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Littérature


La Quête du Saint Graal Tome 1 Chapitre 6

Publié par François d'Auberoche sur 25 Octobre 2014, 11:48am

 La Quête du Saint Graal Tome 1 Chapitre 6

Où le lecteur découvrira avec terreur l’horreur à l’état pur
et où il sera effrayé par l’action terrible que nous refusons de résumer ici.

Boudoir de la méchante reine

Château Royal

Capitale du Royaume

17 Juillet 00 heure

  • Miroir, dis-moi qui est la plus belle ?

La reine avait des insomnies. Pour la première fois depuis le départ de Blanche Neige elle se sentait vieille et laide. Que s’était-il passé ? La crise de la cinquantaine ? Elle avait besoin de savoir si sa beauté était toujours extraordinaire. C’est pourquoi elle interrogeait le génie du miroir magique.

Celui-ci apparut en baillant, visiblement de mauvaise humeur.

  • C’est quoi ? Vous avez vu l’heure ? J’étais dans mon premier sommeil. Qu’est-ce qui se passe encore ? J’espère que c’est pour une urgence.
  • Dis-moi, suis-je toujours la plus belle ?
  • Allez c’est parti ! Toujours la même rengaine ! C’est bien parce que c’est vous que je vais faire ça. Deux secondes, je lance une recherche. Attendez, j’y suis. Ah ben non. Vous allez rire, ce n’est plus vous.
  • Quoi ! Bon sang ? Qui est-ce ?
  • Comme d’habitude, c’est Blanche Neige. Ce n’est pourtant pas sorcier. Ce n’était pas la peine de me réveiller. Et encore, avec un autre maquillage et teinte en blonde, elle serait splendide.
  • Ce n’est pas possible ! Elle est morte il y a un an.
  • On vous a raconté des blagues. Elle est toujours vivante. Tenez, regardez !

Et il fit apparaître sur le miroir Blanche Neige en train de se brosser les cheveux devant sa coiffeuse. Elle était légèrement vêtue d’une chemise de nuit en soie vaporeuse qui soulignait ses formes juvéniles. Elle semblait radieuse et chantait doucement, mais faux :

  • Aujourd’hui, mon prince est venu... la, la, la, la.
  • Mais comment se fait-il ? J’avais donné des ordres. Et où est-elle ?
  • Cherchons, dit le miroir, en faisant apparaître les différentes pièces de la maison des nains.

L’on vit ainsi Galaad, ronflant comme un sonneur, en train de cuver la cuite de sa vie dans le bureau de Prof. Le dortoir des nains était désert. L’on vit la salle commune où les nains complètement éméchés se poursuivaient, en chevauchant leurs chaises à l’envers et en chantant « La bataille de Ploërmel».

  • Mais, c’est où ça ?
  • Zoom arrière, on va voir.

L’on vit ainsi apparaître la villa vue du ciel, puis la clairière, avec la maison au centre, puis la forêt de Brocéliande avec la clairière dans un coin.

  • Forêt de Brocéliande, Majesté. Une maison pleine de nabots.
  • Il y a un patelin juste en lisière de la forêt, pas très loin, rapproche l’image que je vois comment il s’appelle. ça y est, on arrive à lire la pancarte à l’entrée : « PLOUCORNEC Ralentir Ecole ». Encore en arrière que je situe par rapport au château. Bien, ce n’est pas très loin, une dizaine de milles environ, Ouest – Sud-ouest du Château. J’ai vu où c’était. Maintenant, je m’en occupe.
  • C’est bien, si vous n’avez plus besoin de moi, je raccroche et je me rendors. Je vais essayer de reprendre mon rêve là où je l’avais laissé. Ciao.

La reine ne l’écoutait même plus, elle courut vers le cordon d’appel qui lui resta dans la main, tant elle avait tiré fort. En attendant, elle se mit à se ronger les ongles plus vite qu’une faux abat les blés mûrs.

Quelques minutes plus tard, une servante apparut en courant et en soufflant comme un phoque. Manifestement, elle avait été dérangée, elle s’efforçait de relacer son corsage.

  • Qu’est-ce que tu faisais encore, lambine ? Attention, je ne suis pas d’humeur à tolérer le moindre retard dans le service. Continue et tu vas te retrouver changée en grenouille. File voir ton soupirant qu’il me ramène tout de suite le capitaine des gardes. Il a une minute pour être ici, sinon tu coasseras avant la fin de la nuit.

Plus vive que l’éclair, la pauvre fille sortit de la pièce. La reine, ayant fini ses ongles de mains, se demandait si elle allait s’occuper de ses orteils, quand on frappa à la porte.

  • Entrez ! hurla-t-elle.

Le capitaine entra en marchant, même pas essoufflé.

  • Bon, je vois, tu lutinais ma camériste. Tu as de la chance. Pour une fois, tu as bien fait. Prends quatre gardes avec toi et cours arrêter Norbert le chasseur. Tu le conduis ensuite à la salle de tortures. Au passage préviens le chambellan et le bourreau qu’ils me rejoignent à mon cabinet de travail.
  • Vos désirs sont des ordres, répondit le capitaine, tout heureux car il avait perdu aux dés avec Norbert en début de soirée et lui devait un mois de solde.

La reine sortit devant le capitaine et dévala les escaliers pour se rendre à son cabinet de travail situé à côté de la salle de tortures. La pièce était immonde, elle contenait tant de choses abominables que nous ne la décrirons pas. Nous voulons éviter des cauchemars à nos lecteurs sensibles. Sachez seulement que c’était plus horrible que tout ce que vous pouvez imaginer. Elle déverrouilla le cadenas d’un coffre de fer et força pour soulever le couvercle. Celui-ci céda avec un grincement à vous glacer la moelle des os. Une odeur putride s’en dégagea.

La reine en sortit un grimoire ancien relié en cuir (peut-être en peau humaine, si vous y tenez), c’était le livre le plus affreux jamais écrit. Le fameux « Grand Viquerre », le livre de recettes les plus terribles de la Magie Noire. La reine l’ouvrit en tremblant et lut en frissonnant.

  • Bien cherchons. Comment repeindre sa salle commune. Non. Comment se débarrasser des termites. Non. Comment se débarrasser d’une rivale. J’y suis. Ingrédients : Bave de crapaud, j’ai - Sang humain, je vais avoir dans cinq minutes - Cœur de vipère, j’ai - Toile de mygale, j’ai - Moustache de chat noir, j’ai - Mandragore râpée, j’ai - Verre pilé, j’ai - Faire bouillir à feu doux vingt minutes, Tremper une pomme une minute. Zut. Il n’y a pas de pommes en Juillet. Que faire ? Regardons : avec un abricot ? Non - une pêche ? Non. Il faut à tout prix une pomme.

Elle tira sur le cordon pour appeler un garde et s’assit devant sa table. Elle prit un parchemin et commença à écrire un SMS (Secret Message de Sorcière).

MESSAGE

DE : REINE LEONIE - CHATEAU ROYAL

A : FEE MELUSINE - FORET DE BROCELIANDE.

DATE HEURE : 17 JUILLET 0050

CLASSEMENT : SECRET SORCELLERIE TRES URGENT

OBJET : AMENAGEMENT AIRE ATTERRISSAGE.

TEXTE : DOIS ME RENDRE PREMIERES HEURES MATINEE MAISON 7 NAINS STOP SITUEE FORET BROCELIANDE TROIS MILLES OUEST SUD - OUEST HAMEAU PLOUCORNEC STOP COMPTE ARRIVER SUR ZONE A L’AUBE STOP PRIERE ORGANISER AIRE ATTERRISSAGE PLUS PROCHE POSSIBLE MAISON 7 NAINS STOP PREVOIR RECEPTION ET MOYEN TRANSPORT STOP

ATTEND REPONSE STOP MERCI A TOI STOP

LEONIE

STOP ET FIN

On frappa à la porte, le bourreau entra. Connaissant la reine et sa patience légendaire, il ne s’était même pas habillé. Il était en chemise, pantoufles aux pieds et vêtements dans le creux du bras. Il avait quand même mis sa cagoule, ce qui suffisait amplement. Il se courba en deux et dit :

  • Parle, ô ma reine. Tes désirs sont des ordres.
  • Les gardes vont t’amener d’ici quelques minutes Norbert, le chasseur. Il y a un an, je lui avais donné l’ordre d’amener Blanche Neige en forêt et de me ramener son cœur. Il est revenu en me disant que c’était fait. Il m’a d’ailleurs donné un cœur. Bêtement, je l’ai cru. Je viens de voir Blanche Neige vivante. Tu vas lui demander gentiment comment il explique cela. Tu lui prendras ensuite un setier de sang que tu m’amèneras. Ce n’est pas pressé, mais j’aurais eu ça hier, ce serait déjà en retard. Tu comprends. Donc, efficacité et vitesse. Exécution.
  • Entendre, c’est obéir, répondit le bourreau tout guilleret, car il devait, lui aussi, un mois de solde à Norbert.
  • Tu en profiteras, pour lui demander où il cache ses économies, il me doit deux mois de salaire aux dés.

« C’est bon à savoir, pensa le bourreau, si elle battait ce veinard de Norbert au jeu, c’est une championne. Je vais faire passer le mot : ne jamais jouer de l’argent avec la reine. »

Il fit un demi-tour réglementaire et partit en sifflotant. Un garde entra à ce moment.

  • Oui, ma reine ?
  • Fonce aux cuisines, trouve-moi des pommes. Réveille, s’il le faut, le Chef, les cuisiniers, les marmitons, les gâte-sauce, etc., mais je veux un panier de pommes dans dix minutes sur mon bureau.
  • Bon, des pommes. Oui, je sais où il y en a. Dans la glacière. J’en ai pris une, il n’y a pas cinq minutes.
  • Il en reste, au moins ?
  • Tout plein. Quelle espèce vous ferait plaisir ? Majesté.
  • Je m’en fiche ! Non ! En y pensant. Les plus belles, les plus rouges, les plus appétissantes, les moins ridées, sans vers, sans tâches. Bref, je veux une pomme qui donne envie de la croquer tout de suite. Et puis, tu m’expliqueras pourquoi tu me voles des pommes, hein, salopiaud. Tu n’irais pas aussi visiter ma cave à vins, par hasard ? Tu as le teint bien rouge.
  • Que nenni, je ne me le permettrais pas, ô ma Reine. En ce qui concerne les pommes, c’est pour me tenir éveillé pendant la garde, Majesté. De plus, c’est bon pour les humeurs du sang. Ne vous fâchez pas, je cours vous rapporter un panier de Reine des Reinettes.
  • Fais vite, je ne suis pas patiente.

Il disparut pendant que le chambellan arrivait en sifflotant.

  • Alors ma Reine, il paraît que Norbert va nous quitter ?
  • Ce n’est pas possible, tout se sait dans ce château. Pour être heureux comme ça, tu dois avoir à te plaindre de lui.
  • Pas du tout, mais il avait un peu trop de chance au jeu cet animal. C’est le mari de votre camériste, je crois.
  • Oui, il faudra la prévenir gentiment qu’elle va être veuve. C’est une bonne servante et j’ai confiance en elle.
  • Elle ne restera pas veuve longtemps, belle comme elle est. Je la préviendrai tout à l’heure. Mais parlez et commandez, nul ne saura quels ont été vos ordres.
  • Bien. Premièrement, prends ce parchemin et envoie-le de suite par chauve-souris voyageuse à Mélusine, forêt de Brocéliande. J’attends la réponse. Il est presque une heure, je pense que nous l’aurons vers trois heures. Il faudra me l’apporter immédiatement. Deuxièmement, fais le nécessaire pour un vol de nuit. Prépare tout. Je pense décoller vers quatre heures. Je serai absente toute la journée. S’il y a besoin de me joindre, tu pourras contacter Mélusine.
  • Entendre, c’est obéir, ô ma Reine.

Une fois seule, la reine prit un chaudron et commença à rassembler les ingrédients qu’elle râpa, pila ou broya suivant les indications du grimoire. Le garde vint lui apporter les pommes, mais le sang, élément indispensable, se faisait toujours attendre. Elle se rendit alors dans la salle de tortures.

Nous ne décrirons pas cette salle qui était d’une banalité affligeante. Il y avait l’habituelle collection de chevalets, brodequins, pinces et tenailles en usage dans ce genre d’endroit. Dans la cheminée, sur le feu, un chaudron chauffait. Il répandait une agréable odeur d’huile chaude. Norbert était assis dans une chaise en fer, attaché et bâillonné, le torse nu. Ses pieds étaient nus également. Le bourreau et ses deux assistants jouaient aux dés sur une table. Ils sautèrent sur leurs pieds lorsqu’ils virent leur reine.

  • A vos rangs. Fixe ! hurla le bourreau.
  • Qu’est-ce que vous fichez, bon sang, j’attends à côté depuis une éternité.
  • Ben, il a fallu allumer le feu, donc aller chercher du bois, le couper, le fendre et le porter. Maintenant, on attend que l’huile soit bouillante pour lui plonger les pieds et le questionner.
  • Par Belzébuth, je vais vous apprendre votre métier, bande d’abrutis. Toi, mon salopiaud, tu vas m’expliquer comment il se fait que j’ai vu Blanche Neige vivante, il n’y a même pas une demi-heure. Réponds vite, sinon je t’arrache le cœur à mains nues.

Et la reine s’avança vers le pauvre Norbert qui tremblait d’effroi. Mais quand elle s’approcha, il s’arrêta de trembler, car les fameux ongles longs de la reine avaient disparu, rongés. Elle posa sa main droite sur la poitrine et commença à serrer. A ce moment elle s’aperçut qu’elle était désarmée.

  • Un scalpel et vite !
  • Attention, Majesté, celui-là, il coupe ! Prenez-le bien par le manche.
  • Alors, jeune homme, je commence à couper ou tu me fournis des explications.
  • Hé ha hihicile, hé hu hihié helle. Hé ha hu ha hué. Hé hun heur he hiche he hé hahehé, dit Norbert à toute vitesse en roulant des yeux désespérés.
  • Articule imbécile ! Je n’y comprends rien.
  • C’est normal, Majesté, il a encore son bâillon. Je l’enlève tout de suite. On lui a mis tout à l’heure quand il est arrivé. Il n’arrêtait pas de crier qu’il voulait un tabellion.
  • Un tabellion ! N’importe quoi. Pourquoi pas un greffier ou un prêtre. Ici, on n’a droit à rien. Ici, on me doit tout.
  • C’était pour modifier mon testament. J’ai mis un peu d’argent de côté, je veux tout léguer à ma Fanchon. Puis un peu à la voyante, elle ne m’a pas menti. Je crois que je vais avoir une très mauvaise fin de journée.
  • Je vais m’occuper de Fanchon et récupérer ce que tu me dois : deux mois de salaire aux dés.
  • Ah oui, c’est vrai ! Félicitations, vous êtes la seule à m’avoir battu.
  • Normal, moi aussi je sais fabriquer des dés pipés. Mais répète-moi d’abord ce que tu as bafouillé tout à l’heure.
  • Je disais : « C’est pas difficile, j’ai eu pitié d’elle. J’ai pas pu la tuer. C’est un cœur de biche que j’ai rapporté. »
  • Merci. Pour le testament, tu peux te brosser. Fanchon aura droit à une toute petite compensation pour avoir été mariée à un tricheur, dit la reine en éclatant d’un rire satanique. Saignez-le et vite. Juste un setier. Il ne faut pas le tuer encore. Ensuite, empalez-le sur la muraille du château que ça serve de leçon.
  • Entendre c’est obéir, ô ma reine. Mais l’huile, qu’est-ce qu’on en fait ?
  • Une fondue bourguignonne, idiot. Le sang tout de suite !

Et la Reine sortit en claquant la porte. De retour dans son cabinet, elle mélangea les ingrédients dans le chaudron et le mit sur le feu. En attendant l’ébullition, elle se changea pour ne pas être reconnue par Blanche Neige. Elle opta pour une tenue de vieille femme qui lui assurerait la pitié des nains et de Blanche Neige. Elle enfila la robe et se maquilla.

Elle se regarda dans la glace, elle était affreuse. Le nez crochu avec des verrues lui avait demandé du temps, mais il était vraiment hideux.

  • J’en ai peut-être trop fait. Il ne faudrait pas lui faire peur à cette idiote. Ah, ça bout, attendons vingt minutes et trempons la pomme.

Vingt et une minutes plus tard la pomme était prête. La reine la mit à sécher et s’assit dans un fauteuil en attendant la réponse de Mélusine.

Le chambellan la réveilla en plein rêve. Elle faisait bouillir Blanche Neige dans un chaudron d’huile.

  • Oui ?
  • Nous avons la réponse de Mélusine, Majesté.
  • Déjà ?
  • Oui, Majesté, elle a d’ailleurs répondu plus tard que vous le pensiez. Il est presque quatre heures.
  • Zut, dépêchons-nous. Voyons ce message.

MESSAGE

DE : FEE MELUSINE - FORET DE BROCELIANDE.

A : REINE LEONIE - CHATEAU ROYAL

DATE HEURE : 17 JUILLET 0315

CLASSEMENT : SECRET SORCELLERIE URGENTISSIME

OBJET : AMENAGEMENT AIRE ATTERRISSAGE.

REFERENCE : TON MESSAGE DE CETTE NUIT

TEXTE : ZONE ATTERRISSAGE PREVUE CHAMP LISIERE FORET UN MILLE SUROIT PLOUCORNEC STOP BALISAGE EN PLACE STOP VENT SUROIT FORCE TROIS STOP SUIS SUR PLACE AVEC TRANSPORT STOP A TOUT A L’HEURE STOP BON VOL. STOP MELUSINE.

STOP ET FIN

  • Toujours efficace cette brave Mélusine. Bon, est-ce que tout est prêt ?
  • Oui, j’ai fait préparer le balai le plus rapide de votre majesté avec un plein d’énergie magique suffisant pour l’aller et le retour et deux heures sur zone. Actuellement, il chauffe. Vous décollerez du donjon, axe Nord - Sud. Le vent au sol est de suroît force 2. Température de douce à agréable. Il ne pleut plus. Les cuistots vous ont préparé trois repas froids. Ils sont dans un sac accroché au balai. Je pense n’avoir rien oublié. Ah, si. Le bourreau a bien empalé Norbert sur la muraille et vous fait dire que la fondue est prête. Il demande si vous voulez bien vous joindre à eux. Ça vous fera d’ailleurs du bien de manger un morceau avant le vol.
  • Il n’est pas bête ce bourreau. Pas très efficace, mais économe, il n’a pas laissé perdre l’huile, allons donc manger un morceau. Préviens le donjon et Mélusine que je décollerai dans une demi-heure, je pense atterrir juste avant l’aube.

La reine se dirigea vers la salle des tortures. Elle était noire de monde.

  • Qu’est-ce qui se passe ici ? Des gardes, les cuistots, les palefreniers, les maréchaux-ferrants, il y a même Fanchon. Qu’est-ce que vous faites ?
  • Ma reine, répondit le bourreau, on fête le départ de Norbert. C’est en son honneur tout ça. On est tous très contents et comme il y avait de quoi faire de la fondue pour cinquante personnes, j’ai invité tous ceux qui étaient réveillés. Tout le château a dit oui.
  • Il jouait vraiment trop bien aux dés. Sauf avec moi. Belle soirée funèbre. Et la viande, d’où vient-elle ?
  • Quand ils m’ont dit que j’étais veuve, répondit Fanchon, j’ai amené le bourreau et ses aides chez moi. Norbert avait mis ces jours-ci dans la glacière un bœuf. Oui, sa vue baissait un peu et il l’avait pris de loin pour un chevreuil. Il n’avait pas voulu s’en vanter. Je n’aurais pas pu manger ça toute seule. Je me suis dit qu’il fallait mieux partager.
  • C’est bien, Fanchon, tu n’es pas égoïste. Je ne vais pas m’attarder, je mange un morceau, je bois un coup et je m’en vais. J’ai de la route à faire et du boulot à l’arrivée. Passez-moi des tenailles que je trempe un morceau de viande dans l’huile. Oh ! Vous ne vous embêtez pas ! Ce Chambolle-Musigny, ne viendrait-il pas de ma cave ? Servez m’en donc un hanap au lieu de me regarder d’un air stupide.

Une demi-heure plus tard, la Reine arrivait en haut du donjon. Elle était en pleine forme. Peut-être avait-elle bu un peu trop de bourgogne ? Mais elle était en état de piloter. Elle se dirigea rapidement vers un petit groupe qui entourait son balai. Un maréchal-ferrant procédait au dernier réglage. Le balai ronronnait doucement.

  • C’est prêt ?
  • Oui, votre majesté. Les vers luisants de position sont en pleine forme. On a fait le plein maxi d’énergie magique. Vous aurez donc de la marge. Vous serez, peut-être un peu lourde au décollage, mais si vous n’avez pas trop de bagages ça ira. Vous avez un petit vent de face qui vous aidera bien. On n’attend plus que votre ordre pour éclairer la terrasse.
  • J’ai juste ce panier de pommes. Il paraît que les cuisiniers ont apporté un sac. Tenez, mettez ce panier dans le sac. Où est mon chapeau que je me prépare. Chambellan, avez-vous prévenu Mélusine ?
  • C’est fait, ô ma reine. Vous pouvez partir tranquille.
  • D’accord, on y va, allumez ! Je reviendrai la nuit prochaine, si tout va bien. De toute façon, vous recevrez un message.

La reine attendit que les lanternes soient allumées pour mieux voir la terrasse. Quand ce fut fait, elle coiffa son chapeau pointu, accessoire magique indispensable, se mit à califourchon sur le balai, prononça une incantation magique. Le balai se souleva et se mit à avancer. La reine vit tout de suite qu’elle était un peu lourde. Toujours à califourchon, elle dut courir pour soulager le balai et lui faire prendre de la vitesse. Mais elle s’essoufflait et ne courait pas assez vite, le bord de la tour approchait, la vitesse n’était pas suffisante.

« Cela ne fait rien, pensa la reine, je l’ai déjà fait, je vais prendre de la vitesse en piqué. »

Arrivé au bout de la terrasse, le balai plongea vers le sol à toute allure. En quelques secondes, il y eut suffisamment de portance pour que la reine puisse faire une ressource à vingt pieds des douves.

« Largement suffisant. Je ne pilote pas souvent, mais ça ne s’oublie pas. Maintenant on prend de l’altitude. »

Elle fit le tour du château royal en montant en spirale. Les fenêtres et la cour étaient noires de monde qui lui souhaitait bon voyage. Dans la nuit calme, elle entendait distinctement leurs voix :

  • Hourra !
  • Bon voyage !
  • Prenez votre temps. On n'est pas pressé !
  • Ouf ! Un jour de repos !
  • J’ai perdu, je ne penserais pas qu’elle y arriverait.
  • Bourreau, tu me dois dix sols.

Parmi les silhouettes qui la saluaient, il lui sembla reconnaître Norbert, fiché sur son pal qui agitait un mouchoir.

  • Je dois rêver, ce n’est pas possible. A trois cents pieds, je dois mal voir, ou bien c’est le bourgogne.

Arrivée à une altitude de mille pieds, elle s’orienta grâce aux étoiles et mit le cap vers l’Ouest – Sud-ouest, en prenant sa vitesse de croisière. Maintenant, elle n’avait plus qu’à garder le cap pendant vingt minutes en évitant de s’endormir, ce qui était le plus difficile.

Moins de vingt minutes plus tard, dans l’aube naissante, elle aperçut la tache sombre de la forêt de Brocéliande que les premiers rayons du soleil commençaient à éclairer. Il était temps qu’elle descende pour ne pas affoler les populations locales. Elle ralentit et amorça sa descente. Il lui sembla apercevoir des lumières en bordure de la forêt. Elle se dirigea vers elles.

A cinq cents pieds le doute n’était plus permis. C’était bien là, à moins d’un mille devant elle, on apercevait les lumières caractéristiques d’un balisage. L’accueil avait bien fait les choses. Une lampe à chaque coin d’un rectangle. Elle le trouva très large, mais un peu court. Ce serait juste.

Elle se mit dans l’axe de la piste et descendit. Arrivée à vingt pieds, elle fut dans le noir total. Ses yeux, éblouis par le soleil levant, ne voyaient pas le sol qui était encore dans l’obscurité. Elle termina son arrondi au jugé en se basant sur les lampes, mais ne réussit pas un atterrissage parfait. Disons le tout net, la reine se cassa la figure purement et simplement, à la façon des albatros, dans un bruit d’enfer.

Elle était complètement sonnée et elle entendit à peine une voix qui l’interrogeait :

  • Pas trop de mal, Majesté ?

Une sphère de quatre pieds de diamètre était penchée sur elle et lui parlait. Elle perdit connaissance juste après avoir entendu Mélusine dire :

  • Tu deviens aveugle ma pauvre Léonie ? On n’a pas idée d’atterrir par le travers de la piste.
 La Quête du Saint Graal Tome 1 Chapitre 6
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