Ce fut suivi d’une volée de flèches qui tuèrent net toutes les dryades présentes dans la clairière. L’on vit alors apparaître les tireurs. C’étaient de gigantesques hommes-oiseaux, des hommes et des femmes au corps d’athlète avec d’immenses ailes d’aigle dans le dos. Quatre d’entre eux se posèrent dans la clairière et vinrent délivrer les prisonniers. Les autres hommes-oiseaux fouillaient tous les arbres et mettaient systématiquement à mort les dryades. Aucune ne fut laissée vivante.
L’homme-oiseau qui vint délivrer Antoine avait sur son épaule gauche, accroché à sa tunique, un écureuil qui éclatait de rire. C’était le petit copain d’Antoine qui était venu lui porter secours. Chacun des membres de sa famille se trouvait également sur l’épaule d’un des hommes-oiseaux. Tous, blonds aux yeux bleus, dépassaient les deux mètres de hauteur et l’envergure de leurs ailes repliées, devait atteindre quatre mètres. Le sauveteur d’Antoine prit la parole :
- Salut Antoine ! Je suis Philopoulia[1], le roi des aétiades*. Ces écureuils sont venus prévenir les naïades qui ont donné l’alarme. Zeus nous a envoyé pour faire cesser cette abomination. L’union d’une dryade avec un homme a créé cet horrible peuple anthropophage. Nous allons vous ramener à vos parents et conduire ces criminels dans les enfers pour y être jugés.
Un autre aétiade prit la parole :
- Salut Basile ! Toi qui as un nom royal*. Tu as gagné ton pari, à ton réveil tu seras récompensé.
- Quel réveil ? répondit Basile.
- Nous allons vous endormir, dit le troisième homme-oiseau qui était devant Claire. Nous sommes désolés Claire, toi qui fut si vaillante. Mais nous ne pouvons pas vous laisser des souvenirs de notre existence.
- En outre, intervint le quatrième aétiade. Nous voulons t’éviter des ennuis, Adeline. Tu n’auras pas à mentir pour protéger le secret de notre existence. Nous allons effacer tous les souvenirs de votre aventure. Ce sera aux autorités de chercher et de se poser des questions.
- Cela vous évitera aussi, précisa le premier homme-oiseau, d’avoir des cauchemars, de rêver des dryades, des nains ou du silure.
- Et mon ami l’écureuil ? demanda Antoine.
- Oh oui ! s’exclama Basile. Ma petite copine écureuil va m’oublier ?
- Bien sûr, répondit le premier homme-oiseau. Eux-aussi oublieront les dryades et votre séjour, mais nous leur rendrons leur fils.
- Que deviendront les revenants ? demanda Claire.
- Ils sont déjà en route pour le repos éternel. Ils l’ont bien mérité !
- Avant de nous endormir accordez-nous une faveur, demanda Adeline.
- Laquelle ? demanda l’aétiade. Si c’est en mon possible.
- Portez-nous à la marina avant de nous endormir ! J’aimerais profiter de ce vol et les enfants aussi, sans aucun doute.
- Oh, oui ! dirent ensemble Antoine, Basile et Claire.
- J’accepte, mais vous l’oublierez ensuite.
- Peut-être, répondit Adeline. Mais qui sait ?
[1] Ami des oiseaux en grec.
Le survol de ce magnifique plan d’eau par une belle matinée du mois de juin était un enchantement. A cette altitude, les passagers avaient une vue d’ensemble sur le beau lac d’Hourtin. Bien tenus par les bras puissants des hommes-oiseaux, ils n’éprouvaient aucun vertige et pouvaient profiter tout à loisir de ce vol silencieux. Ils admirèrent en-dessous d’eux quelques mouettes qui survolaient le lac. L’eau de celui-ci, pure et transparente, était sillonnée par quelques voiliers qui tiraient des bords. On voyait quelques poissons, moins gros que ceux qui les avaient portés au début de cette aventure. Bientôt ce fut la fin du lac d’Hourtin, les aétiades survolèrent la forêt pendant cinq minutes et arrivèrent à celui de Lacanau.



