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Littérature


La Quête du Saint Graal Tome 1 Chapitre 5

Publié par François d'Auberoche

La Quête du Saint Graal Tome 1 Chapitre 5

Où notre héros découvre les bienfaits de l’hydrothérapie,
puis les us et coutumes des repas chez les nains.

Galaad, guidé par les nains, les suivit aux bains. Il y régnait une chaleur tropicale et l’on n’y voyait pas plus loin que le bout de son nez, tant il y avait de vapeur.

Prof présenta l’ensemble au héros.

  • Lorsque j’ai voulu construire cette maison il y a plusieurs centaines d’années, j’ai fait venir le meilleur architecte local. C’était un Romain qui nous a fait cette belle villa et réalisé ces bains. Nous avons tout le confort, avec plusieurs salles : laconicum (bain de vapeur), caldarium (piscine chaude), tepidarium (massage) et frigidarium (piscine froide). Nous avons seulement rajouté une option au laconicum, soit chaleur sèche soit bain de vapeur. C’est là où nous sommes. Après une journée de travail à la mine, cela nous décrasse et nous revivifie.
  • C’est possible, mais il faut que je sorte tout de suite. Je vais me trouver mal, je cuis sous ma cuirasse. Et tout va rouiller si je reste cinq minutes de plus.
  • Tu as raison, viens te déshabiller à côté. Joyeux, rapplique avec Dormeur et un ouvre-boîte.
  • Je vous en sais gré, messires, surtout que ma cuirasse a reçu quelques coups qui l’ont quelque peu cabossée, ce ne sera pas facile d’en sortir. Après, j’aurais du travail pour la remettre en état.
  • Pas de problème, viens à l’atelier, Grincheux te la redressera. C’est le meilleur d’entre nous à la forge.

L’atelier était immense et remarquablement bien outillé : pont élévateur, tour, forge, banc de contrôle, cabine de peinture, etc.

Prof fit mettre Galaad sous un palan, en lui disant :

  • Ça ne sert à rien de se fatiguer lorsque l’on est bien équipé. Laisse-nous faire, nous sommes des spécialistes en armement.
  • Je sais, c’est d’ailleurs un nain, le nain Oban qui a forgé Lagavulin ma fidèle épée.
  • Tu connais Oban ! Comme le monde est petit ! Nous avons fait des études ensemble autrefois. C’était il y a bien longtemps. Et, comment va-t-il ?
  • Il y a dix ans, il allait très bien, il vit dans l’île de Skye, une île à peu de distance de la côte, à l’ouest de la Calédonie. C’est joli, mais il pleut quand même beaucoup. Il souffrait d’ailleurs d’arthrose.
  • Je me demande bien pourquoi il est allé se retirer dans un trou pareil. Il était du sud de l’Armorique. Il doit avoir le mal du pays.
  • Pas du tout, il s’est installé là, car la distillerie locale fait une eau de vie dont il raffole. J’y ai goûté, c’est très bon, un peu fort et un peu trop iodé à mon goût. Mais je ne suis pas un connaisseur.
  • C’est vrai qu’il était un peu porté sur la dive amphore. Je me souviens de notre soirée de fin d’études, je n’étais pas frais, mais lui, il s’en tenait une fameuse, il prétendait même voir triple.
  • Tu ne nous en as jamais parlé, Prof, dit Dormeur, que tout le monde croyait endormi, cela doit être intéressant.
  • Une autre fois, on n’a pas que ça à faire. Au travail.

Grâce à l’aide efficace des nains, Galaad fut extirpé de sa cuirasse plus vite qu’un escargot de bourgogne de sa coquille. Blanche Neige survint alors et se boucha le nez.

  • Quelle horreur Galaad, il y a combien de temps que ces vêtements n’ont pas été lavés ? C’est une puanteur. Oh ! Ta chemise, pleine de rouille ! Pour la ravoir, je vais m’amuser. Allez, enlève-moi tout ça, j’allais faire une lessive, un de plus, un de moins. Je prends tout et vite, j’attends !
  • Si tu veux bien attendre dehors, s’il te plaît.
  • Oh là, là, j’en ai vu d’autres, mon pauvre ami, depuis le temps que je vis avec sept garçons. N’aie pas peur, je me retourne, pour préserver ta pudeur.

Galaad se déshabilla rapidement et posa ses vêtements sur un tabouret. Il dissimula sa nudité derrière sa cuirasse quand Blanche Neige se retourna pour prendre les habits.

  • Alors, chevalier, tu es pudique ! C’est gentil, bon j’emporte tout ça.

Et elle partit aussi vite qu’elle était entrée.

  • Elle aurait pu frapper, dit le héros.
  • C’est une curieuse, comme toutes les filles, répondit Joyeux qui entraîna le chevalier vers le laconicum.

Poussé par les nains il dut en gravir les marches, où, à chaque degré, il avait l’impression de respirer de l’acier fondu de plus en plus chaud. Maintenu par quatre nains, il dut endurer ce supplice pendant plusieurs minutes qui lui parurent des heures. Enfin, on le fit descendre.

A ce moment Galaad crut défaillir. Les nains venaient de le balancer dans une cuve d’eau bouillante. Il en sortit en hurlant, aussi rouge qu’une écrevisse. On l’allongea sur une table. Là, il fut savonné, étrillé, récuré et massé par des dizaines de mains, tous les recoins de son corps furent nettoyés avec minutie.

Il fut ensuite saisi et replongé dans l’eau chaude d’où il sortit en courant pour être plongé aussitôt à trois reprises dans une cuve d’eau froide tandis qu’il était frotté par d’innombrables brosses. Ensuite on le projeta dans une cuve glacée, située en dehors de la maison. Il y fut maintenu de force plusieurs minutes pendant lesquelles il crut mourir. Enfin, il fut tiré par des mains compatissantes qui l’enveloppèrent dans une serviette et le firent rentrer.

Galaad avait la tête qui tournait un peu, mais se sentait en pleine forme. Les nains conduisirent Galaad dans leur chambre afin qu’il puisse s’habiller. C’était un grand dortoir de plus de dix pas de long et quatre de large, avec quatre lits en bois d’un côté et trois de l’autre. Entre chaque lit il y avait une armoire, un coffre et un tabouret ; au centre de la pièce se trouvait une grande table, avec des chaises en bois tout autour. L’ensemble fleurait bon l’encaustique. Un détail amusa Galaad, au pied de chaque lit était gravé le surnom de l’occupant.

  • Pas mal votre chambre, dit le chevalier, ça me rappelle, en plus petit, le dortoir de l’école des chevaliers. Mais avec une maison aussi grande, pourquoi n’avez-vous pas fait une chambre pour chacun ?
  • C’est plus drôle de vivre ensemble, répondit Joyeux. Le soir, on peut se raconter des histoires, jouer aux cartes ou faire des batailles de polochons.
  • Et, si je ne suis pas indiscret, pourquoi chaque lit porte gravé votre surnom ?
  • Pour ne pas se tromper les soirs de grand vent.
  • Les soirs de grand vent ?
  • Oui, quand la nourriture a été plus liquide que solide et que nos lits font la toupie.
  • Je comprends, mais il n’y a pas de lit pour moi. Bof, j’irai dormir à l’écurie. Je suis habitué à la dure.
  • Mais non, intervint Prof, on te fera un lit dans mon bureau, tu y seras très bien. Le seul problème, c’est que Blanche Neige doit le traverser pour aller à sa chambre. Quand elle est arrivée nous lui avons aménagé deux pièces pour elle, chambre et boudoir, à l’endroit le plus facile qui était à la suite de mon bureau. Mais, ne t’en fais pas, elle ne te gênera pas : elle ne ronfle pas. Pour l'instant, changeons-nous. Ce soir, nous allons faire la fête, il faut être beau.

Un peu plus tard, la grande salle commune, longue de dix pas et large de 5, bourdonnait comme une ruche, il y régnait une chaleur d’enfer. Gourmand était devant la cheminée, large de 2 pas et haute de 8 pieds, 2 palmes, (une grande cheminée). Gourmand surveillait la cuisson des trois porcelets enfilés sur une broche. Il les arrosait régulièrement avec la sauce qu’il recueillait dans la lèchefrite. Timide, assis sur un tabouret, était préposé à la rotation du tournebroche. Comme les flammes étaient gigantesques, ils crevaient de chaud et de soif. Gourmand, en nain bien élevé, avait demandé à Galaad ses préférences :

  • Quel vin préfères-tu boire avec les porcelets ?
  • Un vin léger ira très bien.
  • Un vin de Loire, ça te va ?
  • J’aime beaucoup, répondit le héros. J’ai d’ailleurs bu à midi un splendide Saumur Champigny.
  • Alors, on va changer pour un Beaujolais. Un Brouilly sera parfait.

Maintenant Gourmand et Timide se désaltéraient en se versant régulièrement de grandes rasades de Brouilly. L’effet en était déjà visible : Gourmand avait tendance à arroser à côté des gorets et Timide ne respectait plus un rythme régulier. Vu la conversation nourrie qu’il avait avec Gourmand, sa timidité habituelle l’avait bel et bien quitté.

Blanche Neige, s’était changée. Elle portait une robe longue bleu pâle, fermée par deux belles fibules[1] d’or cloisonnées de brillants. Deux autres fibules ansées fermaient la robe à hauteur des hanches. Sa taille était ceinturée par une belle châtelaine d’or fin d’où pendait un énorme diamant gros comme une pomme - La châtelaine, une chaîne, était le symbole de la maîtresse de maison, elle y accrochait les clés - . Blanche Neige, n’avait plus son tablier et avait relevé ses cheveux en chignon, maintenus par une grande épingle d’or, à tête d’oiseau en rubis. Un ravissant collier de perles amincissait encore son cou gracile et de longues boucles d’oreilles en or et brillants pendaient de ses lobes délicats. Pour l’instant, elle dressait la table avec le concours des autres nains. Galaad s’était proposé pour aider, mais on lui avait dit aussitôt :

  • Qu’il ne savait pas où était les affaires.
  • Qu’il était trop grand et qu’il risquait de gêner.
  • Que les guerriers avaient plus l’habitude de tout casser que de manier la vaisselle délicate.
  • Qu’il devait donc s’asseoir à côté des deux cuisiniers et ne pas se mettre dans les jambes de tout le monde.

Il alla donc s’asseoir à côté de Gourmand et Timide qui lui confièrent aussitôt l’importante mission de remplir leur hanap. On lui remit aussi un godet qu’il remplit et vida aussitôt, tant la chaleur était grande. Ce qui amena de la part de Timide une réflexion :

  • Maintenant que tu as fini l’amphore, tu as le droit d’aller en chercher une autre. Tu ouvres la porte d’entrée, dehors aussitôt à droite, il y a l’abreuvoir. Il est plein d’amphores. Tu en rapportes une.

Quand Galaad sortit il se rendit compte que la pluie avait cessé, la nuit était très claire, une belle nuit d’été. A la lueur de la lune il aperçut l’abreuvoir et prit une amphore. Celle-ci était glacée. Il vit que l’auge était remplie de blocs de glace entre lesquels flottaient des dizaines d’amphores. En rentrant, il prévint les nains :

  • Ça doit être la chaleur du feu, je ne m’en suis pas rendu compte, mais il fait un froid de canard, dehors. L’abreuvoir est plein de glaçons.
  • Quel niais ! éclata de rire Timide.

Gourmand, qui riait aussi, lui en expliqua la raison :

  • Mais non, il ne gèle pas. C’est de la glace de notre réserve. En hiver, nous découpons des blocs de glace sur les étangs gelés, puis nous les mettons à l’abri, dans la pièce la plus froide de la cave, avec de la paille par dessus. Cela nous permet de boire frais en été.
  • J’en avais entendu parler, dit Galaad. Mais chez nous, nous n’en avons pas besoin. Nous buvons nos boissons tièdes.
  • Même la cervoise ?
  • Surtout la cervoise ! Il faut qu’elle soit à température.
  • Vous êtes des criminels. Et la soupe, tiède aussi ? demanda Gourmand.

Ils furent interrompus par Dormeur qui vint se joindre à eux.

  • Je viens vous aider, dit-il, ils n’ont pas besoin de moi. Et vous ?
  • ça va, assieds-toi et prends un gorgeon. Tu nous tiendras compagnie, ça suffira.
  • T’es un pote, je suis vanné, ils m’ont crevé. Qu’est-ce qu’elle peut être maniaque, cette fille. Et je dois mettre les verres dans un ordre dont je ne me souviens jamais, et je dois mettre la lame du couteau tournée vers l’écuelle, et patati, et patata. Il y a des moments où je regrette le bon vieux temps d’avant son arrivée. On se fatiguait moins quand on rentrait à la maison.
  • Tu n’as pas de mémoire, mon pauvre vieux. C’est elle qui fait le ménage, les lits, lave et repasse les chemises, etc.
  • Tiens Dormeur, prends ma place, dit Galaad, je vais remplacer Timide. Depuis quelque temps il a un problème, il arrive à faire tourner carré le tournebroche.
  • Oui, je, je, sais pas ce, ce, qu’il a, dit-il d’une voix pâteuse et il se leva en titubant.
  • Bouge pas chevalier, dit Dormeur, tu es invité, c’est moi qui vais tourner à sa place.
  • D’accord, dit Gourmand, mais ne t’endors pas sinon les cochons seront brûlés. Tiens, prends un godet avant, ça t’aidera.

Et, il lui servit un bon setier de vin dans un hanap qui ne jaugeait pas loin de l’urne.[2]

  • Tu peux remplir, affirma l’intéressé, le feu, ça donne soif.
  • Bois déjà ça, on verra plus tard.
  • Tu peux me faire confiance, affirma-t-il après avoir sifflé sa coupe, à la vitesse de la lumière.
  • Bien, continua Gourmand, nous en étions où ? Ah oui, Timide va chercher une autre amphore, ça va un peu vite. Je te sers Galaad ? C’est une amphore d’une autre année, goûte et dis-moi ce que tu en penses.

Galaad, après avoir admiré la robe du Brouilly et senti ses arômes délicats, l’humait dans sa bouche, quand, sous les yeux de Gourmand horrifié, il cracha le liquide précieux. Il laissa tomber son hanap dans le foyer et plongea dans la cheminée. Il en ramena Dormeur qui, bercé par la chaleur des flammes et son petit verre, piquait un somme dans les bûches.

Il sortit en trombe avec le nain dans les bras et plongea avec lui dans l’abreuvoir pour éteindre leurs vêtements qui commençaient à brûler.

Timide, une amphore à la main, vint aux nouvelles.

  • Pourquoi vous vous baignez tous les deux, ça ne vous a pas suffi tout à l’heure ? Tout habillé en plus, vous êtes dingues ou c’est un pari ?
  • T’occupe, idiot, dit Dormeur bien réveillé, aide-nous plutôt à sortir. On est coincé.

Ils rentrèrent trempés pour subir les questions de l’assemblée qui, surprise par leur état, voulait savoir ce qui s’était passé. Blanche Neige mit fin rapidement aux explications :

  • Vite, montez vous changer tous les deux. Vous aller attraper la mort.
  • Ce n’est pas la peine, répondit Galaad, quelques minutes devant le feu et je serai sec comme de l’amadou. Je vais tourner la manivelle et cela me réchauffera encore plus.
  • Mais non, Tu vas avoir une fluxion de poitrine ou une pneumonie ou pire. Tu peux en mourir.
  • Le chevalier a la peau dure, intervint Gourmand, et cet abruti de Dormeur aussi. Cet idiot s’est endormi à son poste et a mis en péril la cuisson des porcs. J’ai dû le remplacer à la manivelle tout en continuant à arroser les gorets, ce qui m’a obligé à me contorsionner pour arriver à remplir ces deux fonctions. Tu nous dois le hanap de Galaad, qu’il a lâché pour te sortir des flammes, et le mien, imbécile heureux.
  • Et mon amphore ! Je l’ai lâchée pour les aider, hurla Timide en se précipitant dehors.
  • Dormeur, si l’amphore est brisée, tu n’es pas prêt de dormir de sitôt. Nous allons travailler à ta place, mais au lieu de te sécher tout de suite devant la cheminée comme nous, tu vas nous servir un coup à boire, les émotions, ça creuse.

Heureusement pour tout le monde, l’amphore n’était pas cassée et la cuisson des porcelets se poursuivit sans autre incident. Enfin Gourmand put annoncer :

  • C’est cuit, on peut passer à table.
  • Voyons, dit Blanche Neige. Comment allons-nous nous répartir ? D’abord, Galaad, mets-toi à ma droite, les autres, où vous voulez. Tout le monde est placé ? Oui, Asseyons-nous.
  • Alors, dit Gourmand, je mets les porcelets sur un plat et je les apporte. Joyeux, sers à boire en attendant. Fais-toi aider par cet imbécile de Dormeur, ça l’empêchera de s’endormir.
  • C’est un ordre que j’exécute toujours avec plaisir.
  • Si Dormeur dort, je peux le remplacer, dit Timide avec vivacité.
  • On le sait que tu aimes le vin, crapule, mais tu ne pourras jamais te servir plus haut que le bord. N’aie crainte, tu ne seras pas oublié.

Joyeux et Dormeur foncèrent déboucher les amphores et commencèrent le service.

  • Joyeux, dit Blanche Neige, je t’ai dit cent fois que les hanaps les plus grands étaient les hanaps à eau et non à vin rouge.
  • Peut-être chez les buveurs d’eau, mais pas ici, Blanche Neige. Tes hanaps à vin sont vraiment trop petits. On ne sent rien en bouche !
  • ça y est, attention, laissez passer, c’est chaud ! dit Gourmand en courant pour déposer au milieu de la table un énorme plat où trônaient les trois petits cochons.

Ceux-ci n’auraient jamais imaginé avoir l’honneur d’être, un jour, invités à dîner à la table d’une princesse. Il est certain que s’ils l’avaient su, ça leur aurait fait un beau jambon.

  • Tu trinques avec moi, Galaad ? demanda Blanche Neige.
  • Bien sûr.
  • Alors cul sec ! Et fais un vœu !

Galaad s’exécuta de bonne grâce, car le Brouilly était délicieux, mais la tête lui tournait un peu quand il reposa son hanap. Les canons avalés avant le repas avaient tendance à faire effet.

  • Allez, cria Gourmand qui n’était pas resté inactif, tendez vos assiettes, j’ai partagé, on a droit à un cochon pour trois. L’ennui c’est que l’un d’entre eux était un peu plus maigre. J’ai tiré au sort, c’est celui de Blanche Neige, Galaad et de Timide. Ton assiette Blanche Neige, s’il te plaît.
  • Pas trop, je te prie.
  • Ne m’embête pas avec des histoires de régime. Pas ce soir. Vite, on se dépêche, il faut que j’aille voir mon four.
  • Qu’y a-t-il dans ton four ?demanda Galaad que la curiosité, autant que la faim, dévorait.
  • Tu le sauras plus tard. Commence à manger et bois un verre avec le porcelet, c’est délicieux.

Galaad regarda son assiette où une énorme portion de cochonnet l’attendait et se dit qu’il aurait bien besoin de tout cela pour arriver à éponger tous les hanaps de Brouilly. Lui qui ne buvait que de l’eau, il ne supportait pas tout le vin absorbé.

Gourmand revint avec un gigantesque plat de lentilles et annonça qu’ensuite il y aurait les volailles, un plateau de fromages et des tartes aux abricots et aux pêches, ce qui rassura Galaad. Il pourrait éponger, alors il resservit sa voisine et s’offrit un grand hanap.

Le reste du repas se passa dans la bonne humeur générale vite accentuée par l’effet du Brouilly sur les convives qui, tous, sifflaient leur hanap cul sec. Même Blanche Neige, dont le teint pâle virait progressivement au cramoisi.

En même temps, son regard devenait de plus en plus langoureux en regardant Galaad et elle avait tendance à se rapprocher de lui. Galaad qui nageait dans le bonheur le plus total, sans doute occasionné par l’ingestion de près d’une urne de Brouilly, d’un setier de Pommard avec le fromage et d’un hanap de Gewürztraminer avec le dessert, se laissait faire. Lorsque l’eau de vie de prune arriva, il avait sa main jointe à la menotte de Blanche Neige.

L’attention de Galaad fut alors attirée par l’arrivée sur la table de petits objets en bois. Ceux-ci étaient cylindriques avec un trou au centre, un tuyau était emmanché à leur base. Prof s’en servit le premier. Il plongea cet instrument dans un grand pot en faïence rempli d’herbe sèche et le remplit avec celle-ci. Il alla ensuite à la cheminée, prit un tison et enflamma l’herbe avec, tout en inspirant au bout du tuyau. Il souffla ensuite un énorme nuage de fumée avec une satisfaction évidente.

  • Quelle est donc cette coutume ? demanda le paladin à Prof.
  • Ce n’est pas une coutume. Dernièrement, nous avons vendu des diamants à des touristes venus du nord. Ils étaient venus sur des bateaux étroits dont la proue était ornée d’une tête de dragon. Ils nous ont dit qu’ils avaient rapporté cette herbe d’un lointain pays d’au delà les mers, là où le soleil se couche. Les habitants de ce pays avaient l’habitude d’en user, ils l’ont essayée et adoptée. Nous avons fait pareil, c’est merveilleux à la fin d’un repas. Nous aimons tous cela, même Blanche Neige. Veux-tu essayer ?
  • Ma foi, je veux bien. Il faut tout essayer dans la vie.

Quelle erreur ! A partir de ce moment, les pensées de Galaad devinrent un peu plus confuses. Le lendemain matin (mais on n’y était pas encore) il se souviendrait d’avoir toussé comme un vieillard cacochyme, d’avoir eu une sensation de chaleur intense au visage, tandis que tout tournait autour de lui et d’avoir murmuré :

  • Ça ne va pas du tout.

Il se souviendrait un peu d’avoir été porté par sept nains qui couraient comme des fous en dehors de la chaumière et d’avoir été frictionné avec de la glace par Blanche Neige, pendant que Grincheux faisait remarquer que lorsque l’on ne tient pas le setier, on ne boit pas une amphore.

Puis ce fut le trou noir, et ce fut bien dommage, car il manqua la vision de Blanche Neige le berçant doucement, en lui frictionnant la figure et en disant :

  • Ces imbéciles de nains avaient bien besoin de l’achever avec leur herbe. C’est un chevalier au cœur pur, il n’a pas l’habitude de boire ni de fumer, le pauvre amour.

Il manqua aussi la réflexion de Joyeux avouant à Gourmand :

  • J’ai peut-être eu tort de mélanger son herbe avec le chanvre acheté au marchand africain.

Il manqua également le spectacle du rire homérique de Grincheux qui avait entendu. Il rata sa mise au lit où une seule personne voulut le déshabiller, le border et lui souhaiter une bonne nuit en soupirant.

Ce dont il se souviendrait bien, en revanche, c’est d’avoir eu l’impression toute la nuit que son lit roulait et tanguait au milieu du pire cyclone de la création.

[1] La fibule est une agrafe, généralement en métal, qui sert à fixer les extrémités d'un vêtement.

[2] 13,182 litres. Voir en fin de livre les unités de mesure des volumes.

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