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Littérature


Rose raconte sa vie

Publié par François d'Auberoche sur 18 Avril 2013, 10:14am

« Je suis née le vingt Septembre Mil huit cent quatre-vingt, commença Rose, à Lavaveix-les-Mines dans la Creuse. Un pays maudit où les gens meurent jeunes, ils se tuent à la tâche ou la mine les tue. Lavaveix, que les habitants prononcent lavavè, a été créée récemment de toutes pièces pour exploiter le charbon.

Ce n’est pas un bon charbon, (30% de cendres) il faut le trier et le laver pour éliminer les déchets. C’est le travail des femmes et des enfants (autrefois). Mon père, Antoine LAGRANGE, travaillait au fond, il faisait partie des piqueurs, qui sont les ouvriers les mieux payés. C’était le deuxième époux de ma mère, Françoise. Il est mort à quarante-cinq ans de silicose.
Son premier mari, Jules, était boiseur, c'est-à-dire chargé du maintien du toit des galeries. Il est mort à vingt-neuf ans, victime d’un éboulement du toit. Comme les travaux de boisage ne sont pas payés, les boiseurs ne mettent pas suffisamment de poutres ni de poteaux.
Ma mère est morte à soixante ans dans un hospice, je ne l’ai su que l’année dernière lorsque j’ai voulu me marier. Ma sœur aînée Marie est morte à huit ans, j’en avais quatre.
Il y a d’autres métiers épuisants dans la mine et mal payés : les chargeurs qui remplissent les wagonnets de charbon, les rouleurs qui les poussent jusqu’à ce que les chevaux les tirent, les palefreniers qui soignent et guident les chevaux devenus aveugles, les manœuvres chargés de toutes les besognes de force, les pompiers qui évacuent l’eau des galeries et les encageurs qui font sortir le charbon par les ascenseurs.
Les salaires sont les plus bas de France et tiennent compte de la hiérarchie : de moins de 4 francs par jour pour les piqueurs, à 1 franc pour les trieuses. Celles-ci sont vêtues de robes et de bas noirs, portent un grand chapeau noir à voilette épaisse pour se protéger de la poussière de charbon. Elles sont appelées les « modistes » car ce sont elles qui les confectionnent.
La ville de Lavaveix-les-Mines a été créée très vite autour de la mine. C’était en en 1850 un lieu-dit avec une seule maison. Juste avant ma naissance, vers les années 1860 à 1870 il fallut loger plus de 4.000 personnes qui arrivèrent de la Creuse, mais aussi de toute l’Europe.
Deux compagnies exploitent les mines, ils ont construit des immeubles, surnommés «casernes », en brique avec des traverses de chemin de fer en guise de poutres. Ces «casernes » ont un étage et chaque immeuble abrite huit familles. Chaque famille a droit à trois pièces sur une surface de quarante-quatre m2, l’eau et les toilettes sont dehors dans un petit jardin, que l’on a intérêt à cultiver si l'on ne veut pas crever de faim.

Puits Sainte Barbe

Puits Sainte Barbe

Les trieuses de charbon nommées modistes.

Les trieuses de charbon nommées modistes.

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