera terrible.
  • Puisque c’est comme ça je m’en vais, je ne vais pas rester à écouter vos âneries.
  • Vous restez ici, cria Prof, en s’accrochant à sa manche. A MOI LES NAINS. AU MEURTRE. A L’AIDE !

Les nains ameutés par les cris arrivèrent en courant. Prof leur expliqua ce qui s’était passé. Aussitôt Timide, comme d’habitude, ne dit rien et agit. Il se mit derrière la vieille et lança une corde, au bout de laquelle il avait fait un nœud coulant. Il tira violemment en arrière, la vieille s’effondra.

  • Au secours ! A l’aide ! cria la dame.

En quelques secondes cette dernière fut bâillonnée et ligotée comme un saucisson. Prof chercha alors le moyen de ranimer la princesse.

  • Que faire ? se demanda-t-il à voix haute.
  • D’après la légende, seul un baiser de son Prince charmant peut réveiller une princesse, lui proposa Joyeux.
  • Oui, mais on n’a pas de Prince charmant sous la main. Tu en connais un ? Gros malin.
  • Ben, dit Joyeux, nous on l’embrasse. Comme on l’aime tous, ça devrait faire l’affaire. Allez, je commence, c’est pour son bien.

Les nains se mirent en file indienne pour faire un bisou à Blanche Neige.

  • Mince, ça ne marche pas. Il faut peut-être insister, dit Joyeux.
  • J’ai remarqué, intervint Grincheux, que la petite et le chevalier s’entendaient bien hier soir. Je pense qu’une idylle débutait. On pourrait peut-être la faire embrasser par Galaad.
  • Pas bête ! Atchoum et Timide, foncez réveiller Galaad, nous, on débarrasse le plancher de cette vieille saleté.

Quelques instants plus tard, la prisonnière se balançait à deux pieds du sol, accrochée à une poutre de l’écurie. Les nains lui enlevèrent son bâillon et se tinrent à une distance raisonnable, compte-tenu de l’odeur dégagée par la détenue.

  • Madame, commença Prof, nous vous prions instamment de nous dire la vérité et de nous avouer les motifs de votre meurtre.
  • Quoi ?
  • Ce n'est pas comme ça que tu vas la faire parler, grogna Grincheux. SALETE, poursuivit-il. TU AVOUES QUE TU ES LA REINE ET QUE TU AS TUE Blanche Neige, OU ON T’EMPALE !
  • Mais je suis la mère Denis.
  • QUI ?
  • La mère Denis, la lavandière de Ploucornec. Je n’ai rien fait, c’est l’autre imbécile qui l’a assommée en se jetant sur elle comme une bête. Au village je suis une vedette, je mérite votre confiance.
  • Retenez-moi ou je la tue. Continue Grincheux, je vais devenir fou.
  • Lavandière, mon œil. Et qu’est-ce que vous faisiez avec des pommes ?
  • Ah, les pommes ? Comme j’ai expliqué à la jeune fille qui, elle, est polie et bien élevée, je les ai trouvées ce matin. Je cherchais des fraises des bois quand je suis tombée dessus dans le verger du père Kerbauzon. Il y avait aussi des casse-croûtes jambon-beurre.

Les nains ne crurent pas un mot de ces balivernes et décidèrent de construire une cage, d’y enfermer la captive et de l’emmener plus tard au château de Blanche Neige, pour qu’elle soit jugée. Ils établirent un tour de garde pour veiller sur la prisonnière en attendant que la cage soit construite. Grincheux fut désigné pour s’en occuper le premier, avec l’ordre de la calmer si elle osait crier.

  • D’accord, dit Grincheux, en prenant un énorme gourdin.
  • Vous n’allez quand même pas nous laisser ça ! Elle pue à mort cette saleté, intervint Aberlour.

Pour que les montures ne souffrent pas de la pollution, les nains décidèrent de les sortir. Les poneys et Aberlour allèrent dans le jardin aussitôt, mais ce fut une autre paire de manches quand il fallut extraire les deux chevaux. Ceux-ci dormaient à sabots fermés et opposaient une force d’inertie proportionnelle à la puissance des ronflements de Bowmore

  • Il vaut mieux les laisser là, avoua Prof, on ne pourra jamais les déplacer. Ils dorment trop bien.
  • Bien, Grincheux on te laisse, on va construire la cage et voir comment va Blanche Neige, dit Prof en quittant l’écurie.

Dehors, il interpella Joyeux qui était sorti le premier :

  • Au fait, des nouvelles du chevalier ?
  • Les deux autres sont allés le voir, répondit Joyeux, ils sont ressortis aussitôt et ont plongé dans le ruisseau. Ils ne sont pas près de retourner dans sa chambre.
  • Ils ont la mémoire courte, ils ne se souviennent pas de leur dernière cuite. Bon, il faut tout d’abord aérer. Vous autres, commencez la cage, du simple mais solide. Avec les deux sensibles je m’occupe de Galaad.
  • Atchoum, Timide, venez me voir.
  • Ouiii, répondirent faiblement deux nains verdâtres.

« Oh, là, là, pensa Prof, c’est plus grave que je ne pensais. Je vais devoir me mettre au travail. » Il retint sa respiration et entra dans son bureau en se bouchant le nez. Il commença par ouvrir les volets et les fenêtres en grand. Aussitôt un merle protesta :

  • Ferme ça tout de suite, lui dit-il. Tu vas empuantir le jardin.
  • De quoi je me mêle. Va jouer ailleurs !
  • Puisque c’est comme ça, je vais au village, ça sentira peut-être le lisier, comme dans tous les villages bretons, mais ce sera du parfum après avoir senti ce qui sort de cette chambre.
  • Attention là-bas. S’ils n’ont rien à manger, ils sont capables de te tirer à vue. Puisque tu vas au village, essaie d’apprendre s’il y a une mère Denis dans le patelin et je te donnerai un ver de terre.
  • Un gros ?
  • Très gros, juré. Peut-être même deux lombrics.
  • Deux gros, d’accord.
  • Il faut dire que c’est épouvantable, admit Prof qui alla chercher de l’encens pour désinfecter la pièce.

Il prit ensuite dans son herboristerie les plantes dont il avait besoin et sortit en vitesse du bureau. Blanche Neige était toujours inconsciente, Joyeux s’efforçait de la ranimer avec des baisers passionnés mais inutiles. Prof l’arrêta et le prit comme assistant pour préparer une potion. Il mit de l’eau à chauffer dans une marmite, pendant ce temps Joyeux hachait les herbes. Ensuite, quand l’eau se mit à bouillir Prof prépara une infusion à base de feuilles d'artichaut, de radis noir, de chardon-Marie, de romarin et de fumeterre. Il y rajouta quelques poignées de bicarbonate de soude, mélangea bien le tout et en fit boire un hanap complet à Atchoum et à Timide. La potion magique de Prof permit à ces derniers de battre le record mondial du cent pas pour aller admirer les reflets du ruisseau où ils plongèrent à nouveau. Ils rejoignirent la chaumière peu après, les jambes flageolantes mais l’estomac stable.

Pendant ce temps Dormeur et Gourmand furent chargés de préparer les bains pour réveiller Galaad. Comme le premier risquait d’incendier la maison en s’endormant, le second reçut la mission de le surveiller.

Atchoum revint du ruisseau en disant :

  • Génial, mon rhume est parti.
  • Et moi, je suis en pleine forme, ajouta Timide. Je suis volontaire pour donner cette mixture au chevalier, j’ai hâte de voir s’il court aussi vite que nous.

Atchoum prit un entonnoir, Timide la marmite et ils se ruèrent dans la pièce où ronflait Galaad.

  • Ne lui versez pas tout, cria Prof.
  • Qu’est-ce que tu dis ?
  • Ne versez pas tout !
  • Quoi ?
  • GLOU, GLOU ET GLOU, disait Galaad.
  • J’AI DIT NE VERSEZ PAS TOUT ! hurla Prof.
  • Trop tard, chantèrent les deux nains. Il est des nôtres, il a bu sa potion comme les autres.

Une fusée traversa alors la salle commune et fonça vers le ruisseau où elle plongea la tête la première. Prof appela les deux plaisantins à la rescousse. Galaad était plongé dans le ruisseau jusqu’à la taille, dans le mauvais sens, les jambes étaient en l’air. Quelques minutes plus tard, après une longue séance de respiration artificielle, Galaad, aidé par quatre nains, entrait en titubant dans la salle commune.

  • Mais c’est, c’est, Blanche Neige, couchée par terre, parvint-il à articuler. Que fait-elle là ?
  • La sorcière est venue et l’a empoisonnée.
  • Oh ! La pauvre, elle est morte ! et il se précipita vers elle.

Il se pencha sur la pauvrette, lui prit la main et lui donna un baiser. Ce fut radical.

  • Au secours, hurla Blanche Neige qui fonça vers le ruisseau.
  • Elle est la championne toutes catégories ! crièrent Atchoum et Timide, pliés de rire.
  • Il faut bien l’admettre, dit Prof. Allons la chercher.

Ils la tirèrent du ruisseau et se virent interpeller par une splendide truite.

  • Ça vous dérangerait d’aller jeter vos cochonneries ailleurs ? J’ai des alevins à élever et votre pollution risque d’augmenter le taux de mortalité infantile de mes héritiers. Arrêtez tout de suite ou je porte plainte !

Blanche Neige, cracha quelques litres d’eau et parvint à murmurer :

  • Quel est le rat d’égout qui s’est permis une privauté pareille ?
  • De quoi parles-tu ? demanda Prof innocemment.
  • Je dormais bien, quand j’ai eu l’impression que l’on me versait un tombereau d’ordures dans la bouche. Que s’est-il passé ?
  • On ne sait pas, répondirent-ils en chœur, Galaad rougissant plus que les autres.
  • J’ai l’impression que l’on me cache quelque chose, surtout toi, chevalier. Mais dans quel état vous êtes tous. Vous vous êtes roulés dans les ordures ? Et vous êtes trempés aussi. Mais, moi aussi. Et la gentille vieille dame, où est-elle ?
  • Quelle gentille vieille dame ? rugit Prof. Tu veux parler de la sorcière ? Elle t’a empoisonnée. Si Galaad ne t’avait pas embrassée tu serais morte.
  • Ainsi donc, les ordures c’est lui. Ça ne m’étonne pas, vu son état. Vous avez bien besoin de vous brosser les dents, chevalier, siffla-t-elle. Et puis de prendre un bain. Vous n’êtes pas le seul, vous êtes tous sales comme des gorets. Moi aussi, d’ailleurs. Il faudrait faire chauffer les bains, Prof.
  • On s’en occupe, ils seront prêts bientôt.
  • Bonne nouvelle, mais où est la vieille dame ?
  • Nous avons fait prisonnière cette sorcière, elle est enfermée dans l’écurie jusqu'à ce que nous statuions sur son sort.
  • Vous êtes cinglés. Cette brave vieille ne ressemble pas du tout à la reine que je connais bien. Elle ne m’a pas empoisonnée la pauvre femme.
  • Et ton malaise, alors ? C’était dû à quoi ? Elle t’a empoisonnée avec une pomme.
  • Je n’ai même pas eu le temps d’avaler un morceau. Quand tu m'as cognée je l’ai recraché. Si un imbécile que je connais bien ne m’avait pas sauté dessus et projeté contre la cheminée, je n’aurais rien eu. Touche un peu la bosse que j’ai là.
  • Mais, c’est vrai.
  • Bon, je vais aller voir la vieille. Je vais la voir et je vous dirai ce qu’il en est.

Ils laissèrent Blanche Neige aller à l’écurie et rejoignirent la maison. La princesse revint rapidement, très troublée.

  • Qu’y a-t-il, ma grande ?
  • Allez me mettre les poneys dans l’enclos. Et vite. Ils sont en train de bouffer mes rosiers et le mulet attaque le lilas. J’hésite pour la vieille. Si c’est la reine, le maquillage est indécelable, mais elle est vraiment trop petite. La reine mesure beaucoup plus que cinq pieds. Celle-là, à peine trois. D’accord, elle est voûtée. Grincheux a essayé de la déplier, il n’y est pas arrivé. Mais si elle était droite, elle ferait à peine quatre pieds.
  • Les vieux, ça se tasse.
  • On est loin du compte et la reine n’est pas très vieille. Et puis, les rides, le menton, le nez, tout est vrai. On a tiré ça résiste. Je me demande si vous ne faites pas une erreur judiciaire.
  • Peut-être, dit Prof, mais gardons-la en détention provisoire, c’est plus sûr. J’ai envoyé un merle à Ploucornec se renseigner, nous verrons à son retour.
  • Oui, mais ce n’est pas humain de la pendre comme un jambon. On pourrait l’enfermer dans un placard, assise sur une chaise, en attendant.
  • Bien, Grincheux, met la vieille dans la réserve à grains. Elle ne pourra pas se sauver et elle aura à manger.
  • Et maintenant, allons tous nous baigner.
  • Ça ne sera pas du luxe.
  • Et après, je pourrais faire une lessive.
La Quête du Saint Graal Tome 1 Chapitre 7

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