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Littérature


La Quête du Saint Graal Tome 1 Chapitre 9

Publié par François d'Auberoche

La Quête du Saint Graal Tome 1 Chapitre 9

Où l’on verra que quand le chat n’est pas là les souris dansent et que, même pour les petits métiers, il faut avoir fait des études.

Mais que s’était-il donc passé ? Où était la méchante reine ? Pourquoi n'était-elle pas venue empoisonner Blanche Neige ? Telles sont les questions que vous devez vous poser, ami lecteur.

Revenons en arrière, à l’aube, dans le verger du père Kerbauzon. La reine qui venait de rater son atterrissage était complètement sonnée. Elle entendait à peine une voix qui l’interrogeait :

  • Pas trop de mal, Majesté ?

Une sphère de trois pieds de diamètre était penchée sur elle et lui parlait. A ce moment-là, elle perdit connaissance juste après avoir entendu Mélusine dire :

  • Tu deviens aveugle, ma pauvre Léonie ? On n’a pas idée d’atterrir par le travers de la piste.

Mélusine, la voyant tourner de l’œil, lui donna une bonne paire de claques. La reine demanda :

  • Quoi ?

Puis :

  • On a frappé ?
  • Oui, ma vieille, tu tournais de l’œil. Tu as quelque chose de cassé ?
  • J’ai entendu deux bruits de cassure. L’un venait du balai, l’autre de ma cuisse droite. Je diagnostique une rupture du manche pour le balai et une fracture du fémur pour ma jambe. Pour ma jambe, c’est facilement guérissable. Ce qui m’embête le plus, c’est le balai. Un modèle unique que j’ai fait venir de Modène dernièrement. Les listes d’attente sont monstrueuses. Je n’en aurai pas un aussi bon avant au moins un an, si les invasions lombardes n’arrêtent pas la fabrication. J’en ai d’autres, mais ils ne valent pas celui-là. C’est un peu ta faute, ta piste était trop courte.
  • Grosse maline, tu t’es posée par le travers de la piste !
  • Ce n’est pas vrai ?
  • Mais si. Tu devrais consulter un bon ophtalmologue.
  • J’aurais peut-être dû boire un peu moins de Chambolle-Musigny. Zut. Ma matinée est foutue. Peux-tu me ramener en vitesse chez moi ? Il faut que je me soigne.
  • A cette heure-ci ? Tu es folle !
  • Pourquoi ?
  • Tu n’es pas en état d’y aller par la route. Je ne vois que la solution d’une évacuation sanitaire aérienne et on va se faire tirer dessus, comme des perdreaux, par tes gardes.
  • C’est vrai, tu te changes en dragon pour voler. A part les airs, qu’avais-tu prévu comme moyen de transport ?
  • Mes deux goulottes apprivoisées. Regarde comme elles sont mignonnes. Celle-ci, c’est Smart et celle-là, Swatch. Mais tu serais trop secouée sur leur dos et les paysans nous attaqueraient aussitôt à coups de fourches. Elles sont pourtant mignonnes.

C’est vrai qu’elles étaient mignonnes les deux petites goules, toutes rondes avec leurs grands yeux cruels au milieu et leur bouche pleine de dents acérées au-dessous. Mais le monde est plein de préjugés et les paysans bretons ont tendance à juger sur la mine.

  • Tu m’amènes en dragon, ce sera plus confortable. Tu m’aides à me démaquiller avant de partir. Comme ça, en arrivant, les gardes me reconnaîtront et te laisseront en paix.
  • J’espère, parce que ce n’est pas facile à réparer les trous dans les ailes. Chaque fois, j’en ai pour une semaine d’incapacité de travail.
  • Ne t’en fais pas et on se dépêche. J’ai hâte de me soigner, la jambe me fait un mal de chien.

En quelques minutes, aidée par Mélusine, la reine avait retrouvé sa figure de vieille liftée et botoxée.

  • Tu t’es bien fait tirer la peau depuis que je ne t’avais vue. Tu as rajeuni de vingt ans, dit gentiment Mélusine.
  • Tu es gentille et pourtant mon miroir m’a dit que c’était Blanche Neige la plus belle. Je venais lui régler son sort à cette mijaurée.
  • Elle est dans le coin ? Je la croyais morte.
  • Moi aussi, mais j’avais tort. Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais elle habite avec des nains dans ta forêt.
  • Tiens donc. Je ne le savais pas. Il faut dire que je sors très peu et que j’ai rarement des visites. Je me change aussi et on y va. Swatch et Smart, rentrez à la maison. Je n’ai plus besoin de vous pour l’instant. J’amène la reine chez elle et je vous retrouve plus tard.
  • D’accord. Est-ce qu’on peut chasser en chemin ? demanda Swatch.
  • Vous voulez chasser quoi ?
  • Ben, n’importe quoi. Si on trouve un chasseur ou un chercheur de champignons, on pourrait l’inviter à dîner.
  • Ça m’étonnerait que vous trouviez grand-chose en cette saison. La chasse est fermée et ce n’est pas la saison pour les champignons. Enfin, vous pouvez tout de même chercher, mais soyez là pour le souper.
  • On y sera, promis ! répondit Smart.

Et les deux goulottes partirent ventre à terre.

  • Tu es sûre qu’elles vont revenir ?
  • Oui, je les ai eues quand elles étaient bébés. Pour elles, je suis leur mère. Allez hop, j’y vais.

Mélusine prononça alors la formule magique lui permettant de se changer en dragon. Malheureusement, comme elle la dit à voix basse, nous ne pouvons vous communiquer cette formule qui vous aurait permis de briller en société.

En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire et encore pour l’écrire, Mélusine se transforma en un superbe dragon vert, d’une trentaine de coudées de long et de dix coudées de haut au garrot. (On vous aide : à peu près quinze mètres de long, quatre mètres cinquante de haut et une dizaine de mètres d’envergure).

  • Tu es un dragon superbe.
  • Une dragonne. Tu n’as pas vu ma poitrine ?
  • Mince, c’est vrai ! Huit splendides mamelles.
  • Et elles sont fermes. Pas d’artifice, pas de silicone ni de magie. Attention, tu ne bouges plus, je te prends dans mes pattes avant. Tu me dis si je te fais mal.
  • Serre un peu moins, tu appuies sur ma jambe.
  • D’accord. Tu es bien ?
  • Oui, parfait.
  • On y va !

La dragonne commença à battre des ailes, lentement d’abord, puis de plus en plus vite.

  • Attention, on décolle.
  • C’est merveilleux de pouvoir faire un décollage vertical. Par rapport au balai, c’est un progrès.
  • Bien sûr. Mais ça ne s’apprend pas du jour au lendemain. Tu vois ce décollage en douceur. Quelle technique !
  • Ça va les chevilles ? C’est vrai que c’était superbe.

En effet, la dragonne décolla doucement. Elle n’avait pas, évidemment, la grâce du colibri, mais elle avait plus d’allure qu’un avion à décollage vertical. Elle prit un peu d’altitude et commença à avancer en direction de la forêt. Tout en prenant de l’altitude, elle vira pour prendre la direction du château.

Déjà, les chiens se mettaient à hurler dans le jour naissant mais, en quelques battements d’ailes, la dragonne était à plus de trois cents pieds. Elle dépassa rapidement Ploucornec et accéléra en direction de l’est.

  • Je ne vais pas trop vite ?
  • Non fonce, j’ai hâte d’être dans mon lit.
  • D’accord, on y est dans dix minutes. Je monte à deux mille pieds, on n’effraiera pas tes sujets. Préviens-moi si tu as froid. J’ai le chauffage central.
  • Pas de plaisanteries stupides. Je ne suis pas ignifugée.
  • Détends-toi et admire le paysage.

La dragonne avait raison, à cette hauteur, dans le soleil levant, la campagne bretonne était merveilleuse. Pratiquement aucun bruit ne venait du sol et la reine était bercée pas le flap-flap des ailes de son amie. Bientôt, le château fut en vue. Malgré le jour naissant, il resplendissait de lumières.

  • C’est joli les éclairages de ton château. Tu fais des sons et lumières ?
  • Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Mais tu as raison, toutes les fenêtres sont éclairées et il y a un grand feu dans la cour. Accélère, j’ai hâte de savoir ce qui se passe. Fais un tour au-dessus que je me rende compte à quoi ça rime.
  • Tes désirs sont des ordres, ma chère Léonie.

Le spectacle qui s’offrit aux yeux de la Reine la stupéfia. Tout le château profitait de son absence pour se livrer à une monstrueuse fête ! Au milieu de la cour centrale, un feu monumental avait été allumé et les flammes éclairaient une vision dantesque. Contre les murs, des futailles de ses meilleurs vins avaient été mis en perce. Elle vit avec horreur les palefreniers avaler des setiers d’un excellent château Margaux. Plus loin, les maréchaux-ferrants engloutissaient des hanaps d’un merveilleux « La Tâche » et, à côté, les cuisiniers sirotaient sans retenue un remarquable château Cheval Blanc. Comme si cela ne suffisait pas, des amphores qu’elle n’identifia pas, mais dont le nombre manqua la faire défaillir, rafraîchissaient dans des seaux.

Deux bœufs avaient été mis en broche et tournaient devant le feu en attendant d’être rôtis à point. Pour distraire la joyeuse assistance, des musiciens s’étaient installés sur le balcon de sa propre chambre et jouaient des gavottes endiablées. La moitié de ses domestiques dansait, tandis que les autres se goinfraient et sacrifiaient à Dionysos.

La Quête du Saint Graal Tome 1 Chapitre 9
  • Mélusine, pose-moi, mais nettoie cette cour au lance-flammes auparavant.

Mélusine, brave fille, se contenta de souffler le bûcher d’un jet de flammes puissant et précis. Ce fut suffisant. Tous cessèrent immédiatement leurs occupations et s’égayèrent dans toutes les directions.

  • Chambellan ! Capitaine ! Au pied, tout de suite ! hurla la reine, tandis que la dragonne se posait à côté du brasier.

Seuls des bruits de course éperdue répondirent à cette injonction comminatoire. Avisant le garde le plus proche qui dévorait un gigot d’agneau, elle l'appela:

  • Trouve-moi le capitaine ou tu finis la nuit en crapaud pustuleux !
  • Ouiiiiiiiii, ma, ma, ma reine, bredouilla-t-il et il partit en sautant comme une grenouille vers le fond de la cour.

Le garde revint bientôt, tenant son gigot d’une main et le capitaine de l’autre. Sans le secours de son garde, ce dernier n’aurait pas pu se déplacer, ses jambes flageolantes ondulaient en tentant de suivre son corps tiré par le col. Le garde lâcha son fardeau au pied de la reine et détala vers la cave la plus lointaine. Le capitaine s’affala comme une chique en émettant un rot sonore et odoriférant, puis il continua son somme.

  • Je vais devenir folle, hurla la reine.
  • Calme-toi, Léonie, ce n’est pas bon pour tes liftings. Tiens, regarde aux murailles. Tu as des gardes qui sont en uniforme et qui ont l’air à jeun. J’en appelle un. Sergent, descends ! cria-t-elle en désignant un jeune sous-officier.

Celui-ci qui, malgré sa jeunesse, avait compris la dangerosité de la situation ainsi que les opportunités, sauta immédiatement dans la cour au risque de se rompre les os. Il se redressa d’un bond et, se plantant à six pas de la reine, se mit au garde à vous et la salua en hurlant :

  • Sergent La Fève au rapport. Chef du quatrième groupe, seconde section, compagnie royale des gardes, à vos ordres Majesté.
  • Bien, petit ! Sais-tu où est le chambellan ?
  • Oui, ma reine, dans la cinquième oubliette.
  • Qu’est-ce qu’il fait là-dedans ?
  • Il y a été poussé.
  • Par qui ? Pourquoi ?
  • Par le capitaine et le bourreau. Le chambellan ne voulait pas que les autres fassent la fête comme ça.
  • Brave chambellan. Et toi, pourquoi ne faisais-tu pas la fête ?
  • J’étais de garde, Majesté.
  • Hé bien ! Tu as eu de la veine, Capitaine La Fève ! Tu prends le commandement de la garde du château à partir de maintenant. Ecoute mes ordres et exécute-les sur l’heure. Tout d’abord, fais clore et garder toutes les issues du château. Personne ne doit sortir sous peine de mort. Ensuite, fais rassembler par tes gardes tout le personnel du château dans la cour. Puis, tu arrêtes le bourreau, tu nommes à sa place le moins ivre de ses aides et, avec lui, tu décimes tout le personnel. Mort par le pal. Tu as compris ?
  • Oui, je décime par le pal tout le personnel.
  • Ne sont pas comptabilisés dans la décimation, le chambellan que tu fais libérer et que tu m’envoies, le capitaine qui doit obligatoirement être empalé ainsi que le chapelain et surtout le bourreau. C’est clair ?
  • Tout à fait clair Majesté. J’empale le chambellan et je vous l’envoie. Pour les autres, j’ai un doute.
  • Mais non, triple buse. Tu empales les autres et tu m’envoies le chambellan.
  • Le chambellan, empalé ou non ?
  • NON ! Vivant, sinon c’est toi que j’empale ! Compris ?
  • Entendre c’est obéir, ô ma reine, répondit La Fève, en claquant des talons.
  • Je vais dans ma chambre, envoie-moi une chambrière. A jeun, je précise. Mélusine, peux-tu me porter dans ma chambre, s’il te plaît.
  • Oui, mais je dois me changer, sinon je ne passerais pas les portes.

Après avoir posé la reine délicatement sur le sol, Mélusine s’apprêta à reprendre son apparence de jolie femme. Mais la reine hurla avant :

  • Ouïe, Ouaïe, Ouïouïe, Mélusine, il y a des braises là-dessous.
  • Mince et Zut. Excuse-moi, je n’avais pas fait attention. Ça fume, attends, je vais souffler pour éteindre.
  • Noooon ! Ne souffle pas.
  • Ah, oui, vite les fesses dans l’eau. Voilà ça va ma grande ?
  • Une jambe cassée, les fesses brûlées, mon château saccagé, mon meilleur vin bu, Blanche Neige toujours vivante et tu me demandes si ça va ! Mais c’est ma mort que tu veux ?
  • Reste calme, je me change, je t’amène dans ta chambre et je te soigne. On verra pour le reste des ennuis plus tard. Chaque chose en son temps.

Quelques minutes plus tard, la reine était à plat ventre sur son lit tandis que Mélusine lui tartinait les fesses avec un onguent à base de pavot.

  • Ça devrait te faire moins mal.
  • Oui, ça soulage, mais comment est la brûlure ?
  • Pas très belle, la peau est brûlée profondément. Ce qu’il te faudrait c’est un guérisseur qui t’enlève cette brûlure.
  • Tu en connais ?
  • Ben oui, en bordure de la forêt, à Ploucornec, il y a la mère Denis.
  • C’est trop loin, je n’attendrai pas qu’on me l’amène. Passe-moi mon miroir, je vais me soigner toute seule. Je sais enlever les brûlures, moi aussi.

Mélusine prit le miroir et le tint de façon à ce que la reine puisse apercevoir le bas de son dos. En veine d’espièglerie, elle demanda :

  • Miroir, dis-moi qui est la plus belle ?

Le génie du miroir apparut en baillant, visiblement toujours de mauvaise humeur.

  • C’est quoi encore ? Vous avez vu l’heure ? Je ne me lève pas comme les poules, moi. J’ai des horaires normaux. Qu’est-ce qui se passe encore ? J’espère que c’est pour une urgence. Mais qui es-tu ? Je ne te connais pas, dit-il au postérieur de la reine.
  • Imbécile, tu parles à mes fesses. Rendors-toi, on ne t’a pas sonné.
  • Faudrait voir à être polie. Je n’ai pas rêvé, si tu fais un faux numéro, faudrait s’excuser. Mais moi à ta place, si j’avais un derrière comme tu as la figure, j’aurais honte à caguer.
  • Nom de Zeus ! Elles ne sont pas belles mes fesses ?
  • T’excite pas Léonie ! Mille excuses, Messire le génie, pour cette erreur.
  • Ouais, ça va pour cette fois. Mais on vérifie avant d’appeler pour ne pas déranger ceux qui dorment. J’ai eu une sale nuit, avec l’autre affreuse qu’arrête pas de me questionner. Allez, je me recouche. Ciao !
  • Ce n’est pas vrai ! On n’est plus servi. Si je pouvais, il passerait un sale quart d’heure, tout génie qu’il est.
  • Voyons, voyons, Léonie, calme-toi. Tu dois garder des forces pour te soigner.
La Quête du Saint Graal Tome 1 Chapitre 9
  • Oui, tu as raison. Incline un peu en bas à gauche ! C’est pas beau en effet, c’est bien brûlé. Il va falloir que je me concentre. Bon allons-y. Soignator ! Usor ! Dilapidator ! Dentor ! Concisor ! Devorator ! Seductor et Seminator ! Semeurs de brûlures, qui êtes ici dans mon royal séant, vous qui infusez le feu et propagez les flammes, je vous en conjure et vous l’ordonne, par la grande ténébreuse et son époux cornu, allez, partez et volez ! Faites ce que je vous commande !

En quelques secondes, des fesses craquelées et rougies de la reine s’élevèrent de vilaines fumées noires. Quand elles se dissipèrent, les fesses étaient redevenues lisses et blanches comme celles d’un nouveau né.

  • Tu es forte, Léonie. Il n’y a plus rien.
  • Oui, mais je suis crevée. Est-ce que la chambrière est arrivée ?
  • Oui, elle est sur le pas de la porte et tremble de peur.
  • Ça ne m’étonne pas, elle doit avoir pas mal de choses à se reprocher. Arrive ici, petite. Ah, c’est toi, Ninon. Va vite me chercher de quoi me restaurer, j’ai besoin de reprendre des forces. Tu demandes aux cuistots de préparer un petit en-cas pour deux. Tu prendras bien quelque chose, Mélusine ?
  • C’est pas de refus, le vol ça creuse.
  • Allez, cours petite !
  • Ouuiiiiii, ma, mama, majesté.
  • Elle a du en faire de belles tout à l’heure pour être aussi craintive, celle-là.
  • Il faut dire qu’avec ce qui se passe actuellement sur les murailles de ton château, elle ne doit pas être trop rassurée, intervint Mélusine qui s’était approchée de la fenêtre d’où parvenaient des hurlements effroyables.
  • Ce doit être les empalés. Je n’ai jamais compris pourquoi les gens qu’on exécute se croient obligés de hurler comme des porcs. Est-ce qu’ils ont moins mal en braillant ? Non, alors, qu’ils se taisent ! A force, tous mes bourreaux deviennent sourds comme des pots ou font des dépressions nerveuses. J’ai un renouvellement incroyable. J’ai été obligée d’aller à Béthune pour recruter le dernier. Aide-moi à me retourner sur le dos, je mangerai un morceau dès que la gamine sera de retour et je m’occuperai de ma jambe ensuite.
  • Tu peux ressouder l’os ? Moi, je ne sais pas le faire.
  • Moi, si ! Je vais faire une colle et immobiliser avec une attelle. Avec des calmants, de la bonne nourriture et du repos, je reprendrai une activité normale dans un jour ou deux.
  • Avec quoi comptes-tu faire ton attelle ? Je peux déjà te la préparer.
  • On demandera à un menuisier de la faire. Tiens, Ninon, tu as été rapide. Que ramènes-tu de bon ?
  • Oh, pas grand-chose, Majesté, juste un bout de pain, du fromage et une amphore de vin rouge. Il n’y avait personne aux cuisines et celles-ci ont été pillées cette nuit.
  • Et les cuistots, où sont-ils ? Hein ?
  • Ben, il n’y a personne, c’est pareil dans tout le château. Ceux qui ne sont pas en train de se faire empaler se cachent au fond des caves ou s’enfuient en sautant des murailles. Il y a plein de noyés dans les douves. C’est terrible.
  • Mais, comment ça se fait ?
La Quête du Saint Graal Tome 1 Chapitre 9
  • Il faut dire, ma vieille, que le spectacle a de quoi glacer le sang, dit Mélusine du balcon. Ton bourreau n’y va pas de mainmorte, il en a déjà empalé près de deux cents et ça continue. En revanche, il travaille comme un cochon, ses brochettes sont horribles. Il n’est pas fichu de les enfiler dans l’axe. Ce n’est pas vrai, il y en a même à l’envers !
  • Nom de Zeus. Il ne va pas m’embrocher tout le château ce zèbre-là. Ninon, cours vite voir le nouveau capitaine, qu’il arrête l’empalage et qu’il se pointe au trot avec son bourreau.
  • Oui, majesté. J’y cours. Je vais essayer de sauver des copines.
  • Mais qu’est-ce qu’ils m’ont foutu ces deux imbéciles. Punaise, on n’est jamais servi correctement. Je ne peux quand même pas tout faire, nom d’un chien. C’est pas difficile ce que je leur demande. Ils n’ont pas à réfléchir, juste à exécuter. Et les autres qui s’enfuient, qui quittent une si bonne place où ils sont bien payés.
  • Ah oui ? Tu me surprends.
  • Ouais, bon, passons. En tout cas bien nourris, tu as vu tout à l’heure, bien logés, regarde le cadre. Tout le monde n’a pas la chance d’habiter un château qui est splendide et d’époque. Il y en a qui payent des fortunes pour ça. Eh bien, chez moi, c’est gratis.
  • Arrête, tu vas me faire pleurer. Ton discours attendrirait la pierre et ton château fondrait. En tout cas, tu auras des difficultés à renouveler ton personnel. Tous ces empalés, ça ne va pas te faire de la pub.
  • Bon, charrie pas ! Ils se dépêchent les deux autres, je vais m’énerver.

Après de longues minutes, occupées par Mélusine à tenter de calmer son amie, le chambellan fit son apparition.

  • Oh ma reine, dit-il en se jetant à ses pieds. J’ai tout essayé pour les retenir, mais ils étaient déchaînés. Ils m’ont battu et m’ont jeté dans cette oubliette. J’ai cru mourir. Heureusement que vous êtes rentrée vite.
  • Oui, je n’aurais jamais pensé que le capitaine et le bourreau nous trahiraient.
  • Moi non plus, Majesté. Autrement oui, mais pas comme ça.
  • Comment autrement ? Qu’est-ce que tu veux dire ? Tu étais au courant ?
  • Non, Majesté. Mais il arrive parfois que le petit personnel récrimine, aussi je m’attendais à autre chose.
  • A quoi ? Bon sang.

Cette passionnante conversation fut interrompue. Le capitaine suivi d’une cagoule sur pattes, fit son entrée en courant. Tous les deux étaient couverts de sang.

  • Vous nous avez demandés, Majesté ? A vos ordres. Ah, Majesté, la servante, qui est venue nous chercher, vous a quittée.
  • C’est pas vrai ? Pourquoi ?
  • Ben, elle a glissé dans une flaque de sang et a basculé dans les douves. Elle a coulé à pic.
  • Mince. Tu iras m’en quérir une autre, imbécile.
  • Ben, entre celles qui se sont noyées et les empalées, je crains qu’il n’en reste pas en état de vous servir.
  • Nom de Zeus de nom de Zeus. Qu’est-ce que tu m’as fait comme carnage. Et qu’est-ce que c’est que cette cagoule ?
  • Le nouveau bourreau, Majesté, répondit La Fève en soulevant la cagoule qui dévoila un gamin tout souriant, aux incisives centrales supérieures largement espacées.
  • Mais, il a quel âge ?
  • J’aurions dix ans à la Saint Michel, répondit le môme.
  • Un bourreau de dix ans ! Tu n’as pas trouvé mieux, imbécile ?
  • Ben non. Tous les aides bourreaux étaient torchés, il ne restait que Nicolas, ce jeune apprenti. Il connaît pas grand chose, c’est pas du travail précis, mais il est plein de bonne volonté.
  • Au moins, il ne boit pas. C’est bien mon petit.
  • Ben, j’aurions ben voulu, mais la grosse Marie, la cuisinière, elle m'a forcé à tourner la broche. Moi, un apprenti bourreau !
  • Oh, ça suffit. Alors, il paraît que tu as fait un vrai massacre.
  • J’vous raconte pas. Pour un début, c’est un sacré début. J’étions apprenti seulement depuis les rameaux. J’avions pas encore vu beaucoup d’empalages. Comme disait le bourreau, à Pâques, c’est la morte saison. J’ficelions seulement les condamnés et, encore, que les petits. Mais aujourd’hui, je m’suis rattrapé, j’avions abattu un sacré boulot. Heureusement que les gardes m’ont aidé, car les condamnés étaient ben trop lourds pour moué. C’était pas facile sans rien voir, car cette saleté de cagoule est trop grande. J’avions pas les yeux en face des trous. J'ai planté à l’aveuglette, mais le principal c’est qu’ils soient embrochés, quel que soit le trou. Il y en a même par les oreilles. D’accord, c’est pas du travail d’artiste, c’est du travail d’apprenti, mais le travail est fait. On a presque fini.
  • Quoi ?
  • J’savions pas compter, mais il en reste pas plus que les doigts de mes mains.
  • Sergent, comment se fait-il qu’il y ait plus de deux cents empalés sur les murailles de mon château ? questionna la reine d’une voix cinglante.
  • Je ne suis plus capitaine ?
  • On verra. Pour l’instant, réponds !
  • Ben, j’sais pas, Majesté. Moi, j’ai décimé.
  • Ne me raconte pas de bêtises. Il y a environ deux cent cinquante personnes qui vivent dans le château. Si tu décimes normalement, en tuant un sur dix, ça doit faire vingt-cinq empalés. Seuls les journalistes croient que décimer, ça veut dire : tuer tout le monde. Tu ne sais donc pas compter ?
  • Si, mais pas très bien. Je sais compter que jusqu’à deux, j’en ai mis deux de côté et tous les autres au pal. L’important, c’était de décimer. Le chapelain a voulu ramener sa science, on l’a trucidé le premier avec le bourreau, le gamin avait un compte à régler.
  • Tu m’as tué tout le monde ? Triple âne. C’est pas possible, comment se fait-il, que, toi un sergent, maintenant simple soldat, tu ne saches compter que jusqu'à deux ?
  • C’est ce que l’on nous demande à l’examen d’entrée de l’école des sergents, c’est suffisant pour marcher au pas. A Un, c’est le pied gauche qui se pose, à Deux c’est le droit, ça suffit ! On sait compter pour marcher au pas.

La reine avant de s’effondrer dans ses oreillers eut encore la force de crier :

  • Journaliste !

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